‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 541 sur 889 · IL Y REPREND LA DIRECTION DE LA MARINE · texte numérisé non relu

IL Y REPREND LA DIRECTION DE LA MARINE

aurait le privilège exclusif de défendre la République sur les mers?.… Pourquoi les vainqueurs de Landau, de Toulon ne pourraient-ils pas aller sur hos flottes montrer leur courage aux esclaves de Pitt. Les régiments de la marine sont des corps particuliers qui ont une organisation à eux ; elle est telle qu’on ne peut les dire troupes de terre ni de mer; ce sont des hermaphrodites qui ne peuvent subsister sous un régime qui veut l'unité dans tout.» Le Comité de Salut public voulait donc frapper dans les régiments de marine une troupe distincte des autres, et l’esprit de corps qui est la conséquence d’un tel état de choses. Nous avons déjà relevé bien souvent celte méfiance pour l'esprit de corps, le 14 nivôse elle avait déterminé Barère à proposer l’envoi des marins de l'Océan dans la Méditerranée et vice-versa, et Jeanbon avait, le 20 septembre 1793, demaudé la suppression des compagnies d'élite de la garde nationale qui constituaient « un outrage à l'égalité ‘ ». Suivant le nouveau décret, les volontaires embarqués sur les navires et exercés au canonnage se rapprocheraient des canonniers matelots et toute rivalité disparaîtrait. A Le

Mais ce n’était pas là le seul mobile du Représentant. Comme la plupart des décrets rendus à cette époque, la loi du 9 pluviôse est une mesure de circonstance autant qu’une mesure de principe. Les régiments de la marine étaient d'esprit contre-révolutionnaire : à Toulon, à Brest ils avaient pactisé avec le fédéralisme, le régiment d'artillerie de Brest gardait encore une attitude douteuse, et depuis que Jeanbon avait quitté cetle ville un capitaine d'infanterie de marine, Roffin, soutenu, semble-t-il, d’un certain nombre de ses camarades, résistait à Laignelot, et protestait contre l’épuration nouvelle de la Société populaire ? ; Jeanbon ne pouvait étre au courant de ces derniers faits, mais il en savait assez pour être tenté d’écarter des troupes aussi mal disposées, pour vouloir les remplacer par ces volontaires dans lesquels il avait toujours eu confiance. Quand le Comité de Salut public eut le 10 pluviôse, en vertu du décret de la veille, ordonné de retirer de Brest les régiments de la marine, Tribout jugea la précaution bonne *, les contre-révolutionnaires brestois

1. Moniteur, t. XVII, p. 711. Cf. Jeanbon aux Représentants à Bordeaux, 26 pluviôse : « L'esprit de la Convention et celui du Comité est de briser tous les liens particuliers pour renforcer celui qui attache tous les citoyens à la Patrie » (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p.149).

2. Précis de la vie patriotique de Michel Roffin. Roffin premier huissier des tribunaux de Brest en 1789, lieutenant et capitaine dans la garde nationale, rentre dans l'infanterie de marine en 1792, sert sur La Carmagnole en juillet 1193, rappelé de Cancale à Brest par Jeanbon le 1° nivôse, y reprend le service à terre et entre en lutte avec Hugues à la Société populaire (d’après l’écrit ci-dessus). Nous le retrouverons. Verteuil écrira à Jeanbon le 29 vendémiaire an IIT, que le régiment ci-devant artillerie de marine est « toujours le foyer des menées anti-patriotiques » (Arch. commun. Toulon, série D).

3. Arrêté du 10 dans Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p. 506, de la main de Jeanbon; Bouchotte à Rossignol, Tribout à Bouchotte (Guerre, armée des côtes de Brest). Kerguelen, Guerres maritinies, pp. 351-856. Ces troupes quittent Brest le 19 pluviôse (BB! 37, fol. 165).

gémirent, et, fait plus significatif, on envoya le bataillon de Roffin à Port Brieuc (Saint-Brieuc), on l'y laissa même quand les autres furent rappelés à Brest. Le décret du 9 fut une mesure de circonstance à un autre point de vue : un arrêté pris par le Comité de Salut public le 15 pluviôse, étendu le 16 à tous les ports, et sur lequel insistera Jeanbon le 11 floréal, stipule qu’une fois les détachements de volontaires embarqués, on les exercera au matelotage en même temps qu’au canonnage, ce qui permettra de retirer « de l'équipage de is vaisseau ou frégate un nombre de marins de toute paye égal à l’augmentation des garnisons pour former de nouveaux équipages ! »; les matelots manquant, on essayait d'y suppléer en

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