ARRIVÉE À BREST DE LAIGNELOT
transférer au château de Brest Dagorne, qu’il avait d’abord consigné daus son domicile. Le 15, il ordonnait l’arrestation du juge de paix Hériez, qu'un prisonnier libéré accusait de tentatives d’extorsion de fonds sur la personne des détenus, et une enquête fut commencée sur le cas du magistrat suspect de prévarication ‘.
En revanche, la Convention ayant renvoyé aux Représentants à Brest une demande de mise en liberté provisoire formée par les administrateurs fédéralisies du Finistère, cette supplique, arrivée à Brest avant le départ de Bréard, fut écartée par son collègue et lui ?. Et même les passions populaires, les événements entraïnaient Saint-André plus loin qu’il n’eut voulu. Le 10 nivôse, au Temple de la Raison, l’ancienne église Saint-Louis, le conventionnel ayant en chaire exhorté le peuple à abjurer le culte catholique dont, disait-il, le genre humain avait été trop longtemps la victime, les assistants saisis de frénésie lacérèrent les tableaux religieux, brisèrent les
statues des saints, se livrèrent, en somme, à tous les excès que
Jeanbon avait flétris dans sa correspondance avec le Comité 5. Le 13 nivôse, on apprit qu'une grave insurrection venait d’éclater dans l’escadre à bord de /’America. Saint-André ordonna le jour même au tribunal criminel du Finistère de juger les coupables révolutionnairement : de cette mesure à l'établissement d’un tribunal révolutionnaire en permanence, il n’y avait qu’un pas, et un nouveau Représentant arrivait à Brest, décidé et autorisé par le Comité de Salut public à le franchir.
Le 17 nivôse, Tréhouart, suivi de Tribout et de ses trois mille hommes, était de retour auprès de Jeanbon #, tandis que Prieur de la Marne allait le remplacer dans le Morbihan pacifié. Le 18 (7 janvier 1794), venait se réunir à Jeanbon et Tréhouart le conventionnel Laignelot, accompagné de Ance, le bourreau du tribunal révolutionnaire de Rochefort, et durant la nuit du 19, entraient dans Brest, roulant leurs canons et traînant leurs sabres par les rues à la lueur des
1. AFn 102: Hériez publiera en prison : Exposé de la conduite politique du citoyen Jean Gabriel Hériez (Biblioth, du Port, Brest), d'où sont tirés ces renseignements.
2. Convention, séance du 12 frimaire (Procès-verbal, t. XX VI, p. 300). Jeanbon et Bréard au président de la Convention, 12 nivôse (BB: 61, fol. 7. Aulard, t. Xp. 20): Incarcérés à Quimper et Carhaix, transférés à Landerneau en octobre à destination du tribunal révolutionnaire de Paris, les administrateurs fédéralistes avaient été retenus à Landerneau à la suite de l’entrée des Vendéens en Bretagne (Le Guillon Penanros, p. 390).
3. Levot, p. 175. L'abbé Laligne, curé assermenté de l'église Saint-Louis, ainsi transformée en temple de la Raison, fut incarcéré peu après (ibid., p. 379, note 2). Jeanbon, accusé en l’an III, par la Dénonciation des citoyens de la commune de Brest, d'avoir insulté « aux rites et aux cérémonies des paisibles catholiques de cette commune », répondra qu'il n’en a rien fait : « la conscience a toujours été pour moi un asile sacré où j'ai cru que l’autorité ne devait pas se permettre de pénétrer » (Réponse à la dénonciation).
4. Lockroy, p. 170. Tréhouart au Comité de Salut public, 17 nivôse (Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. X, p. 9%), il proteste encore dans cette lettre contre
les dénonciations de Carrier.
torches, les soldats des compagnies de canonniers révolutionnaires de la Commune de Paris, mandés d'Avranches . Avec de tels hôtes, entrait à Brest une nouvelle Terreur; auprès de laquelle les destitutious et incarcérations de naguère allaient paraître des jeux d enfants. ;
: Nous avons fait allusion à Ja mission précédemment en par Laignelot, en compagnie de Lequinio, à Rochefort, mission marquée par bien des excès, notamment par la création d’un tribunal révolutionnaire pour juger les marins rapatriés de Toulon, mission signalée aussi par des actes de douceur inattendus. Ces contradictions. dans sa conduite, le témoignage de Mercier du Rocher cité par M. Chassin, nous montrent Laignelot comme un personnage peu. équilibré, fanfaron de cruauté plutôt que cruel, passant de la fureur à la mansuétude, ou peut-être faut-il accepter sur son compte ce mot de Rovère à la Convention, au temps de la réaction thermidorienne : « Vous savez tous que Laignelot est sujet au vin ». Un fait certain, c'est que Laignelot venait, au moment de son départ pour Brest, de dénoncer de Fontenay-le-Comte au Comité de Salut. public les manières brutaleset le manque de réserve de Lequinio, et qu’il ajoutait ces paroles : « La plupart des députés possèdent souverainement l’art de se faire craindre, et peu ont celui d'attirer les cœurs. » Ance n'était pas moins déconcertant : colon à Saint-Domingue, il avait été déporté dans le courant de 1793 par les contrerévolutionnaires de celte île à Rochefort; il était alors un charmant compagnon, beau comme Saint-Just avec toute l'élégance d’un muscadin; soudain, son exaltation, sa rancune ardente l’avaient égaré au point qu’il s'était offert comme exécuteur au tribunal révolutionnaire de Rochefort, et l'on comprend mieux cette odieuse démence quand on voit prendre place à ce tribunal quatre autres déportés de Saint-Domingue, parmi lesquels le boulanger es qui prit le rôle d’accusateur public ?.
Laignelot et Ance édifièrent de suite la population de Brest sur leurs “intentions : le soir même de leur arrivée, ils parurent à la Société populaire, et à la tribune le Représentant, son sabre nu à la
1. Laignelot au Comité de Salut public, Brest, 19 nivôse (Aulard, Actes du Comile de Sulut public, t. X, p. 134). [1 arrive le. 18 et non le 14, quoi qu’en dise Levot (p. 179). Il arrivait avec « un général des troupes de terre » (arrêté requérant un logement pour celui-ci AF11 102) était-ce Rossignol ? Laignelot signe conjointement avec Jeanbon et Tréhouart à partir du 19. Rossignol, sur des ordres de Bouchotte, renforce la garnison de Brest (Guerre, armée des côtes de Brest). Sur les compagnies de canonniers révolutionnaires, voy. Du Châtellier: Brest. et le Finistère sous. la. Terreur, p. 70, et la Défense du sergent-major Combaz, nommé peu après juré au tribunal révolutionnaire de Brest et incarcéré en l’an LIT (Biblioth, du Port, Brest).
8. Sur Laignelot, voy. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIT, p. 85, t. IX, pp. 785-786. Chassin, t. III, pp. 507-554. Moniteur, t. XXIV, p. 562. Jeanbon et Prieur passant à Rennes, en vendémiaire, y avaient constaté son activité terroriste (lettre au Comité de Salut public, 16 vendémiaire déjà citée). Voy. ch. xt, p. 451, sa notice “biographique. Sur Ance, voy. Levot, p. 182 et général B. Bernard : Les colons:à. Brest en 179%, déjà cité. Le tribunal révolutionnaire de. Rochefort devait juger le vice-amiral Grimoard, auteur de la déportation de Ance.. ::
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