RENTRÉE DE L'ESCADRE A BREST
situation de tout entreprendre contre le convoi, ou bien il était revenu dans ses ports, il en repartirait incessamment avec de nouvelles forces et se mettrait de nouveau en quête de Van Stabel. Cette dernière hypothèse était la vraie : sitôt rentrée, la division Montagu fut réunie à une autre pour constituer à l'amiral Howe une nouvelle flotte. Les Anglais, le 29 prairial, en annonçaient le départ imminent et en escomptaient le succès dans les termes suivants : « elle sera devant Brest avant trois jours, et si le convoi d'Amérique n’est pas encore rentré ainsi qu'on l'espère, il ne pourra pas échapper. Le reste de la flotte se répare avec une telle activité, que l’on se flatte qu'elle pourra mettre en mer sous trois semaines ‘. »
Prieur, Jeanbon et Villaret s’arrétèrent à un plan exactement semblable pour assurer la rentrée du convoi. Prieur écrivit au Comité de Salut public : « Nous espérons que douze des vaisseaux arrivés aujourd’hui seront après-demain en état de reprendre la mer, réunis aux sept de Doré qui sont aussi à Bertheaume et à /’Zndomptable qui est encore en rade, nous aurons une flotte de vingt vaisseaux. Je ne compte pas le Brutus, vaisseau rasé qui sera aussi à Bertheaume?..…. Le premier objet de cette sortie sera d’attaquer la division de dix ou douze vaisseaux anglais ou espagnols qui croisent dans nos parages qui a été chassée par notre flotte à son relour; ensuite notre flotte reprendra sa première mission, la protection du convoi, et exterminera la flotte anglaise si cette dernière a pu continuer à tenir la mer. Ni généraux, ni ofliciers, ni matelots, personne ne descendra à terre, et sous deux jours tout sera parti. Ce prompt départ de la flotte nous a paru d'autant plus essentiel que si la division de douze vaisseaux avait le temps de rejoindre la flotte anglaise, elle lui donnerait un renfort qui la rendrait de beaucoup supérieure à la nôtre. » Jeanbon, harassé de fatigue, n’ajoutait à la lettre de Prieur que ces deux mots: « Je m'occupe de toutes les mesures nécessaires pour remettre la flotte en état de tenir la mer », et répétant les raisons qui lui faisaient redouter la croisière anglaise d'Ouessant, « si nous pouvons être prêts sous deux ou trois jours comme je l'espère, disait-il, nous la poursuivrons ÿ ». Jeanbon et Villaret ne négligeaient donc pas d’assurer le retour du convoi, quoi qu’en aient dit Gassin, Bompard et beaucoup d’autres, dont M. Chevalier, ils ne repartaient pas de suite parce qu’il leur fallait au moins deux jours pour se réparer, mais c’est sans doute pour être prêts plus tôt qu’ils maintenaient la flotte en dehors de la rade de Brest, à Bertheaume, décision qui leur a été également reprochée plus tard “.