‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 645 sur 889 · ES DÉBUTS · texte numérisé non relu

ES DÉBUTS

division n’arrive que le huitième jour après notre sortie, tu lui one neras ordre de mouiller à Bertheaume et d'attendre là les nouveaux ordres que je lui ferai passer suivant les circonstances. » Cette lettre parvint à Prieur le 2 prairial !.

De là il semble que l’armée descendit au sud-ouest vers Nielly. Le 30 floréal, on rencontra dix voiles : c’étaient des prises faites par Nielly, envoyées par lui en France sous l'escorte de la corvette le Maire Guiton et reprises par une division ennemie. La flotte les enleva pour la seconde fois aux Anglais. La capture était de peu de valeur, mais un chirurgien français laissé à bord du Maire Guiton par les Anglais, dit à Jeanbon que les ennemis déclaraient être sortis: « au nombre de quarante-huit voiles : douze avaient pris leur route pour l'Inde, six étaient destinées contre la division de Nielly; les autres devaient croiser devant Brest et l’entrée de la Manche pour -intimider notre armée et s'opposer à la jonction des vaisseaux de Cancale ». Le renseignement n’était pas exact de tous points, la division de-six vaisseaux détachée de la flotte anglaise était celle de Montagu, et par suite sa station se trouvait entre Brest et Cancale, tandis que Howe croisait lui-même à la recherche de Nielly en même temps que de Villaret et du convoi. Jeanbon transmit ces nouvelles au Comité de Salut public, ajoutant : « Nous ne sommes pas loin du point où croise Nielly, nous allons forcer de voiles pour le joindre ?, » Avant qu'il eùt confié sa dépêche au Maire Guiton, un vaisseau fut signalé : c'était Ze Patriote de la division Nielly, capitaine Lucadou. Il avait été séparé de son chef dans la nuit du 22 au 23 floréal, Nielly allumant ses feux le moins possible pour ne pas révéler son existence aux Anglais, et depuis huit jours il errait à l’aventure En arrivant, au signal de Villaret, sur la poupe de {a Montagne, il aborda la corvette la Mutine el la dégréa. Cette maladresse dans la manœuvre, le nombre des malades qui encombraient le Patriote, et dont à vrai dire Son commandant n’était point responsable, la cale par suite d’une inexplicable négligence n'ayant pas été visitée dépuis deux ans *, tout cela faisait du Patriote une piètre recrue pour l’armée navale. Jeanhon dut joindre au Maire Guiton pour faire ‘route sur nos ports la Mutine désemparée, et laisser auprès de celleci la frégate l’Insurgente pour la protéger jusqu’à ce qu’elle fût en état de faire voile. C’étaient donc deux bâtiments légers de moins

1. Prieur «à Jeanbon en mef », Brest, 2 prairial (lettres écrites par Prieur de la Marne au Comité de Salut public, à Jeanbon en mer, au contre-amiral Cornic, cahier annexé au 1Ve Reg. de correspondance des Représentants du peuple. Arch. commun. Brest). C’est le 2 prairial aussi que Prieur écrit au Comité de Salut public, après réception de la lettre de Jeanbon, une lettre datée faussement par Savary et où Savary date aussi faussement la lettre de Jeanbon du 29 floréal (Savary, t. IIT, p. 451, Aulard, Actes du Gomilé de Salut public, t. XII, p. 711),

2. À la mer, 30 floréal, Jeanbon au Comité de Salut public (BB# 37, fol. 262). Sur le convoi du Maire Guilon, BB* 36, fol. 135-139, 150.

3. Journal de Jeanbon. Défense présentée par Lucadou (BB* 39, fol. 8-12). Procèsverbal du comité de santé (BB# 37, fol. 217). Ce n’était là qu'une exception tandis que Kerguelen aflirme que c'était le cas général (voy. p. 733, note 1).

dans l'effectif. D'autre part, la corvette Za Société populaire manœu-

vrait si mal que le Représentant démonta le capitaine, le relégua

au rang de second sur son propre bord et le remplaça par le capitaine de la Mutine.

Le 1° prairial, les trois colonnes de la flotte apparurent de nou-

veau éparpillées, on eut beaucoup de peine à les rallier. Le 2 prairial

furent capturés quelques bâtiments d’un convoi hollandais. La flotte se trouvait maintenant par 4% de latitude, dans les parages où elle pensait rencontrer Nielly, elle mit en panne, puis ne l’apercevant point, elle vira au sud-est et descendit vers le 46° !. Jusqu’alors Howe croisait au hasard. S'étant, le 30 floréal, approché de Brest, il ‘avait constaté que Villaret n’y était plus et s'était porté vers Montagu pour le rallier; mais, le 2 prairial précisément, il apprit la présence de son adversaire à quelques lieues dans l'Ouest, et, renonçant à sa jonction avec Montagu il se mit en quête de la flotte française. Quant à Montagu, il continua ses allées et venues de l'ile de Batz à Ouessant, tandis que Doré et Thévenard étaient retenus à Cancale par la maladie qui décimait leurs équipages ?. ù Le 3 prairial, l’armée navale de France continuant sa route au sudest, les frégates Proserpine et Seine prirent la frégate d’escorte du convoi hollandais pourchassé la veille. Villaret et Jeanbon croyaient à chaque minute voir paraître soit Nielly, soit Montagu qu'ils supposaient à la poursuite de Nielly sur la foi du chirurgien du Maire Guiton : des vaisseaux, frégates et corvettes furent expédiés en avant de l’armée pour former sur les flots un éventail et tâcher de découvrir l’une ou l’autre des escadres cherchées. Ce fut en vain. Le 4, à midi, Villaret avait atteint le 46° de latitude, limite extrême vers le sud de la croisière assignée à Nielly et des parages marqués à Van Stabel pour le rendez-vous qu'avait dû lui indiquer /’Atalante : à quatre heures, la flotte revira pour remonter vers le nord-ouest. Le 5, Jeanbon et l'amiral eurent une fausse joie : des voiles et un vaisseau de guerre furent signalés, « on crut un moment que c'était le convoi altendu des Etats-Unis ». On reconnut une frégate de la division Nielly, escortant avec une corvette des prises de cette division. Jeanbon et Villaret gardèrent la frégate qui était fine voilière,

et donnèrent à sa place, comme escorte aux prises, la frégate hol-

landaise naguère capturée et deux des corvettes de la flotte, toutes trois mauvaises marcheuses. Ils surent de la frégate de Nieily que ce dernier était proche, et chargèrent les bâtiments d’escorte qu’ils

1. Rouvier prétend que la flotte mit en panne (p. 147). Le Journal de Jeanbon montre qu'ensuite la flotte descendit vers le sud.

&. Rapport de l’amiral Howe, 2 juin (Guerre, armée des côtes de Brest). Sir Georges Montagu, 1759-1829, second fils de l’amiral John Montagu, entré en 1763 à l’Académie navale de Portsmouth, lieutenant du 14 janvier 1771, se distingua sous les ordres de Rodney au cours de la guerre d'Amérique. Il était contre-amiral depuis peu (12 avril 1794, 23 germinal an Il). Très attaqué après la campagne pour sa conduite, néanne vice-amiral du 14 juin 1795. National Biography. Sur l'épidémie de Cancale :

+ 36, fol. 15.

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