AFn 102, arrêté du 13 ventôse
2. Rapport de Barère du 21 ventôse (Moniteur, t. XIX, p. 484). Cf. la mise en régie des usines par Hentz, Bô et Massieu dans les Ardennes, citée dans Lichtenberger, Le socialisme et la Révolution française, p.275, et celle du Creusot arrêtée par le Comité de Salut public (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 585), la mise en réquisition, également par le Comité, des ouvriers des mines de houille destinées à l’approvisionnement de Paris (25 germinal, AFn 79, Aulard, t. XII, p. 585). Cf, aussi Lichtenberger sur les idées des communistes de la Révolution avant Babeuf « organisation générale du travail et mise en commun de toutes choses dans chaque commune ou dans chaque canton, l’État ayant le droit de régler souverainement toutes les questions générales et de répartir le travail ou les denrées à son gré entre les communes... les denrées et les produits industriels seront centralisés dans des magasins communs d’où ils seront distribués selon les besoins de chacun... ce sera la commune sous la direction générale de l'État qui fera le commerce des denrées (op.
enfantées par l'imagination des écrivains utopistes et des républiques antiques ; mais, si les idées socialistes ont influé sur l’organisation par Jeanbon de la colonie révolutionnaire de Brest, il ne s’en est point rendu compte lui-même. Si Jeanbon a fait du socialisme pratique à Brest c’est tout à fait inconsciemment, il a construit son état collectiviste au jour le jour, suivant les nécessités du moment, sans en discerner la belle ordonnance et sans la proposer jamais en modèle à ses concitoyens.
À cette colonie révolutionnaire de Brest, il ne faut point Dirt de rallacher ses satellites, les villes montagnardes du Finistère, du Morbihan, des Côtes du Nord : Landerneau, Morlaix, Quimper et Carhaix, Vannes, Pontivy, Saint-Brieuc, Lannion, etc., Lorient surtout. Leurs clubs sont affiliés à celui de Brest, les commissaires envoyés par les administrations ou le Représentant viennent y soutenir les Montagnards, y incarcérer les opposants, qui sont ensuite traduits au tribunal révolutionnaire de Brest. Et dans toutes ces localités, sous la direction des autorités constituées et des agents délégués par la marine ou par Saint-André, on travaille pour les armements de Brest et Lorient : Landerneau a les fours à biscuit de l’escadre ; les mines de Quimper et de Carhaix sont exploitées pour les arsenaux de nos deux ports; chanvres, blés, bois, toile à voile, fil de caret sont ramassés et expédiés à Brest et Lorient de toutes ces localités !, pêle-mêle avec les prêtres réfractaires et les individus accusés detendances contre-révolutionnaires. En échange, Jeanbon leur adresse des denrées provenant des prises : épices, salaisons, vins et liqueurs, comestibles de toute sorte, d'autant plus appréciés qu'ils sont devenus introuvables dans toute la République ?. Les autres ports de l'Océan sont rattachés, eux aussi, à la colonie révolutionnaire de Brest depuis que les pouvoirs de Saint-André s'étendent à toutes les côtes : ils travaillent, nous l'avons vu, pour lesarmements de Brest, ils y envoient du blé, du matériel naval; en échange, les frégates de Brest, concurremment avec celles qu’eux-mêmes ont armées, leur amènent des prises, et Jeanbon leur procure des subsistances prélevées sur les cargaisons caplurées ?. Rochefort est une colonie révolutionnaire analogue à celle de Brest, 19,000 ouvriers y sont employés,
cit., p. 220). Cf. aussi le plan cité par Taine (Révolution, t. IT, p. 105) : les citoyens seront tenus de vendre à l'Etat dans des magasins nationaux les produits de leur travail, la nation les distribuera aux commerçants en gros en gagnant 6 0/0, ceux-ci aux détaillants en gagnant 8 0/0, ceux-ci aux consommateurs en gagnant 12 0/0. Le Comité de Salut public est toujours peu partisan de la mise en régie des usines, et il se place pour juger ce procédé uniquement,au point de vue pratique : le résultat de leur exploitation (Aulard, t. XII, p. 583) Voy. ch. xur, pp. 569-572 sur la colonie de Brest en brumaire.