Levot, p
celui d’un garçon que le Représentant nomma Théophile Marat, et celui d’une fille qu’il appela Unité Cornélie, un orphelin fut adopté par la Société populaire et un mariage civique eut lieu. Des chœurs, un hymne à l'Éternel, le chant de /a Marseillaise marquèrent la cérémonie qui fut close par des salves d’artillerie et l’'acclamation de « Vive la République ». Tous les citoyens se rendirent ensuite au cours d’Ajot pour prendre sans distinction de rang « sur le gazon un repas civique et frugal », et un bal couronna la fête. Le bal recommença le soir sur la place de la Liberté autour de la Montagne, et à minuit, Prieur apparaissant pour la seconde fois au sommet du monument symbolique, jeta à la démocratie brestoise la nouvelle de victoires remportées par l’armée des Pyrénées-Orientales !, Toute cette mise en scène qui nous paraît aujourd’hui bien factice, agissait alors sur une foule aux convictions ardentes.
Malheureusement, les montagnards brestois ne s’en tenaient pas à ces manifestations. Le tribunal révolutionnaire, du 16 au 27 floréal, entre l’annonce du départ de la flotte et sa sortie, n’avait prononcé qu'une condamnation à mort, celle d’un prêtre réfractaire, et une à la déportation, celle du paysan qui l'avait récelé; d'autre part, il avait élargi six individus ?. Mais, du 30 floréal au 3 prairial il jugea les trente administrateurs fédéralistes du Finistère. Vingt-six furent condamnés à mort, dont Kergariou, l’ancien président du directoire du département, l’évêque constitutionnel Expilly et l’un des Bergevin; quatre furent acquittés, dont Julien Pruné, que les Représentanis avaient employé à plusieurs missions concurremment avec les clubistes *. Evidemment, les administrateurs du Finistère s'étaient montrés ennemis acharnés du parti montagnard, et les chefs de ce dernier parti dans Brest se répétaient ces paroles d’un Girondin conduit à l’échafaud : « Les Montagnards ont raison de nous faire guilloliner, car si nous eussions triomphé d'eux, c'était le sort que nous leur destinions *. » Cependant ces administrateurs avaient rendu
4 Rapport fait par Édouard Poncet à la Société populaire et régénérée de Brest au nom de son Gonvité d’Instruction publique le 25 prairial (Levot, pp. 248-256 et Bibliothèque communale de Brest, n° 2943). Signalons cette lettre de Prieur à Collot d'Herbois, 19 prairial, à la suite de la tentative d’assassinat commise sur celuici: « Je ne te dirai rien de la part que j'ai prise aux dangers que toi et notre camarade Robespierre venez de courir, je désirerais avoir assez bien servi ma-patrie pour y être associé et être assez heureux pour les éloigner de vous en les partageant... Veux-tu permettre que ta républicaine moitié trouve ici une petite marque de mon souvenir? » (IVe Reg. de correspondance des Représentants du peuple, Brest).
2. Condamnation le 25 floréal (fol. 16, Reg. du tribunal), élargissements le 17 et le 22 floréal par Jeanbon sur avis du parquet (11° Reg. d’arrêtés des Représentants).
3. Fol. 17 verso-19 recto du Reg. du tribunal. Prieur au Comité de Salut public, 4 prairial (AFn1 172), Donzé-Verteuil aux Jacobins (Aulard, Jacobins, t. VI, p. 206). Arch. Marine, BB# 20, fol. 279-307, pièces sur leur procès provenant évidemment des dossiers du tribunal, mais rongées par le feu et dont on ne peut rien tirer; W 500 Arch. nat. Voy. aussi Le Guillon Penanros, pp. 390 ssq. Du Châtellier, Brest el le Finistère sous la Terreur, p. 178 note, pp. 192 ssq. Levot, pp. 310 ssq.
4. Epigraphe de la brochuré apologétique de Marion au temps de la réaction thermidorienne, Marion à ses concitoyens des départements du Finistère et du Mor-, bihan, Vannes, 4 messidor an 111 (Bibliothèque du Port, Brest).