‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 694 sur 889 · IL EST DÉNONCÉ PAR LES CLUBISTES BRESTOIS · texte numérisé non relu

IL EST DÉNONCÉ PAR LES CLUBISTES BRESTOIS

Sané; tu imagines bien, mon cher Jeanbon, que {a santé a été portée au moins deux fois », et en post-scriptum la femme de Dubois-Crancé ajoutait : « Je aime toujours bien mon cher Saint-André. Mais si tu yeux conserver cette petite amitié, il faut que tu sois ici sous huit jours au plus tard, sinon rancune tenante. Ta collègue dunette !. » Or, précisément Dubois-Crancé était en hostilité complète avec Robespierre : ce dernier, à en croire Barère, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois, avait demandé au Comité de Salut public son arrestation. Robespierre aurait demandé aussi l’arreslation d’Alquier ?, et si l’on se ressouvient que c’est à ces deux Représentants que Jeahbon avait communiqué naguère ses appréhensions sur l'extrême rigueur du gouvernement, il est permis de conjecturer que l’amilié de l’un et de l’autre était plutôt une cause de faiblesse pour sa position dans le Comité de Salut public. :

Les indications envoyées par Villaret à son protecteur furent com- plétées, assure Levot, par une lettre de Donzé-Verteuil #, et un document nous prouve que Jeanbon fut atlagné jusque dans Paris. Lucadou, le 10 messidor, chargea de deux lettres Van Stabel qui allait rendre compte de sa mission au Comité et qui semble avoir appuyé dans cette circonstance les adversaires de Saint-André : une de ces lettres était pour Robespierre, Robespierre était prié de transmettre l'autre aux Jacobins. Seule l’épître aux Jacobins est détaillée et franchement agressive. Elle débute par incriminer exclusivement Villaret. Jeanbon, dit Lucadou, a été trompé par l'amiral, « l’homme le plus vertueux succombe lorsqu'il n’est environné que de ces hommes bas et rampants de la ci-devant cour », et dans un exposé fort confus, très incorrect, Lucadou prétend démontrer que « si la République n'avait eu que des sans-culottes et un Van Stabel à leur tête, nous aurions ramené 7 vaisseaux que nous avons abandonnés pendant la nuit ». Lucadou essaie aussi de justifier sa propre conduite durant la

- croisière et au 13 prairial : il n’a pas voulu quitter l’armée pour rentrer à Brest, « cette idée n’est pas de Saint-André, elle n’est pas conçue par lui, car il aime $a patrie ». Mais la lettre se termine par une attaque ouverte contre le Représentant : « Saint-André dans son prétendu Journal tâche d’éloigner la conduite des sans-culotles, il

n’en parle que comme des ignorants, et ce sont les seuls qui n’ont pas fait valoir leur conduite par des récits mensongers....; n'importe, si chaque vaisseau avait eu un Représentant du peuple, la Montagne n’aurait pas même accouché d’une souris. » Il revient en conclusion sur le reproche que lui a fait Nielly de s'être séparé de sa divi-

1. BB‘ 37, fol. 211. Noter que Jeanbon, d’après une lettre de Donzé-Verteuil, écrit alors de Paris à l’accusateur public de presser le jugement des officiers du Révolutionnaire (BB* 38, fol. 212).

2. Réponse des membres des deux anciens Comités de Salut public et de Sûreté générale aux impulations renouvelées contre eux par Luurent Le Gointre, réimprimée dans la Révolution française, t. XXXIV, p. 66, note 1. Le 23 germinal, Dubois-Crancé a été attaqué aux Jacobins; le 23 messidor, Robespierre et Couthon le feront exclure de la Société (Aulard, Jucobins, t. VI, pp. 69 et 218).

3. Ecrite le 10 messidor (Levot, p. 261) et que nous n’avons pas retrouvée.

sion : Nielly, dit-il, l’a sciemment abandonné pour le perdre dans l'esprit de Jeanbon, « il a sacrifié le vaisseau le Patriote à sa haine contre les vrais amis de la Patrie ! ». Vraisemblablement le factum de Lucadou ne fut pas le seul. En tout cas, ce que nous venons de dire suffirait à expliquer la minute suivante trouvée dans les papiers du Comité de Salut public, datée du 17 messidor (5 juillet), et de l'écriture de Barère. Nous la transcrivons littéralement : « Jeanbon écrira à Prieur une lettre détaillée sur l’affaire du 13 prairial, et sur les individus, ainsi que des instructions sur la marine.

« Jeanbon ne doit pas revenir dans le moment à Brest : son retour y aurait un autre effet que celui de sa présence s’il y était resté. Jeanbon ira à Toulon sur le champ et ensuite il reviendra à Brest; alors il pourra abattre toute la malveillance de cette ville. Le Port la Montagne exige des mesures fortes et urgentes destituer Guermeur par un arrêlé ou faire cesser ses pouvoirs — faire un arrêté.

épurer le Comité de Surveillance Brest par le Représentant du peuple qui y est dans ce moment ?.

Le même jour, un arrêté de Comité de’ Salut public rappelle sans délai auprès de lui « Guermeur commissaire dans le département du Finistère, et actuellement à Brest ». Le lendemain 18 messidor, un autre arrêté destitue Lucadou, et lui enjoint de se conformer aux décrets sur la destitution des officiers, c’est-à-dire de quitter Brest pour se retirer dans l’intérieur *. Un troisième, du 18 aussi, rédigé par Barère porte : « Le Représentant du peuple Jeanbon Saint-André, envoyé dans les départements maritimes de la République, se rendra sans délai au Port la Montagne pour donner la plus grande activité aux constructions de la marine, à l'armement des vaisseaux, et à tout ce qui tient à cette partie. Après l’organisation de la marine au Port la Montagne, Jeanbon reviendra à Brest pour y suivre et continuer les opérations par lui commencées dans ce port »; ont signé Barère, C. A. Prieur, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Saint-Just *. D’après une lettre de Prieur de la Marne du ? fructidor, on voit qu'il fut chargé de remplacer Jeanbon à Brest jusqu’au retour de ce dernier,

et si l’on considère que Prieur n’était pas marin, que le Comité { de Salut public lui confiait cependant le principal port de la Répuz « blique à l’époque où une grande opération comme l'expédition d’Angleterre était imminente, on doit penser que le séjour de Jeanbon à Toulon devait être, dans l’idée du Comité, de faible durée #.

1. Dxvi n° 3 Arch. nat. Van Stabel avait demandé Ê 25 prairial à se rendre à Paris (BB* 44, fol. 59.)

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