‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 584 sur 889 · ACTIVITÉ DANS LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

ACTIVITÉ DANS LES TRAVAUX

bâtiments anciens en service, on change leur lest. Moins de deux semaines après son arrivée, Jeanbon écrit à Dalbarade : « Nous avons dans quatre jours armé deux frégates, la Galathée et la Dryude, retiré des bassins /’Æole, le Scipion et le Flibustier, entré et sorti l'Achille, entré le Northumberland, le Caton et le Brutus, mâté l’Eole et le Scipion. Cependant le temps n’a pas été beau. Tu conviendras qu’aller de cette manière ce n’est pas faire languir les travaux. » Le ministre répond en marge : « Rendre justice à la surveillance active de ce Représentant ! ».

Et cependant un surcroît de travail a été imposé à Saint-André à propos d’une invention dont ses collègues attendent merveilles : le Capitaine de vaisseau Castagnier, un protégé de Carnot, a imaginé de placer sur les navires de guerre des fourneaux à réverbère où l’on fera rougir des boulets, pour que les escadres aient à leur disposition des projectiles incendiaires. Gautier, autrefois ordonnateur à Lorient et maintenant en service auprès du Comité de Salut public, Forfait le grand ingénieur, admirent le procédé sans réserves. Dalbarade et le Comité de Salut public en sont de suite entichés ?, tout gouvernement impatient d’en finir avec une guerre redoutable n’accueille-t-il point avec crédulité l'offre d’un moyen de destruction radicale de l’ennemi ? Persuadés que ces fourneaux sont aisés à construire, que nos navires seront invincibles une fois pourvus de tels engins, les membres du Comité ordonnent à Jeanbon d’en établir sur tous les vaisseaux de Brest dans dix jours pour tout délai. Jeanbon proteste : « N’exigez pas l’impossible, répond-il, une ligne, un mot sont bientôt tracés sur le papier, les choses ne marchent pas aussi vite dans les ateliers », et il fait remarquer l’énormité du travail. Du reste, d'accord avec Sané, il ne partage pas l'engouement de ses collègues pour les fourneaux à réverbère. « Le ministre dit que l'expérience en a été faite, cela n’est pas exact, il devrait dire qu’on a placé de ces fourneaux sur quelques bâtiments, mais ces vaisseaux ont-ils été à la mer, ont-ils fait usage de leur machine contre l’ennemi avec le roulis, le tangage et les mouvements de la manœuvre ? Le £uccès a-t-il justifié le système? Voilà ce que j'appelle une expérieuce. Le reste ne signifie rien, car on met sur les vaisseaux tout ce qu’on veut. » De plus, « au moment d’un combat, tous les feux sont religieusemeut éteints à bord des vaisseaux, ici il faut en allumer un cent fois plus ardent que celuides cuisines que l’on redoute... je

1, Reg. II d’arrêtés des Représentants du peuple; BB? 51, fol. 379 («sept mouvements de vaisseaux dans une seule marée »), fol. 81-83, fol. 63, 74, Jeanbon au Comité de Salut public, 11 ventôse (AF1 294, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 482), AFu 296. Jeanbon à Dalbarade, BB3 61, fol. 62, 14 ventôse. Noter qu’il faut de plus radouber et réparer de vieux vaisseaux qui ont été précipitammert armés et réparés au commencement de la guerre (Jeanbon à Barère, 7 ventôe, BB 50, fol. 69, BB: 36, fol. 24) ; on le fait en même temps, ce qui prouve l'erreur de Kerguelen (Guerres maritimes, p. 370) : « On assure que la plupart des vaisseaux n'avaient pas été délestés ni visités depuis deux ans » à propos des combats de prairial.

2. Arrêté du Comité de Salut public du 29 messidor récompensant Castagnier (AF11 140). Voy. Jeanbon à Barère, 28 ventôse (AF1r 244, Aulard, t. XII, p. 46).

n’ajoute pas tout ce que la maladïesse, la précipitation d'un combat, mille accidents imprévus y ajouteront sans doute; mais il est affreux de penser que nous nous brûülions de nos propres mains, et que nous détruisions en un clin d'œil et les forees navales de la République et ses nombreux enfants ‘. » Le Comité de Salut public n’en persiste pas moins dans ses illusions, et Jeanbon, puisque For-

fait préconise l’invention, mande à Brest l'ingénieur en chef du.

Havre pour qu’il fasse lui- -même l'installation du nouvel engin ?. Mais, avant même que Forfait soit venu, on a perdu du temps en essais préliminaires, et un an plus tard, nous verrons les craintes de

Jeanbon se réaliser, le vaisseau /’Alcide de l’escadre de la Médi-.

terranée sera incendié par son fourneau à réverbère.

En même temps qu'il pousse les travaux de Brest, Jeanbon sur- ? ë

veille les autres rades: Il envoie à Lorient des bois de Vannes et des chanvres d'Angers que Lequinio avait ordonné de faire filer sur Rochefort, port trop éloigné *. A Lorient, il morigène les agents et ingénieurs qui, alors qu’il y a six vaisseaux en chantier, perdent en radoubs « le temps que nous devrions employer à nuire à notre ennemi », c’est-à-dire à achever les constructions neuves ; Jeanbon dans ce port relève aussi la continuation de tous les abus si souvent signalés déjà : gaspillage affreux, paresse extrême, désobéissance constante, tout cela dû à l'influence néfaste de la Société populaire ‘. A Rochefort, Guezno et Topsent se sont mis sans bruit à faire de bonne besogne, Jeanbon correspond avec eux *. Au Havre, il presse l’armement de trois corvettes qui sont terminées. À Bordeaux, il demande où en sont les constructions 5. Le Camité de Salut public le seconde : le 4 germinal, il destitue et met en arrestation l’ingénieur constructeur en chef de Bayonne « qui, sous différents prétextes, a

refusé d’obéir aux ordres du ministre de la marine et a compromis le service dans celte partie 7 ». L'activité de Jeanbon se porte aussi sur les batteries côtières, et il augmente les mesures de surveillance destinées à empêcher les pêcheurs du littoral de cor-

respondre avec les émigrés et les Anglais à.

1. Jeanbon à Barère, 28 ventôse, au Comité de Salut public, 127 germinal (AF11 294; Aulard, t. XII, p. 92).

2. Au Comité de Salut public 1* germinal, au ministre 6 germinal (BB 61, fol. 74). Ordre à Forfait, à Port-Malo, de venir à Brest, 4 germinal (IVe Reg. de correspondance des Représentants du peuple. Arch. commun. Brest).

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