‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 54 sur 889 · MONTAUBAN A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

MONTAUBAN A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION

lintendant suivaient le mouvement ‘. Une loge maçonnique, « la loge écossaise de la bonne foi », recrutée surtout dans la bourgeoisie protestante, était dans les mêmes dispositions ?. La société montalbanaise se trouvait donc au courant du grand procès que les faits et les idées intentaient à la vieille monarchie. Elle partageait d’ailleurs l’optimisme général à l’égard du changement prochain. La courtoisie de bon ton qui régnait dans les relations sociales faisait illusion, depuis l’affaire Rochetle la tolérance élait pratiquée, on avait vu l’évêque et le premier président de la Cour des aides témoigner en faveur de Me de Bombelles *, Monseigneur Le Tonnellier de Breteuil était connu pour sa charité, et l’Académie célébrait dans de puériles églogues le bonheur de la vie des champs.

Et pourtant il existait une jalousie latente entre la bourgeoisie enrichie et la noblesse de robe ou d’épée. En outre, la bourgeoisie était protestante, la haute société catholique est d’autant plus ralliée au catholicisme que les grandes familles descendaient et avaient hérité pour la plupart de protestants qui vendirent leur conscience à Louis XIV conire les dépouilles de leurs coreligionnaires ‘, de part

poésie ou de celui d'éloquence a trait au bonheur et à la vie de l’homme des champs (Forestié, La Sociélé littéraire et l’ancienne Académie). L'Académie songea même à créer une gazette agricole.

1. Le sénéchal de Montauban, le 17 juin 1788, proteste contre les ordonnances et édits portant création de grands bailliages et c’est là le début de l’agitation révolutionnaire à Montauban, la protestation est, à la vérité, rédigée sur feuilles volantes et on ne la communique à personne (papiers de Poncet-Delpech. Registre ms. de sa main, p. 374, collect. Forestié).

2. Voy. Registre des délibérations de la « loge écossaise de la bonne foi réunie au - Directoire de Septimanie » de 1779 à 1785. Registre de correspondance de la loge de Saint-Jean de Jérusalem sous le titre « de la Bonne foi », sans doute la même, de 1771 à 1774 (Arch. commun.). Sont affiliés à une loge de Toulouse « loge de la Paix à l'Orient de Toulouse », un montalbanais, Combes-Donnous, avocat au Parlement de Toulouse, qui faisait aussi partie de celle de Montauban et que nous retrouverons au cours de ce récit, et I. Blaviel de Cajarc futur conventionnel du Lot (Registre de cette loge de 1781 à 1784. Arch. commun. de Nègrepelisse, communiqué par M. l’archiviste de Tarn-et-Garonne).

3. Voy. ch. n, p. 14, note 1. Anne-François-Victor Le Tonnellier de Breteuil, né à Paris en 1726, évêque de Montauban le 24 février 1763. Réfugié en Normandie après avoir fait opposition à la Constitution civile du clergé, découvert le 24 juillet 1794, emprisonné à Rouen, il y mourut le 11 août (Diction. des Parlement., dates rectifiées d’après Clérembray, Révolut. française, t. XXIX, pp. 460-465).

4. Voy. Sorel, L'Europe et lu Révolution, HI: partie, p. 186. Les Arch. commun. les papiers des vieilles familles, les traditions locales démontrent qu’à Montauban Louis XIV récompensa la conversion des réformés nobles par les biens de leurs coreligionnaires restés protestants, opération analogue à la sécularisation des biens ecclésiastiques au xvie siècle et à celle des biens nationaux. Aujourd’hui encore à Montauban, les familles nobles les plus ardemment catholiques descendent de convertis. Pierre Bosquet (collect. Galabert) remarque parmi les plus violents ennemis du calvinisme en 1789-1790 la famille de la Force. Voy. aussi L27 Arch. Tarn-et-Garonne. Le clergé montalbanais au voisinage du protestantisme était particulièrement SCTUpuleux sur l’orthodoxie. « Le R. P. Miquel doctrinaire de Toulouse prêchait le carème dans la cathédrale de Montauban. Dans un sermon sur l’aumône il argumenta de l'égalité naturelle des hommes pour prouver qu'ils doivent s'aimer et se secourir. On en fut scandalisé, et le vicaire général Verdier lui fit de vifs reproches d’avoir avancé

et d’autre ressentiments et défiances pouvaient reparaître à la moindre occasion. Le commerce était fort prospère, mais déjà l’industrie du minot était frappée par l'émancipation des colonies anglaises d'Amérique ‘, et une crise économique, avec la misère pour conséquence, offrait d'autant plus de dangers qu'entre l’ouvrier catholique et le patron protestant la guerre de classe et d'intérêts pouvait s’aggraver du conflit-des deux religions, et qu'une émeute terrible dont Jeanbon eut le spectacle, avait montré en 1773 combien le peuple était resté barbare et avait le goût du sang ?. Enfin, si le paysan du Bas-Quercy, le riverain du Tarn arrachait encore à sa terre de quoi vivre, celui du Haut-Quercy, des gorges de l’Aveyron et du Causse de Cahors était réduit au sort le plus misérable *, l'un et l’autre souffraient par la décroissance de la culture du froment, par la dîme ‘, par la mauvaise récolte de 1788 que ne devait pas dépasser celle de 1789, la mendicité était considérable ÿ, et l’habitant des campagnes, bien différent ici comme ailleurs des bergers de Florian et de Gessner, était susceptible, dans un jour de révolte et de folie, d'égaler en férocité l’ouvrier des villes. |

C'est dans ce milieu que vécut Jeanbon Saint-André à “partir de 1788. Il n’était point du tout disposé à réveiller la discorde entre protestants et catholiques, à prêcher les réformes par la violence, et ses frères ne l’étaient pas davantage. Nous avons reconnu chez eux une religion philosophique et morale peu propre à développer le fanatisme, l’abdication des prétentions passées et des traditions démo-

une doctrine qui sentait le protestantisme » (Avis aux citoyens de Montauban par

un patriote toulousain, ouvrage dont nous reparlerons). Voy. sur la persistance de la haine pour la religion rivale : abbé Daux, Histoire de l'Église de Montauban depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, 1881- 1885, 2 vol. in-8°. Montauban, notamment t. II, pp. 3 et 40 très édifiantes.

1. Jeanbon Saint-André, Observations sur un Mémoire de la ville de Cahors.

2. Voy. Mathieu Dumas, sous-lieutenant au régiment du Médoc à Montauban au printemps de 1773, qui vit l’'émeute causée à cette date par la famine (Souvenirs, t. I, p. 7, nous reviendrons sur ce livre); et Livre Gris, fol. 302, Arch. commun. « On fut obligé à Montauban de faire feu sur les mutins, on en tua trois et on en blessa plusieurs » (Jeanbon à Julien de Verdeilhan, Castres, 24 juin 1773, lettre déjà citée, écrite au retour de Montauban).

3. Arthur Young, Voyage en France, édit. de l’an II, t. I, p. 68, et « Observations. sur l’état actuel du pays de Quercy et sur le rapport actuel de nos contributions avec celles des autres provinces .du royaume publiées par MM. les Officiers municipaux de Lauzerte ». Montauban, 1790, 40 pages, in-8°. Bibl. communale.

4. Cahier de doléances du clergé régulier du Quercy en 1789, dans les Procès. verbaux des assemblées des sénéchaussées du Quercy pour les élections aux États- Généraux, p. 55, publiés par M. Combarieu. Cahors, 1889, in-8.

>. Voy. Révolution française, t. XXIX, p. 348 (Rist, Le Comité de mendicité de la Constituante).

Page 1