LA TENTATIVE SUR JERSEY AJOURNÉE
(21 mars), le Comité de Salut public ordonne la dislocation du corps d'armée concentré à Port Malo. Il sera partagé en divisions qui iront à Brest, Cherbourg, dans le Morbihan, les Côtes-du-Nord, l’Ille-et- Vilaine, « pour y maintenir la tranquillité publique et réprimer les brigands ! ». Un rapport anonyme nous en donne les raisons : « L'expédition sur les îles de Jersey et Guernesey devait être un coup de main, les mesures étaient prises... pour que l'opération s’exécutât sans que nos ennemis pussent la prévoir. L'opiniâtreté des mauvais temps et des vents contraires, en s'opposant au départ el au
rassemblement des forces navales à élé un obstacle invincible à l'expédition. On ne peut douter qu'aujourd'hui les Anglais ne soient instruits de nos préparatifs et de nos mouvements. Leurs forces sont surtout disposées à se porter dans les points où ils seront menacés. On propose en conséquence d'envoyer l’armée navale dans la Manche pour contenir l’armée anglaise... Les plus puissants motifs s’opposent à cette mesure. Des préparatifs immenses sont faits de tous côlés et dans toutes les parties du service pour rendre formidable notre armée navale. Il serait imprudent et inconséquent de l’exposer avant... Les ordres sont donnés pour établir des fourneaux à rougir les boulets à bord des vaisseaux et autres bâtiments de guerre. On travaille à la fabrication des obus qui doivent également porter l’effroi dans les équipages ennemis. Ces nouveaux moyens mettront notre armée en état de tout braver. Il serait imprudent de la compromettre avant qu’elle réunisse tous les avantages qui doivent lui assurer une sécurité absolue ?. »
L'expédition est donc contremandée, mais le Comité de Salut public n'y renonce pas. Les troupes, disloquées pour faire la guerre aux chouans, restent toutefois dans la région, de façon à pouvoir être rapidement concentrées. Une circulaire du 10 germinal ordonne la réunion à Port Malo de tous les transports disponibles, et à Rossignol, qui demande le 5 germinal si les préparatifs commencés doivent être discontinués, si les bâtiments doivent être désarmés, Bouchotte répond que l'intention du Comité de Salut public parait être qu'aucun .préparatif ne soit interrompu. Enfin, les divisions Thévenard et Doré restent à Cancale *. Certes, en ajournant la tentative sur Jersey, le Comité a fait acte de prudence et il faut louer son ardent désir de constituer une armée navale formidable, Mais mieux aurait valu renoncer complètement pour quelque temps à cette expédition, et ne pas laisser nos forces navales morcelées de Brest à Cherbourg. Nous verrons les conséquences de celte obstination fâcheuse six semaines plus tard.
L'action de Jeanbon durant cette période ne s’est pas réduite à préparer la flotte pour une sortie qui, deux fois prescrite, a été deux
1. AFn 278, Aulard, Actes du Comité de Salut Public,t. XII, p. 84. Voy. aussi AFu1 210 et Savary, t, LIT, pp. 349-350. :
2. AFn 210, rapport sans date ni signature mais annexé à des pièces de la dernière décade de ventôse et s’y rapportant.