‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 549 sur 889 · SON RAPPORT SUR SA MISSION A BREST · texte numérisé non relu

SON RAPPORT SUR SA MISSION A BREST

matelotage. Le 16 pluviôse, elle en vota la rédaction, telle que le Représentant la lui proposa !.

Nous n'avons pas à revenir sur la plupart des faits contenus dans ce rapport. L'affaire Morard de Galles parut avoir son épilogue peu de jours après : le 18 pluviôse (6 février), Jeanbon rédigea l'arrêté du Comité de Salut public cité précédemment et qui autorisait « le citoyen Morard de Galles, ci-devant commandant l’armée navale de la République sur l'Océan » à se retirer « sur sa demande » dans la commune « d’Auxonne », et, le 24, la Convention ordonna l'impression et la distribution du rapport de Jeanbon sur l’insurrection de l’escadre et sa rentrée à Brest ?. L'affaire des rapatriés de Toulon avait élé en partie réglée le 2? pluviôse, avant le retour de Jeanbon au Comité de Salut public, par l’odieux verdict du tribunal révolutionnaire de Paris que nous avons rapporté plus haut. Mais, à propos de la sortie de Van Stabel, Jeanbon affirme que le contre-amiral, après avoir dégagé une de ses frégates, « continuant ensuite sa croisière s’éleva au vent de la flotte anglaise, prit dix-sept vaisseaux marchands, pour ainsi dire sous ses yeux ». Or les lettres de Bréard déjà citées, et écrites au retour de la division, nous montrent Van Stabel fuyant après avoir dégagé sa frégate et regagnant Brest; c’est au vaisseau l’Impétueux, capitaine Lévêque, séparé de la division par l’ouragan et tombé peu après dans le convoi ennemi, qu'elles attribuent la capture dont Jeanbon fait honneur au contre-amiral. De plus, Jeanbon déclare que cette action « a valu à Pamiral Howe, sa destitution du commandement de la flotte britannique »; le bruit courut effectivement en France de la disgrâce de - Howe, le Journal de la Montagne s'en fit l'écho *, mais c’est là une erreur. Il semble que Saint-André dans cette occasion, comme parfois antérieurement, ait accueilli trop complaisamment, sans les vérifier, les nouvelles qui pouvaient grandir nos succès, et exalter l'enthousiasme patriotique des marins et du pays.

1. Décret sur la distribution des denrées à bord des vaisseaux, Procëès-verbal, t. XXXI, p. 2, sur l'hygiène des matelots, p. 4; sur les écoles de matelotage, p. 7; sur l'établissement d'instituteurs à bord, p. 9. Dans le libellé de ce dernier, on lit : Art. V. « Il sera fait incessamment une édition soignée de la Déclaration des Droits de l'Homme et de l’Acte Constitutionnel auxquels seront ajoutés des notes explicatives et simples et des traits historiques choisis de préférence parmi les actions des défenseurs de la patrie »; art. X. « Aucun ministre d’un culte quelconque ne pourra être admis pour occuper » la place d’instituteur. Le décret sur la distribution des denrées était insuffisant : les garde-magasins dans les ports continuèrent à ne tenir aucun registre et à ne rendre aucun compte (Mémoire de Touroude à Bréard, collect. Maurice Loir). Un décret du 8 pluviôse a établi des instituteurs dans chaque commune de campagne des départements bretons (Moniteur, t. XIX, p. 320, Procès-verbal, t. XXX, p. 192). C’est le corollaire de l'arrêté de Jeanbon sur les instituteurs des vaisseaux,

2. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p.727; Procès-verbal, t. XXXI,

et:

£ 3. Journal de lu Montagne, n° du ? nivôse (t. Il, p. 345, Bibl. nat. Le? n° 786), lettre de Londres du 10 décembre : « Il y a quinze jours, l'amiral Howe était comblé d’éloges dans tous les papigrs publics pour sa grande capture de six vaisseaux de la flotte française, et maintenant il est question de le traduire à un tribunal d’amirauté pour y être jugé. » Remarquer que Saint-André renchérit sur le récit du journal,

Enfin, il y à dans le rapport quelques lignes qui empruntent aux circonstances où se trouvait Jeanbon depuis son retour à Paris, un intérêt tout particulier. Mentionnant les arrestations opérées sur l’escadre Morard de Galles et à Brest, Jeanbon écrit : « Dans quelques dénonciations secrètes qui n’ont pas encore paru au grand jour, on nous reproche de n'avoir pas établi à Brest un tribunal. révolutionnaire. Si jamais on ose les porter devant vous, nous nous réservons de vous donner des détails sur Fespionnage bas et vil qui entoure dans leurs missions les Représentants du peuple et produit ici tant de méfiances et de personnalités. En attendant, il nous suflit de dire que nous avons fait ce que vous attendiez de nous. Quand le Comité de Salut public nous envoya, il nous dit : Allez, sauvez Brest et la flotte. Nous avons sauvé l’un et l’autre. Notre tâche est remplie et le retard de la punition des coupables impérieusement commandé par les circonstances, n’a laissé à aucun le pouvoir de l'impunité et a donné au peuple le temps d'ouvrir les yeux et de mesurer la profondeur de l’abime où les scélérats voulaient l’entraîner. » Jeanbon visait sans doute les auteurs responsables de l’envoi des deux agents Cuny et Collinet à Brest, les hébertistes brestois qui avaient multiplié à Paris les dénonciations contre Bréard, et, de facon générale, les mille intrigues ourdies partout autour des conventionnels en mission pour capter leur confiance, confisquer leur pouvoir ou esquiver leurs ordres, intrigues qui avaient leur centre dans les sociétés populaires, dans les administrations et Comités de surveillance, et dont les fauteurs recouraient à la délation contre les Représentants quand ceux-ci refusaient de devenir leurs dupes, intrigues qui s’autorisaient à tort ou à raison de l’appui de tel ou tel parti dans la Convention et aux Jacobins, de l’autorité de telle ou telle personnalité dans les Comités de gouvernement, pour affaiblir l'autorité du Représentant dans le ressort de sa mission, et pour provoquer la désunion à Paris entre lui et ses collègues. Jeanbon profitait en même temps de la question du tribunal révolutionnaire de Brest pour préciser courageusement son attitude politique : il a déclaré en l'an IT qu'il avait écrit son rapport parce qu'il avait appris qu’il allait être dénoncé dans la Convention, et dans le rapport même il fait allusion à cette éventualité ‘; on voit qu’il ne s’en est pas effrayé, et il est bien permis de voir dans les lignes que nous venons de citer une critique de l'institution à Brest d’un tribunal révolutionnaire, autorisée par ses collègues sans son assentiment. Le Représentant, rentré à Paris, s’'inclinait devant l'opinion de la majorité du Comité de Salut public, il acceptait l’orientation de la politique du gouvernement vers une Terreur plus prononcée, mais il ne cachait pas que ses tendances allaient à l'encontre de cette politique, et il désapprouvait une mesure de rigueur qu’il s’obstinait à juger inopportune.

1. Séance du 9 prairial an III (Moniteur, t. XXIV, p. 574). Cf. le rapport : « dans quelques dénonciations secrètes qui n’ont pas encore paru au grand jour » (p. 14).

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