EFFET DE LA CROISIÈRE SUR LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC
quoique la grande nouvelle de l'arrivée du convoi ait transporté de joie. » La lettre se termine ainsi : « Courage, cher collègue, soutiens les travaux et la marche du Comité de Salut public, nous sommes solidaires et nous nous en reposons sur ton patriotisme et ton dévouement à la République ‘. » Suivent les signatures de Billaud-Varenne et Carnot. Visiblement, ce message ne respire pas une satisfaction sans mélange. Le Comité de Salut public saisissait bien toute l'importance del arrivée du convoi, et à ce point de vue il regardait la croisière comme un succès; il comprenait aussi l’avantage que retirerait la République d’une campagne où la valeur des capitaines avait élé mise à l'épreuve, d’une campagne qui allait permettre une Sélection raisonnée dans les états-majors; il projetait de reprendre le plus tôt possible les opérations qu'avait fait ajourner la sortie de l’escadre, et de poursuivre les travaux qui devaient rendre ces opérations décisives; il conservait à Jeanbon, fidèle exécuteur de ses ordres durant la croisière, toute sa confiance. Mais, à lire sa lettre, il semblerait qu’il s’éverluait à trouver que tout avait été pour le mieux dans la campagne qui venait de finir, il éprouvait le besoin de se démontrer qu’elle avait été avantageuse. D’après les mots raturés au début, on peut préjuger que les chefs du gouvernement regrettaient que Jeanbon eut livré bataille, et la fin les montre fort préoccupés de l'impression que ferait sur le public la perte de sept vaisseaux si elle était confirmée. Ces appréhensions du Comilé, Jeanbon put en apercevoir de suite le bien fondé à Brest même.
Aussitôt rentré, le 24 prairial, le Représentant rédigea un long arrêté sur le service à la mer, d’après les constatations qu’il avait faites au cours de la croisière, et pour remédier aux défaillances, aux fautes dans la manœuvre qu’il avait observées. Cet arrêté étail divisé en trois paragraphes : 1° des généraux; 2° des frégates; 30 des vaisseaux.
Dans le premier, entre autres dispositions, il était prescrit au général commandant l’armée navale de porter à l'avenir, dans les combals et les grandes évolutions, son pavillon sur une frégate, et deux frégates devaient être constamment à ses ordres et à portée de la voix pour remplir toutes les missions qu'il jugerait à propos de leur donner. Les articles suivants étaient évidemment inspirés des évolutions qui avaient marqué les journées du 9 et du 10 : « L’officier général commandant l’avant-garde de l’armée aura soin de relever exactement le vaisseau de tête et de queue de l’armée ennemie. S'il s'aperçoit que l'avant-garde de l’armée est dépassée par celle de
l’ennemi, il donnera l’ordre de virer soit vent devant, soit lof pour lof ensemble ou par la contre-marche, suivant que l’état des vaisseaux et la position des ennemis l’exigeront (art. X). — Si l’avant-
1. AF1r 202. 29 prairial. Le Comité de Salut public, le 8 messidor, arrêtera que la quantité de boulets ramés et paquets de mitraille à bord des vaisseaux de la République sera triplée (AF*11 140), Villaret, dans sa lettre du 1er messidor à Dalbarade, ayant observé que les Anglais s étaient surtout servis de ce genre de projectiles.
garde de l'ennemi faisait un mouvement pour se replier sur son. arrière-garde, le général commandant l'avant-garde de l’armée
la fera pareillement replier sur l’arrière-garde (art. XI). — Tous les officiers généraux pouvant devenir tour à tour commandants de l’avant-garde, le même devoir leur est commun à tous; et atlendu que les manœuvres désignées aux deux articles ci-dessus exigent souvent la plus grande célérité, elles seront exécutées sans attendre les ordres positifs du commandant en chef, en ayant néanmoins l'attention de l’en avertir... (art. XII) — L’officier général com-
mandant l’arrière-garde veillera à ce que la ligne de bataille soit
parfaitement serrée, et que le serre-file de l’armée soit toujours exactement par le travers du serre-file de l’armée ennemie » (art. XIIT). L'article XV était dicté par cette crainte puérile qu'avaient toujours les hommes de la Révolution de voir leurs signaux connus
de l'Anglais, et il recommandait aux généraux dans un jour de com-
bat de communiquer avec leurs vaisseaux par le moyen des frégates.
Le paragraphe consacré aux frégates fixait le nombre de ces bâtiments à dix pour une armée de dix-huit vaisseaux et au-dessus, leur ordonnait de disposer leur voilure chaque matin de façon à être prêtes
à partir sur un ordre du général, et d'approcher l’ennemi à une lieue
quand elles avaient ordre de le reconnaître, le commandant d’une frégate qui, dépêché pour une mission de ce genre, n’en. rendrait
pas un compte suffisant, serait cassé, sauf le cas de force majeure.
Défense était faite aux frégates quand elles seraient en chasse de trop s'éloigner de l’armée « sous aucun prétexte, pas même celui de prises à faire sur l'ennemi »; elles seraient « tenues constamment de
rallier l'armée avant la nuit ». Pendant le combat, si un vaisseau
quittait son poste, faisait une fause manœuvre ou ralentissait son feu, le capitaine de la frégate la plus voisine serait tenu d’avertir le commandant de ce vaisseau et le commandant de son escadre. Les frégates devaient remorquer les vaisseaux désemparés placés à leur portée sans attendre un ordre formel du général. « Les officiers commandant les frégates qui abandonneraient l’armée seront cassés. »
Quant aux vaisseaux, pour éviter une répétition de la fausse manœuvre de la Convention au matin du 13 prairial, Jeanbon arrête : « La voilure que devra porter le chef de file sera déterminée par le général, et il ne pourra la changer sans de nouveaux ordres ». Afin d'empêcher des fautes analogues à celle du Jacobin, l'arrêté stipule : « Lorsque le chef de file sera en avant de son matelot à plus d’une encäblure, celui-ci devra forcer de voile, el tous les vaisseaux en faire autant successivement jusqu’au serre-file. — Si le commandant d’un vaisseau s'aperçoit que son matelot de l’avant reste en arrière de son
poste.....,si c'est dans le combat, il le doublera soit au vént, soit sous le vent, et il aura soin de ne pas laisser d'intervalle vide dans la ligne. — Aucun capitaine de vaisseau ne souffrira que la ligne soit
coupée. Si l'ennemi manœuvrait pour la couper devant ou derrière lui, il manœuvrera pour l'empêcher, et il se laissera plutôt aborder que de le souffrir. Le commandant d’un vaisseau au poste duquel la