‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 661 sur 889 · BB#37rol:479% 2. BBt# 37, fol · texte numérisé non relu

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sode, mais c’étaient aussi le fait qu’ils connaissaient le mieux puisqu'ils montaient ce bâtiment el que la fumée leur avait dérobé les autres; d’ailleurs, /a Montagne était le vaisseau amiral, elle avait combattu l'amiral ennemi, contre elle avait été dirigé l’assaut le plus violent, presque seule elle était restée en ligne, le général et le Représentant avaient raison de dire que si tous nos navires s'étaient comportés de même le sort de la journée aurait été différent. Jeanbon et Villaret ont abandonné les vaisseaux démâtés, a-t-on déclaré? il est faux, nous l'avons vu, qu'ils n’aient pas essayé de les dégager, et on ne peut aflirmer qu’ils ont eu tort de ne pas risquer une nouvelle bataille pour les couvrir. Enfin, pour dissimuler leurs pertes et grossir celles des ennemis, ils ne précisent pas le nombre des navires laissés aux mains de nos adversaires, ne soufflent pas mot du naufrage du Vengeur, et, par contre, assurent que trois vaisseaux anglais ont coulé? Nous avons montré qu’ils ignoraient vraiment le nombre des vaisseaux restés sur le champ de bataille et quels étaient ceux qu'avait amarinés lord Howe; s'ils ne disent rien du Vengeur ils croient /’Zmpétueux sombré; ils ne donnent pas la destruction de trois vaisseaux anglais comme certaine, ils ne disent pas l’avoir constatée par eux-mêmes, c'est Nielly, ce sont leurs capitaines qui leur ont fait ce rapport !. Howe, de son côté, a déclaré qu’un. vaisseau français avait coulé bas durant l’action,en plus du Vengeur, et le capitaine du Brunswick assure que /a Montagne a eu une énorme voie d’eau par. suite d’un abordage avec la Queen Charlotte, le même croit Jeanbon tué. Dans la confusion du combat de telles erreurs étaient fatales. On le voit, parmi les grosses inexactitudes reprochées aux rapports de Jeanbon et Villaret, les unes sont peu prouvées, les autres constituent plutôt des erreurs d'appréciation. Toutes, erreurs d’appréciation ou de fait, étaient naturelles dans le désordre absolu qui régnait sur le champ de bataille, on les retrouve, on en signale d’analogues dans les récits des autres témoins de l’événement. Restent le jugement porté par Villaret sur lui-même et confirmé par Jeanbon, et le jugement porté par l'amiral sur le Représentant, « Je crois avoir fait mon devoir comme général et comme soldal, écrit l'amiral, je ne me reproche pas la plus légère faute », et Jeanbon lui donne un satisfecit complet. Tel n’est pas l’avis, non seulement des capitaines inculpés par Villaret et qui ripostent de leur mieux, mais de Le Bastard, Troude et tous les écrivains postérieurs. Outre diverses critiques de détail déjà signalés, on convient généralement que Villaret n'avait pas de plan arrêté d'avance, qu'il s’est exposé par son attitude défensive à voir sa ligne promptement défoncée: Personnellement, quand la ligne a été défoncée, Villaret s’est

1. Ce qui prouve encore mieux que Villaret commet des erreurs de bonne foi, c’est que dans sa dénonciation à Verteuil en messidor contre certains capitaines, il déclare que « Le Trente et Un Mai, quoique fort maltraité, donnait la remorque au Vengeur », or Le Vengeur a coulé bas; il ajoute qu'il n’a pas reconnu quelques-uns des vaisseaux qui se trouvaient sous le vent (BB? 38 fol. 224).

magnifiquement battu, il a fait tout son devoir de soldat, ou pour mieux dire il s’est conduit en excèllent capitaine de vaisseau sur la Montagne, il ne s’est point conduit. en général. Son excuse est qu’il a suivi sa consigne : le Comité de Salut public lui prescrivait de ne combattre que s’il y était forcé, et il s’est conformé littéralement à ces instructions. Mais le 12 prairial, quand il a vu qu’il ne pouvait éviter un engagement décisif, il aurait dû adopter loffensive : elle seule lui aurait permis de mettre à profit l'élan forcené, l'enthousiasme farouche de ses hommes; elle seule lui était possible, étant donné le manque d'instruction et d'expérience de ses officiers et équipages ; d’instinct ceux-ci la réclamaient. Un amiral de génie, un marin de même tempérament que les jeunes généraux qui Conduisaient les armées de la Révolution à la.victoire n'aurait pas interprété passivement ses instructions ; Villaret, lui, demeurait le capitaine de vaisseau prudent et méthodique de l’ancien régime. Jeanbon a complètement approuvé Villaret : l'amiral s’était-il décidé d'après ses conseils, ou y avait-il entre eux un pacte d'assurance mutuelle ? il n’est pas besoin de recourir à ces hypothèses. Jeanbon avait vu Villaret réparer, le 10 prairial, les défaillances de ses capitaines, il dut croire le 13 que les capitaines avaient une fois de plus compromis le succès. En outre, embarqué sur la flotte pour surveiller l'exécution des ordres du Comité de Salut public, Jeanbon s’attacha sans doute à les faire strictement observer : en ce cas il faut regretter qu’il n’ait pas eu, plus que l’amiral, l'audace de désobéir aux ordres du gouvernement, qu'il n'ait pas engagé Villaret à cette tactique offensive que précédemment, dans la Convention et au cours de ses missions, lui-même avait si ardemment préconisée.

Quant à la conduite du Représentant, nous avons vu quel magnifique éloge en fait l'amiral, nous avons cité les passages du Journal de Saint-André et de la lettre de Saint-André à Prieur qui semblent en être la confirmation. Mais en l’an III, lors de la réaction thermidorienne, une première dénonciation des citoyens de la commune de Brest contre Jeanbon vint accuser le Représentant d’avoir au 13 prairial décelé « de la lâcheté ‘». La Biographie de Londres parue en 1800, dans un article extrêmement violent et très inexact d’ailleurs sur Saint-André, assure que « blessé légèrement au bras au commencement de l'affaire, il quitta le vaisseau /a Montagne qui combattait en première ligne, pour se retirer sur une frégate où il resta à fond de cale jusqu’à la fin du combat sous prétexte de se faire panser ?»; dans un autre article sur Basire elle se contente de dire: « Jeanbon abandonna son bâtiment qui combattait en première ligne pour

1.26 germinal an III, la phrase est la suivante : « Plusieurs braves marins qui, dans cette journée, ont montré autant de courage que Jeanbon y décela de lâcheté » (Arch. nat. Dur n° 349).

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