EXÉCGUTION DES VINGT-SIX ADMINISTRATEURS DU FINISTÈRE
précédemment à la Révolution en Bretagne de très grands ser-
vices. Avant d’être arrêtés, et au cours d’une longue détention préventive, ils avaient donné des signes manifestes de soumission et des preuves de patriotisme !. À plusieurs reprises, on avait pu croire que le gouvernement userait de clémence vis-à-vis d'eux, Jeanbon avait incliné un temps à l’indulgence pour deux des condamnés, Derrien et Postic, et enfin les débats de leur procès, leur exécution furent marqués par l’animosité des témoins recrutés parmi les clubistes, par l’'acharnement du tribunal, des spectateurs et du bourreau ?. Donzé- Verteuil, s'appuyant sur l’arrêté de Jeänbon du 18 floréal, arrêté qui n'avait plus de raison d’être puisque Prieur était à Brest, Donzé-Verteuil, disons-nous, avait mis toute la garnison sous les armes pour conduire les condamnés au supplice, et l'accusation même que lui ont lancée les thermidoriens d’avoir, par ces mesures, risqué de provoquer une collision, est bien la preuve qu’au milieu de la joie féroce des membres de la colonie révolutionnaire, la population indigène vit Texécution avec colère et désespoir #. Ce fut le jour même du verdict, le 3 prairial (22 mai), que les vingt-six administrateurs du Finistère furent menés à la guillotine. Ils moururent en dignes partisans des Girondins : «ils entonnèrent les quatre premiers vers de l'hymne des Marseillais, suspendirent là leurs chants et montèrent à l’échafaud * ». Le 10 prairial fut condamné à mort Thomas Raby, ce jeune homme qui, témoin à Paris du 31 mai, était revenu soulever les Brestois contre la Montagne : si les administrateurs du Finistère étaient frappés, Raby ne pouvait être épargné. Daniel, lieutenant de gendarmerie à Quimper, Siviniant, greffier de la cour martiale mari-
time de Brest, qui ne s'étaient guère moins compromis dans l’agi-
lation fédéraliste et qu’on impliquaïit dans le procès de Raby, furent acquittés, peut-être parce que très bassement ils avaient renié leurs opinions girondines, ou par l'effet d’un accès de longanimité de
1. Durant leur détention à Landerneau, ils avaient demandé vainement à marcher contre les Vendéens (Levot, p.312 note).
2. Voy. les ouvrages cités ci-dessus et Les crimes de l’ex-tribunal révolutionnaire de Brest dénoncés au peuple français et à la Convention nationale, pp. 19-32. Prieur, dans le Morbihan, en nivôse, avait été sollicité en faveur d’un des accusés, Pictet, qui fut condamné (A1 125).
3. Arrêté de Donzé-Verteuil du 30 floréal (Din 349), il y est recommandé d’ailleurs aux troupes de ne faire feu « qu’à la dernière extrémité et seulement pour repousser une agression hostile et armée », et les patrouilles devront « allier toujours la plus grande honnêteté à la fermeté de soldats de la République ». La Dénonciation des ciloyens de la commune de Brest dit que l’arrêté de Jeanbon du 18 « faillit le 30 du même mois entrainer la perte d’une foule de citoyens »; Jeanbon riposte : « L'événement du 30 floréal, qui ne m'a été connu que par la dénonciation, en le supposant vrai ne se lie point avec cet arrêté qui n'existait plus, puisque Prieur étant à Brest investi de l’autorité c'était à lui à disposer de la force militaire » (Réponse à la dénonciation). Voy. aussi Les crimes de l’ex-tribunal révolutionnaire, p. 32 sur l’appareil militaire nécessité par la colère des Brestois. Le 11 prairial, Prieur destitue Riou, greflier du tribunal du district de Brest, pour « absence affectée » (1° Reg. d’arrêtés des Représentants du peupie).
4, Les crimes de l’ex-tribunal, p. 32.
Ragmey ‘. Le 19 prairial, furent relâchés dix-huit individus en l'honneur de la fête du lendemain, el Hervé Jezequel, ce tyranneau de village que Jeanbon avait renvoyé devant le tribunal fut acquitté avec ses complices ?. Mais Brest resta sous l'impression de la sanglante journée du 3 prairial, et l’aversion grandit parmi les Brestois de la classe bourgeoise à l'égard du régime montagnard, de Prieur de la Marne et de Jeanbon Saint-André.
Cependant, les travaux de la marine n'étaient pas interrompus. A la Convention, le 7 prairial (26 mai), Barère, au nom du Comité de Salut public, faisait un rapport virulent « sur les crimes de l'Angleterre envers le peuple français, et sur ses attentats contre la liberté des nations », et il obtenait à la suile le fameux décret : «il ne sera fait aucun prisonnier anglais ou hanovrien * ». Dans ses bureaux, le Comité poursuivait l’étude de la grande expédilion contre le territoire britannique. Il mettait en réquisition de nouveaux ouvriers et matelots, il assurait la subsistance des travailleurs employés dans les forges et usines réquisitionnées pour la marine. Le 1° prairial, le Comité rédigeait un arrêté destiné à régler la répartition des forces navales de la République en escadres et divisions : chaque escadre devait être composée de neuf vaisseaux de ligne, chaque division de trois, une frégate serait attachée à chaque division ; nos forces de l'Océan compteraient trente-six vaisseaux, groupés en quatre escadres. Le Comité réglait encore le service des prises. Forfait, déjà chargé des travaux du Havre et de Honfleur, reçut la haute main sur ceux de Cherbourg et Port-Malo “. Prieur, de son côté, pressait à Brest les armements et constructions, il encourageait et réglementait dans son fonctionnement une école de canonnage de mer établie par le commandant des armes. Pareille institution était tentée au même moment à Rochefort 5. La grande préoccupation de Prieur était naturellement le sort de la flotte qui tenait ‘alors la mer, et nous avons vu précédemment les mesures
1. Fol. 19 verso, Reg. du tribunal; W 542 Arch. nat. Donzé-Verteuil au Comité de Salut public, 11 messidor, BB3 65, fol. 54; défense de Daniel du 9 ventôse an Il (Bibliothèque du Port, Brest); Bonnet à Fouquier-Tinville, 21 messidor, il y dénonce la clémence de Ragmey à ce propos (W 500 Arch. nat.).
8. Les crimes de l’ex-tribunal, p.41, note 1, les dix-huit élargis étaient, d’après ce pamphlet, des voleurs, c’est douteux. Sur Jezequel, fol. 20 verso, Reg. du tribunal; W 542; il est acquitté comme n'ayant pas eu l'intention de nuire.