VAIN APPEL DE JEANBON A LA CONCORDE
-qu’il a donnés, le nom de « pays noir », la piété y élait ardente, (encore aujourd’hui elle y garde dans les classes populaires une fraîcheur, une ingénuité robuste dont les œuvres de M. Émile Pouvillon donnent l'impression) ; on comprendra, par suite, combien il y avait de menaces pouries protestants dans cet article du cahier des curés.
Cest au milieu de cette sourde fermentation que l’on apprit le conflit entre le roi et la nation, la journée du 14 juillet 1789, la réconciliation de Louis XVI et des Parisiens. Les Montalbanais, comme tous les Français, en quelques jours passèrent de l'anxiété poignante aux effusions de la joie la plus vive ‘. Les négociants et le peuple assemblés le 22 juillet envoyèrent à l'Assemblée et au Roi l'expression de leur attachement, de leur gratitude et de leurs sentiments d’obéissance ?,
- et nommèérent un comité patriotique , pour prendre, d'accord avec la municipalité royale “, toutes les mesures que pourraient comman-
1. Jeanbon Saint-André : « Faudrait-il vous parler de ces jours effroyables, de ces nuits encore plus terribles où un peuple immense attendait dans la sombre agonie du désespoir l’arrêt fatal de sa destinée? » Sermon du 26 juillet.
2. 18 décembre 1788, première réunion des bourgeois,suivie de plusieurs assemblées générales de la communauté de Montauban; le commerce de Montauban tint de son côté, semble-t-il, des délibérations à part sous la direction de Revellat aîné, négociant (Livre rouge neuf, fol. 278 recto). Le 22 juillet 1789, assemblée générale au couvent des Carmes : les citoyens « après avoir entendu lecture de l’arrêté de l’Assemblée nationale du 15 du même mois et pénétrés de la reconnaissance, du respect le plus profondément sentis et excités dans tous les cœurs par la sagesse, le patriotisme et la courageuse persévérance de cette auguste Assemblée, ont arrêté :
« 1° De faire le serment solennel et inviolable de garder à jamais fidélité et obéissance au roi Louis XVI dont Dieu daigne prolonger la carrière ;
« 2° De soutenir de toute leur force et par le sacrifice de leurs biens et de leurs vies les intérêts et la gloire de notre auguste monarque, les principes, délibérations, arrêtés, Décrets de l’Assemblée nalionale. »
Suivent plus de mille signatures : celles des consuls ou officiers municipaux, de beaucoup de protestants, de « Ingres peintre » père du grand artiste, etc. (plaquette n° 40 de 15 p. dans le Recueil factice pour l’hist. de la Révolution à Montauban, Arch. * commun).
3. En exécution du troisième article de sa délibération, l’Assemblée nomme un président Revellat aîné, négociant, un vice-président Comhes-Dounous, quatre secrétaires et seize commissaires « chargés spécialement par l’Assemblée de pourvoir avec Messieurs les officiers municipaux et sous leurs auspices (ces Messieurs présents et acquiescants aux dispositions de cette délibération) à toutes les mesures qu'exigera le maintien de la tranquillité et de la sûreté publiques pendant la tenue des Etats généraux. le chargeant principalement de s'occuper sans délai des moyens de parvenir à l'établissement d’une patrouille bourgeoise dont le service actif et non interrompu puisse remplir cet objet important ». Es
4, L’édit de novembre 1771 ayant ôté aux villes le droit délire leur municipalité, les officiers municipaux avaient été nommés par le roi. En 1789, M. de Lamothe, chevalier de Saint-Louis, est maire, M. Belvèze, avocat au Parlement, premier consul, M. Poncet-Delpech, naguère élu aux États généraux, deuxième consul, M. Godoffre cadet, ancien juge de la Bourse, troisième consul, et M. Delpech, procureur au présidial et sénéchal, quatrième consul (Livre rouge neuf, passim).
der les circonslances. Pourtant la satisfaction ne fut pas suivie d’apaisement. L'ébranlement produit par les vicissitudes traversées persistait dans les esprits; l’horreur des premiers excès commis par la populace parisienne ‘, la défiance croissante vis-à-vis des réformés, d'autant plus radieux du triomphe de la Révolution qu’ils avaient eu plus particulièrement à craindre la réaction ?, des rumeurs étranges : annonce d’invasion étrangère ou de soulèvements intérieurs *, tout entretenait les Montalbanais dans un état de fièvre, de soupçons et d’inquiétudes extrêmement pénible.
