LE COMITÉ BE RENVOIE À BREST
seraient pas maintenus, mais qu’à leur place on nommerait des hommes d’un caractère sage et.juste; la seconde, que le Comité nommerail lui-même lessujels et établirait le tribunal parce que je ne voulais point prendre sur moi celte responsabilité; je déclarai que je m’occuperais exclusivementdu portet de l’armée, et que le tribunal agirait indépendamment de moi en vertu des pouvoirs qui lui seraient donnés !. » Nous verrons bientôt que c’est dans le tribunal révolutionnaire de Paris que Jeanbon et le Comité de Salut public pensaient recruter des hommes « d’un caractère sage et juste »!
Ce ne fut pas la seule concession que le Comilé de Salut public fit à Saint-André. Le 28 pluviôse (16 février), Barère rédigeait la décision suivante : « Le Comité de Salut public arrête que le citoyen Jeanbon Saint-André se rendra incessamment, en qualité de Repré-
sentant du peuple, à Brest et dans les départements maritimes de la
République. Il est investi de pouvosrs illimités, de même que les
autres Représentants du peuple près les armées. Il pourra se rendre
dans les départements maritimes et ports pour y conférer et se concerter avec les autres Représentants du peuple sur les divers objets
relatifs à sa mission, et pour prendre toutes les mesures de salut
public qu’il eroira nécessaires. Le citoyen Laignelot se rendra dans le département de la Vendée pour se concerter avec les autres Représentants du peuple dans les diverses mesures de salut public qui seront nécessaires ? ». Ainsi Laignelot était éloigné de Brest, Jeanbon y rentrait et allait y être seul maître, et dans le ressort de sa mission élaient placés non plus seulement Brest et Lorient mais toutes les côtes, il devenait, comme il l'avait souvent et vainement demandé naguère, le directeur général de tous les services maritimes sur tout le littoral français.
C’est dans ces conditions qu’il consentit à partir. Plus tard, lors de la réaction thermidorienne, Barère déclara que Saint-André avait demandé, de lui-même, à être envoyé en mission; d'autre part, les thermidoriens ont prétendu que Barère, Billaud, Collot et Robespierre avaient éloigné Saint-André du Comilé de Salut public parce qu’il était un témoin gênant pour leurs projets ambitieux *. L’assertion
1. Réponse à la dénonciation des ciloyens de la commune de Brest.
2. De la main de Barère, signé Barère, Billaud-Varenne, Saint-Just, C.-A. Prieur. Carnot, R. Lindet, Robespierre, Couthon, Collot d’Herbois (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 177). Le 29, le Comité de Salut public lui donne 1,500 livres pour frais de mission, à charge d'en rendre compte (tbid., p. 213). L’espion du gouvernement anglais écrit que le 26 mars le Comité de Salut publie a envoyé Jeanbon à Nantes, une insurrection formidable ayant éclaté à Brest (The manuscripts of J. B.: Fortescue, t. Il. p. 532). Le 26 mars c’est le 6 germinal. Il est bien vrai qu'en germinal, Jeanbon ira à Nantes avec l'approbation du Comité de Salut publie, mais il ira de Brest, et sans qu'il y ait eu d’insurrection à Brest, l’espion recueillait des informations incomplètes et inexactes quand elles n'étaient pas absurdes.
3. Barère, Mémoires, t. II, p. 137. Coup-d’œil sur le gouvernement pendant la tyrannie décemvirale (Bernay, 45 p. in-8, Bibl. nat., Lb#l, no 16) : « Lindet, Prieur et Carnot furent donc relégués dans leurs bureaux respectifs, et Jeanbon fut envoyé en mission et ne parut plus. » Voy. aussi les débats dans la Convention le 10 et le 11 thermidor (Moniteur, t. XXI, p. 362).
de Barère est sans doute une réponse à celle des thermidoriens, toutes deux sont également fausses. Nous venons de voir, une lettre qu’écrira Jeanbon à ses collègues dès son arrivée à Brest nous confirmera, que le convenlionnel de Montauban ne partait pas spontanément; d'autre part, Billaud alla en mission comme Saint-André, et uñe parole de Collot, prononcée le 16 ventôse et sur laquelle nous reviendrons, montre que le Comité de Salut public se considéra comme affaibli par l'absence de Billaud autant que par celle de Saint-André.
Billaud, en effet, le lendemain 29 pluviôse, fut désigné par un arrêté que Jeanbon contresigna pour aller rejoindre Ruamps et surveiller l'expédition à destination de Jersey !‘. Le Comité voulut qu’un de ses membres fut présent à une opération aussi importante, et, depuis longtemps, nous l'avons constaté, Billaud avait fait de ce projet sa chose.
Ce même jour, 29 pluviôse, Jeanbon, avant de s'éloigner, accabla de toute sa sévérité le Comité de Marine, qui peut-être maugréait de se trouver réduit par le Comité de Salut public à un rôle très effacé. Du moins, c’est la seule explication que nous trouvions à un rapport très long, très minutieux fait par notre Représentant au nom du Comité de Salut public sur un fait sans grande importance : la capture d’un navire de commerce américain par un corsaire; le Comité de Marine avait approuvé celte capture, à tort déclara le délégué du Comité de Salut public, qui prétendit montrer à ce propos à la Convention « ce que peut l'intrigue soutenue par la cupidité pour égarer la sagesse des Représentants du peuple ?. »
Jeanbon était encore au Comité le 30 pluviôse (18 février) *. Il partit sans doute dans la nuit ou le lendemain. Durant ce séjour d’un peu plus de trois semaines qu'il venait de faire au gouvernement central, Son œuvre avait été considérable. Il avait obtenu de la Convention la ratification des actes de ses précédentes missions. De concert avec ses collègues et Dalbarade, il avait donné une nouvelle impulsion à la réorganisation de la marine et combiné les opérations de la campagne qui allait s'ouvrir. Il avait enfin mis son attitude politique en harmonie avec celle du Comité de Salut public tout entier. Il retournait à Brest et dans les départements maritimes pour y continuer la restauration de notre puissance navale, à l’aide de: la Terreur, dont lui-même, maintenant, jugeait l’accentuation indispensable jusqu’au triomphe complet de la République sur les mers.
1. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 218. Jeanbon signe la minute de Barère avec Carnot, Saint-Just, Collot. Cf. Taine : « Billaud qui ne va jamais en mission » (Révolution, t. IT, p. 239), et ce n’est pas la première mission de Billaud.
2. Moniteur, t. XIX, p. 499 : la décision du Comité de Marine fut cassée. La veille, Jeanbon avait fait ajourner un projet de décret présenté par le Comité des Colonies (peut-être fusionné avec le Comité de Marine, ibid., p. 493).
3. Il y signe un arrêté à cette daté (Aulard, ‘Actes du Comité de Salut public, t. XE, p. 242). « Je fus chargé des bureaux du Comité pour la marine en l’absence de Jeanbon depuis le mois de février 1794, » dira Barère dans ses Mémoires (t. 11, p. 138). :