‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 61 sur 889 · VAIN APPEL DE JEANBON À LA CONCORDE · texte numérisé non relu

VAIN APPEL DE JEANBON À LA CONCORDE

blée de protestants », à laquelle probablement étaient mélés des catholiques ‘, composée, apprise et récitée, de l’aveu de l’auteur ?, « en deux fois vingt-quatre heures ». Très décousu, très peu soigné, ce discours réflète d'autant mieux toutes les préoccupations du moment. Jeanbon y recommande la concorde aux protestants et aux catholiques dans les termes les plus pressants *; effrayé du désarroi grandissant, il rappelle à ses frères « que la liberté n'est pas la licence,.….. que la soumission aux lois est indispensable, que l’obéissance aux magistrats chargés par le Prince d’administrer la justice et la police est de droit rigoureux ». L'homme d’autorité qu’il était n’acceptait sans doute qu’en considération du résultat obtenu l’insurrection du 14 juillet, et de tout son cœur il souhaite la fin des troubles *, La croyait-il réellement prochaine? Il a fallu un miracle de Dieu, dit-il, pour amener le roi à résipiscence, car il doit en coûter - beaucoup à un roi d’avouer son erreur 5. Ses débuts dans la vie politique sont donc un appel à la concorde. Toutefois cet appel ne pouvait avoir beaucoup de portée : le Journal National, fondé à Montauban par l’imprimeur du Roi ‘, marque bien une tendance à la conciliation entre catholiques et protestants 7, le Comité patriotique vit en harmonie avec la municipalité, d’ailleurs réduite en nombre el composée

montrer des dispositions conciliantes vis-à-vis des catholiques ; comme chrétiens il les engage à remercier Dieu d’avoir suscité des législateurs tels que ceux de l’Assemblée nationale et ramené le cœur du Roi. Il finit en engageant ses frères à se rendre dignes de la liberté par leur pureté morale. L'œuvre est toute déclamatoire, politique et morale : description oratoire du 14 juillet, nombreuses allusions aux héros de Sparte et de Rome, dissertations sur la nécessité de pratiquer la vertu pour arriver à pratiquer la liberté: Une seule idée théologique, et encore se rattachant à celle que nous venons de citer : « le seul être qui possède une liberté sans bornes est aussi le seul dont la sainteté est infinie ».

1.« O nos concitoyens ! s’il en est dans cette assemblée dont le culte est diftérent du nôtre... souffrez, etc. » Et l'œuvre a été imprimée, publiée, donc destinée à être lue de tous. ?

2. Note de Jeanbon ajoutée à ces mots du début de la péroraison : « Je m’arrête, mes frères. Le désordre de mes idées annonce assez la rapidité avec laquelle elles ont coulé de ma plume. » En effet, c'est le discours le plus faible de notre pasteur.

3. « O charité! Ô douceurs inestimables de la paix et de la concorde! »

4. « Le patriotisme va désormais se confondre parmi nous à l’amour de nos Rois, et ces deux vertus renverseront tous les préjugés qui peuvent nous égarer encore, rendront toutes les réformes possibles, feront disparaitre tous les abus, élèveront toutes les âmes.»

5. Citons ces paroles audacieuses : « à la vue des désordres qu’on a osé se permettre en son nom, et comme pour les expier, le chef de la nation », etc.

6. Journal national, imprimerie de Vincent Teulières, paraissant tous les vendredis à 6 heures du soir (numéroté, non daté). Il contient, avec quelques nouvelles

locales, les comptes rendus des séances de la Constituante, détaillés pour tout ce qui concerne la région de Montauban, et rédigés par Poncet-Delpech (collection complète, du 12 numéro, 20 juillet 1789, au 6 janvier 1791 chez M. Em. Forestié, il a dû paraitre jusque juin 1791, époque à laquelle Teulières a été obligé de s’enfuir).