Jeanbon n'avait pas joué de rôle politique jusqu'alors, le discours du 30 avril 1789, que nous avons cité plus haut, n’est pas de lui; malgré l'autorité de MM. Nicolas et de Félice, c’est à O. Desmont que, d'accord avec M. le pasteur Benoist, nous devons l’altribuer *. Mais le 22 juillet il signait l'adresse à l’Assemblée et au Roi. Puis apparut de lui un sermon d’actions de grâces « prononcé dans une société de protestants, le dimanche 26 juillet, pour remercier Dieu de la fin des troubles de Paris et de l'éloignement des troupes qui environnaient celte capitale * ». Allocution de circonstance faite « dans une assem-
1. Sermon de Jeanbon à la date du 26 juillet. L’orateur rejette sur le compte de la fatalité « ces catastrophes meurtrières que les historiens attestent avoir été chez tous les peuples inséparablement liées à ces sortes de révolutions ».
2. Le comte de Périgord à Paul Rabaut, 22 juillet 1789, il le prie de l’aider à maintenir l’ordre, étant donnée « la chaleur avec laquelle les protestants se conduisent dans les circonstances actuelles » (Papiers Rabaut, t. III, p. 81, Biblioth. de la Soc. d'hist. du protest. franç.). Sur leur joie voy. plus bas le titre du sermon de Jeanbon .du 26 juillet.
3. Le 28 juillet, troisième-assemblée générale des citoyens de Montauban encore tenue aux Carmes (Arch. commun, série BB, carton).
4. « Discours prononcé le 30 avril 1789 à l'occasion de l’édit du Roi en faveur des protestants. » L’avant propos contient ceci : « ce discours n’avait point été destiné à l’impression. L'auteur l’a prononcé en présence de quelques vrais serviteurs de Dieu, et de divers citoyens amis de la religion, de la tolérance, de la patrie et de l'humanité. Ils ont jugé qu’il pouvait être utile dans les circonstances présentes. Cet espoir seul lui donne le jour. » M. le pasteur Benoist nous a rapproché ce texte du début du synode de Saintonge, Angoumois et Bordelais, du 30 avril au 5 mai 1789 « l'ouverture de lassemblée faite selon l’usage par un discours prononcé par M. Olivier Desmont.… l'assemblée très édifiée de ce discours adapté aux circonstances de nos églises ef croyant sa publication très utile a prié ledit pasteur de le livrer à l’impression » (Hugues, Synodes du désert, t. III, p. 588). L’auteur serait donc O. Desmont.
5. 30 p., in-8. sans nom de lieu, MDCCLXXXIX (collect. Em. Forestié) Un article du Bulletin de la Soc. d’hist du protest. (1895, pp. 53-153) le déclare d'auteur inconnu. Pour nous il est de Jeanbon, le style diffère du style de Fonfrède le collègue de Jeanbon à Montauban, l’auteur y traite une question que Jeanbon reprendra dans son sermon du 9 octobre 1791 : le moyen d’arriver à la liberté par la pureté morale, et traçant le tableau de la France à venir, écrit ces mots à rapprocher de la thèse des Considérations : « les ministres des cultes, se renfermant dans les bornes de leur état, encourageront la vertu dont ils donneront l’exemple. » Le développement prend pour texte : « vous l’avez pensé en mal contre moi, mais Dieu l’a pensé en bien » (Genèse, c. 50, par. 20), et applique ces paroles au brusque changement de la royauté, changement déterminé par Dieu : « ce que les hommes pensent en mal contre leurs semblables, tu le penses en bien pour ta gloire et pour leur bonheur », dit l’orateur à Dieu. Il invite ses frères comme citoyens à s’en réjouir, à confondre dans un même amour le prince, qui a bien voulu se résoudre à un tel changement, et l’État, à