LA COLONIE RÉVOLUTIONNAIRE DE BREST A LA FIN DE FLORÉAL
devenus introuvables en France, et ces mêmes détaillants puisent dans les réserves de subsistances qu’il constilue, ne sont plus que ses intermédiaires ; toutes les manufactures sont aux mains de l'État dans Brest, et au dehors Jeanbon a repris pour le compte de la République ou mis en régie les mines de Carhaix, de Poullaouen, etc. De même l'Etat enrôle, nous le répétons, tous les individus à son service, il dirige leur éducation politique, leur fait une religion civique. Il y a plus, dans Brest la vie journalière de chacun est réglée, l’emploi du temps est marqué par la cloche de l'arsenal et par le coup de canon qui annonce matin et soir, l'ouverture et la fermeture du port, et par ordre du Représentant du peuple, en dehors des heures des . repas jusqu’au soir, les cabarets sont déserts ‘.
La vue de cette cité où l'État absorbe toutes les ressources de la collectivité, comme toutes les existences, au nom de l’intérêt général, où chaque citoyen n’est plus qu’un rouage dans une immense usine de constructions navales, le spectacle de cette communauté laïque où chacun doit travailler, agir, penser et prier suivant une règle déterminée et minutieusement établie, semble autoriser, nous l'avons déjà dit, bien des hypothèses, on serait tenté d’attribuer à Saint- André des plans collectivistes ou communistes méthodiquement et consciemment réalisés. Toutefois, pas plus qu’en vendémiaire, brumaire ou nivôse lors de la première ébauche de sa colonie révolutionnaire, Jeanbon n’a, en venlôse, germinal, ou floréal, prononcé une seule parole qui laisse croire à l’existence dans son esprit d’une conception sociale nouvelle. Son œuvre colossale est une œuvre de circonstance dans un temps où il fallait tout concentrer pour la défense nationale, et dans une localité où toujours le service de la marine s'était subordonné tout le monde et toutes choses. C’est peut-être aussi une œuvre de principes à cette époque où l’État se charge de faire despotiquement le bonheur de la démocratie, où Barère dit à la Convention « nous laissons les travaux de charité aux monarchies ; cette manière insolente et vile d’administrer les secours ne convient qu'à des esclaves et à des maîtres, nous y substituons la manière grande et large des travaux nationaux ouverts sur tout le territoire ? », à cette époque où l’on rêve des cités