7. N°6. Au ne 19 il annonce qu’il met en vente également le « discours prononcé dans l'église cathédrale le 22 novembre 1789 pour la bénédiction des drapeaux de la milice nationale montalbanaise par M. l’abbé Aïllaud, son aumonier », et le « discours adressé à une Assemblée religieuse de protestants dans une ville du Quercy, le jour que la milice bourgeoise fut appelée à prêter le serment national » dont nous reparlerons. Plus tard, il ne vendra que des pamphlets ultra-catholiques.

de gens âgés ou valétudinaires !, l'inquiétude n’en subsiste pas moins ?. Formé de négociants protestants et même de personnes de condition inférieure *,le Comité est jalousé des gens de robe et de la haute société *; ceux-ci affectent de se tenir à l'écart de la garde nationale qu’il organise, puis quand, à cause de leur abstention même, la garde nationale se recrute parmi les protestants, ils s’en indignent et S'en effrayent ‘.

Sur ces causes de mésintelligence deux décisions de l’Assemblée nalionale eurent une influence fâcheuse : d’abord, les concessions faites aux protestants par la déclaration des droits dont l’article XVIII proclamait la liberté absolue de conscience, et par le décret du 24 décembre 1789 qui permettait l’accès de toutes les professions aux non catholiques, puis la formation du département du Lot, décidée le 29 janvier 1790 avec Cahors pour chef-lieu . Lors de la discussion de cet article XVIII de la déclaration des droits, Rabaut Saint-Étienne :

s'était élevé contre le mot de tolérance qui impliquait pour les proue un régime d'exception, il avait réclamé, au nom de l'égalité, liberté pleine et entière du culte pour ses coreligionnaires; ce langage très noble, très goûté * par tous les esprits en qui prévalait la raison pure, était malheureusement d’un effet déplorable sur les populations catholiques du Midi. Nourries de préjugés, elles se rappelaient que la tolérance dont ne voulaient plus les réformés ils l’avaient implorée quatre ans auparavant; où s’arrêteraient leurs demandes ? Et tandis

1. Le Comité patriotique a été augmenté, maintenu jusqu’à l’époque du renouvel-. lement des municipalités; le 21 août il est peut-être en désaccord avec la municipalité (Arch. commun, série AA, carton 6), mais des trois consuls restants deux sont affaiblis par l’âge et la maladie (Livre rouge neuf, p: 302); c’est le Comité qui administre la ville.

8. Le 17 août, le Comité constate que naguère « la cité était exposée à des désordres et aux excès d’une sédition » (Arch. commun, série BB, carton).

3. Parmi ses membres au’22 juillet, outre Revellat aîné et Combes-Dounous, Gautier greffier de la maréchaussée, Latour-France bourgeois, Mariette d’Auriol, Constans aîné, Lescure Bellerive et Furbeyre, négociants et bourgeois, Molles marchand tanneur sont protestants (plaquette, n° 40, Recueil factice, déjà cité).

4. Le premier consul Belvèze, l'intendant, Trimond et l’évêque machinent contre lui (L27 Arch. Tarn-et-Garonne). Il « abdiqua dès qu'on fut parvenu à le rendre odieux « (Avis aux citoyens de Montauban, par un patriote toulousain, 19 p., in-8, Bibl. commun, Bordeaux, qui signale la jalousie des nobles pour les négociants). Cf. d'Aldéguier, Hist. de la ville de Toulouse, Toulouse, 1834, 4 vol. in-8, t. LV, p. 436, sur la jalousie de la haute bourgeoisie pour la première municipalité dans cette ville.

5. D’Elbreil le constatera p. 7 dans la notice citée plus loin. Dans la garde nationale, trois bataillons et une compagnie de dragons, celle-ci presque entièrement protestante. Jeanbon aîné y était Sous- lieutenant (Calendrier national de Montauban pour 1790, pp. 127-169).

