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ses armées, des gratifications, en plus d’un avancement, étaient données aux plus braves, et ce n’est pas le régime conventionnel que l'on peut accuser d’avoir développé la cupidité dans l'esprit des soldats et marins, au détriment du sentiment de l'honneur et du patriotisme.
En même temps que se produisait l’accélération des préparatifs maritimes, le Comité de Salut public continua là Terreur, tout en évitant les excès des hébertistes, durant la seconde quinzaine de pluviôse. Le 14, malgré Bourdon de l'Oise et les Dantonistes, le Comité de Salut public fit voter par la Convention l'élargissement des hébertistes Ronsin et Vincent. Le 17 (5 février), Robespierre, bien que souffrant, vint faire à l’Assemblée au nom du Comité, le célèbre rapport « Sur les principes de morale politique qui doivent guider: la Convention nationale dans l'administration intérieure de la République ! », rapport qu'il faut rapprocher de celui de Jeanbon du 12 pluviôse.
« Tout ce qui tend à rie l'amour de la patrie, à purifier les mœurs, à élever les âmes, à diriger les passions du cœur humain vers l'intérêt public doit être adopté ou établi par vous, dit Robespierre aux Représentants; tout ce qui tend à les concentrer dans labjection du mot personnel, à réveiller l'engouement des petites choses et'le mépris des grandes doit être rejeté ou réprimé par vous ». Il justifie la Terreur : « Le gouvernement de la Révolution est le despotisme de la liberté contre la tyrannie. La force n'estelle faite que pour protéger le crime, et n'est-ce pas pour frapper les têtes orgueilleuses que la foudre est destinée? » Puis, s’attaquant également à l’hébertisme et au dantonisme : « Périsse le scélérat qui ose abuser du nom sacré de la liberté ou des armes redoutables qu’elle lui a confiées pour porter le deuil ou la mort dans le cœur des patriotes....... Mais faut-il conclure de ces persécutions suscitées aux patriotes par le zèle hypocrite des contrerévolutionnaires qu’il faut rendre la liberté aux contre-révolutionnaires et renoncer à la sévérité......? Qu'il y aurait de légèreté à regarder quelques victoires remportées par le patriotisme comme la fin de tous nos dangers! Les ennemis intérieurs du peuple français se sont divisés en deux factions comme en deux corps d'armée. Elles marchent sous des bannières de différentes couleurs et par des routes diverses ; mais elles marchent au même but. L'une de ces deux factions nous pousse à la faiblesse, l’autre aux excès. » Robes-
pierre reprend ensuite les attaques de Jeanbon contre « l’espion-
. 1. Buchezet Roux, t. XX XI, pp. 273 sqq. Hamel, t. I, p. 402.
nage bas et vil » dont les hébertistes entouraient les Représentants du peuple dans leurs missions : « La démocratie, dit-il, périt par deux excès, l'aristocratie de ceux qui gouvernent ou le mépris du peuple pour les autorités qu'il a lui-même établies, mépris qui fait que chaque coterie, chaque individu attire à lui la puissance publique. » Rappelant enfin les diatribes des dantonistes contre Bouchotte et Dalbarade, il flétrit « loutes ces déclamations vagues contre des agents nécessaires du Comité, tous les projets de désorganisation déguisés sous le nom de réformes ».
Le 19 pluviôse, le même Robespierre faisait exclure des Jacobins un furieux démagogue. Le 20, Couthon obtenait de la Convention le rappel du Représentant Javogues, qui en mission se conduisait comme un forcené; Bréard, viclime des hébertistes brestois, soutenait Couthon dans cette circonstance. Enfin, le 20 pluviôse, le Comité délivrait Nantes de l’abominable Carrier !. Quant à Jeanbon, il suivait tout à fait, maintenant, ses collègues du Comité : le 21, aux Jacobins, il faisait profession de sévérité, il signait un arrêté de Robespierre destiné à accélérer le fonctionnement du tribunal révolulionnaire ?. Nous ne parlerons que pour mémoire d’une assertion ridicule transmise au gouvernement anglais par un de ses espions, et d’après laquelle le 14 pluviôse, avec Prieur de la Marne, Saint-André aurait été chargé par le Comité de Salut public d'aller torturer le général anglais O’Hara dans sa prison pour lui extorquer divers renseignements * : Prieur de la Marne était alors à Lorient.
Mais cette politique de rigueur extrême, les agents du Comité naturellement l’exagérèrent encore.
À Brest, Laignelot et Tréhouart effectuaient durant cette période de nouvelles arrestations, et le 17 pluviôse, ils instituaient décidément le tribunal révolutionnaire, établi, disaient-ils, « à l'instar de celui de Paris, sans appel au tribunal de cassation, pour juger tous les ciloyens accusés de délits contre la liberté du peuple, la sûreté du gouvernement républicain, l'unité et l’indivisibilité de la République, de tout vol, dilapidation tendant à opérer son dépérissement, en un mot de tous les crimes contre lintérêt national ‘ ». Dans ce tribunal, l’accusateur public Hugues, Grandjean son subslilut, deux des juges, Goyrand et Lignières, le premier faisant fonction de président, venaient du tribunal de Rochefort; les deux autres juges, Palis et Le Bars, étaient des clubistes brestois. Parmi
1. Moniteur, t, XIX, p.431; Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p. 778.