LE CONVOI DE VAN STABEL MENACÉ PAR LORD HOWE
. miers jours de ventôse pour obtenir des secours en subsistances ne l'avait pas rencontré, mais avait fait auprès de Robert Lindet, en s'autorisant du nom de Saint-André, des démarches pressantes, et recevait de la municipalité de Montauban cette lettre écrite le 24 ventôse (14 mars) : « Nous voilà tous à trois quarts de livre de pain, toute la viande aux armées, et tu n’ignores point que nous n'avons ni lailage, ni maïs, ni aucuns légumes quelconques, nous en sommes depuis quelques jours aux derniers expédients. Prendra-t-on pa-
tience jusques au bout? Tu sais que ventre affamé n’a point d’oreilles. » Lindet promit à Belluc de comprendre Montauban dans la première distribution de grains, dès que les arrivages attendus d'Amérique seraient à la disposition du gouvernement ; en le remerciant, la municipalité de Montauban poussait ce cri d'angoisse : « Serait-il possible qu'avec des mesures aussi combinées et de si grands sacrifices, nous n’eussions pas du pain, du pain, du pain?» Depuis, de longs jours s'étaient encore écoulés, et le peuple de Montauban « chez qui, disaient les municipaux, la raison fait tous les jours de grands progrès, et qui est convaincu d’ailleurs qu’il faut se réduire à ménager les subsistances pour les défenseurs de la patrie », le peuple de Montauban s'était soumis sans murmurer à de nouvelles privations « pour faire triompher la liberté et l'égalité ! ». Mais en floréal il était à bout de forces et de résignation. Le 15 floréal
- (4 mai), la municipalité de Montauban apprend « que la flotte de la Nouvelle Angleterre est partie depuis le 15 mars, que tout annonce qu’elle arrivera et qu'elle arrivera bientôt, car notre ami Saint- André a pris les plus grandes mesures pour assurer cette arrivée? », et l'espérance renaît dans le cœur des Montalbanais. à
Dans toutes les communes de France, sur tous les points du territoire, c’est la même détresse, l’anxiété partout est poignante. Pour
-le pays affamé, pour ses compatriotes de Montauban, il fallait que Jeanbon risquât la flotte de Brest dans une sortie, quelque téméraire que fût une campagne navale qui pouvait aboutir à une rencontre avec l’escadre anglaise.
Le convoi courait, en effet, de sérieux dangers. À en croire Barèré, un espion. avait averti le gouvernement anglais de son approche à.
1. Ier Reg. de correspondance de la municipalité de Montauban, 24 et 30 ventôse, 28 floréal (Arch. commun. Montauban).