6. « L'Assemblée nationale décrète : 1° que le département du-Querci dont Cahors est le chef-lieu est divisé en six districts dont les chefs-lieux sont : Cahors, Montauban, Lauserte, Gourdon, Martel et Figeac. On ne se permettra aucune réflexion sur ce décret; on invite les personnes qui connaissent les principes de l’Assemblée nationale et l'esprit de ses décrets à méditer et à apprécier celui-ci » (compte rendu de la séance de l’Assemblée du 29 janvier 1790. Journal national, n° 28).

7. Voy. dans la discussion sur Part. XVIIL de la Déclaration des droits, le 23 août 1789, son discours déjà cité (Moniteur, t. T, p. 377).

LES PARTIS PROTESTANT ET CATHOLIQUE A MONTAUBAN Gi

qu'on s’en inquiétait, le clergé remplissait le pays de ses doléances : le 13 décembre l’Assemblée avait décrété l’aliénation de 400 millions de biens ecclésiastiques, prêtres et moines se considéraient comme spoliés, s'en prenaient à l’hérésie, soulevaient le peuple contre elle t. D’autre part, Montauban si richement doté par l’ancien régime, et qui possédait naguère l’intendance de Quercy et Rouergue, se voyait désormais relégué au rang de simple chef-lieu de district et subordonné à Cahors dans le département du Lot. La rivalité datait de loin entre Cahors, la ville du Haut Quercy, petite, pauvre et somnolente, et Montauban, la ville de la plaine, prospère et industrieuse ?. Tant que la formation du département demeura en suspens, de septembre 1789 à janvier 1790, Montauban fut en émoi. « On avait vu décliner tant de villes florissantes par l'effet d’une seule mesure hasardée ou d’une fausse combinaison *! » Mémoires au Comité de constitution, démarches de Poncet-Delpech et de Mgr. de Breteuil, envoi à Paris de députés extraordinaires ‘, rien n’y fit: Montauban fut évincé au profit de Cahors, uniquement parce que celle-ci occupait une position centrale *, et sans égard à la nécessilé de gagner à la Révolution une ville importante par son commerce, son industrie, sa population. Ajoutons que le plus grand nombre des administrations de l’ancien . régime étaient supprimées, plus d'élection, plus de cour des Aides, désert dorénavant l'hôtel de l'intendance, vides les hautaines et massives demeures des fonctionnaires el des magistrats ‘, on sen prit au nouvel ordre de choses, en particulier aux protestants, ses partisans les plus dévoués. Les accusations contre eux s'étayèrent de ce fait qu'un des membres influents du Comité qui avait réglé la formation des départements, le Comité de constilution, était un proteslant, celui-là même qui, si magnifiquement, à l'Assemblée nationale, avait présenté les revendications de ses core-

1. Voy. Journal de Duquesnoy, Paris, 1894, in-8, t. I, p. 477.

2. Montauban avait enlevé à Cahors la Cour des aides, Cahors avait gardé la sénéchaussée principale du Quercy, Montauban avait demandé le 15 février 1789 une députation directe aux États généraux et n'avait obtenu qu’une promesse pour l'avenir (Arch. commun, série AA. carton 5).

3. Mémoire de la sénéchaussée de Montauban sur la réclamation d’une députation directe aux Etats généraux. Arch. commun, série AA, carton 5.

4. Les deux députés extraordinaires furent Doumerc, qui habitait Paris et dont nous verrons les relations avec Jeanbon, et Combhes-Dounous. Voy. leur correspondance et celle de Poncet- Delpech avec la municipalité, les Mémoires présentés au nom de celle-ci au Comité de constitution (Arch. commun, cartons de la série AA), complétés par les délibérations de la municipalité insérées au Livre rouge-neuf, et par les communiqués de Poncet-Delpech à la municipalité et à ses concitoyens insérés dans le Journal national. On accorde à Montauban la faculté de se réunir au département de Toulouse si plus tard elle le juge préférable, et la promesse qu’on lui donnera quelques-uns des établissements d'intérêt public dont l’organisation du nouveau régime fait prévoir la création.

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