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SON ANIMOSITÉ PERSISTE CONTRE DUMERBION

cadre et de concerter avec Martin les mesures äe défense contre les Auglo-Espagnols !. De là, il voulait pousser jusqu’à Nice et conférer dans cette ville avec Saliceti et Albitte sur les opér ations re l’armée d'Italie.

Il séjourna à Nice le 28 et le 29 thermidor (15-16 août), après avoir - augmenté les batteries qui défendaient le golfe Jouan. A cette même date, se rendant sans doute à ses instances et aux injonctions du Comité de Salut public, Saliceti et Albitte prescrivirent à Dumerbion de renforcer les portes de défense du littoral et la garnison du Port la Montagne ?. Mais, par ses entretiens avec ses collègues, par les détails qu'il recueillit de la bouche de Martin sur l’état des esprits dans l'escadre, Jeanbon fut affermi dans l’idée d’un complot robespierriste. Quand il rentra à Toulon le 2 fructidor (19 août), s’il était momentanément rassuré sur le sort de la division navale, ainsi que sur la garde des côtes et du Portla Montagne, il se croyait toujours entouré de malveillants, il attribuait à des menées perfides et cachées la déser- tion qui continuait parmi les marins de l’escadre, les faux passeports dont s’aidaient les déserteurs pour se dérober aux recherches, enfin tout ce qui s'était passé d’anormal depuis peu. Il gardait également toute sa défiance vis-à-vis de Dumerbion, et fit part de ses conjectures et de ses inquiétudes grandissantes au Comilé, à Dalbarade *.

Or le commissaire de la marine, le Comité aboudaient tout à fait dans son sens. Aussi Carnot, le 4 fructidor (21 août), réitéra à l’armée d'Italie l'ordre de se tenir sur la défensive et d'employer une partie de ses forces à la protection des côtes, de placer notamment 10,000 hommes à Marseille et 6,000 à Toulon; il répétait que l'opération à tenter maintenant, c'était de « reprendre la Corse en y portant une masse de forces imposante et capable d’en chasser entièrement les ennemis * ». Un arrêté du Comité de Salut public, pris le même jour, et sans doute pour répondre aux appré-

-hensions de Saint-André, écarta Dumerbion du commandement de l’armée d'Italie. Toutefois l'exécution en fut différée.

En somme, la Révolution du 9 thermidor avait développé chez Saint-André une suspicion maladive. Elle avait jeté la mésintelligence entre le Représentant au Port la Montagne et le général de l'armée d'Italie, alors que leur entente était de toute nécessité. Elle avait inspiré à Jeanbon de telles inquiétudes sur les menées des royalistes et des Anglais autour de lui, que désormais il ne pouvait plus admettre l'éloignement de l’armée d'Italie et son offensive en

1. Au Comité de Salut public, 24 thermidor (BB* 42, fol. 101), écrite après la réception de la lettre de Martin du 22.

2. Nice, 28 thermidor, Jeanbon au Comité (AF11 299); à Dalbarade, 2 fructidor (BB* 42, fol. 105). Saliceti et Albitte à Dumerbion, 28 thermidor, au Comité de Salut publie, 7 fructidor (Guerre, armée d'Italie).

3. Au Comité de Salut public, Nice, 29 thermidor (Guerre, armée d'Italie), à Dalbarade, Port la Montagne, 2 fructidor (BB4 42, fol. 105).

4, AFr 203. Dalbarade à Jeanbon, abondant dans son sens, 28 fructidor, BB? 17, fol. 285. AFu 203.

Piémont. Elle allait, d'autre part, nous le verrons, écarter le Représentant d’une partie des démocrates des départements méridionaux, les adversaires du 9 thermidor, les amis de Robespierre étant maintenant suspects à ses yeux d’une entente avec l'étranger.

Le 9 thermidor eut des conséquences bien plus graves, des effets généraux dont Jeanbon ressentit le contre-coup. Cette Révolution Ôta toute force au gouvernement central, enleva le pouvoir dans tout le pays à la démocratie et à ses représentants, et l'anarchie s’en suivit.

En effet, la Convention était dominée depuis plus d’un an par le Comité de Salut public montagnard. Enhardie par sa victoire sur Robespierre, elle se redressa contre le Comité. Le 11 thermidor, elle supprima l'inamovibilité que les membres du Comité s'étaient arrogée en fait : un décret porta qu'ils seraient désormais renouvelés par quart tous les mois ‘. Le 13, l’Assemblée fit entrer au Comité six nouveaux membres ?.

La Convention n’en resta pas là. On se souvient que le Comité de Salut public avait peu à peu empiété dans la pratique sur tous les'autres Comités de l’Assemblée, en les réduisant à la portion congrue, en prononçant sur toutes les affaires importantes soit par ses propres arrêtés, soit par des rapports auxquels la Convention n'osait plus refuser la sanction d’un décret *. Le 7 fructidor

(24 août), un décret rendit à ces Comités de l’Assemblée, fixés au nom-

bre de quinze en y comprenant le Comité de Salut public, tous les pouvoirs-dont le Comité de Salut public les avait peu à peu dépouillés en fait : le Comité de Salut public ne garda en effet que les affaires diplomatiques, militaires et maritimes, et il fut décidé que les Comités auraient tous « une autorité immédiate chacun dans leur ressort “ »

Les douze Commissions qui avaient remplacé les anciens ministères furent mises à la fois sous la dépendance du Comité de Salut public pour l'exécution, et sous la surveillance du Comité compétent pour

leur gestion *. Comme par le passé, pour la préparation et la rédac-

1. Eux et les membres de tous les Comités (Procès-verbal, t. XLII, p. 266).

2. Laloy, Eschasseriaux, Bréard; Thuriot, Treilhard, Tallien déjà cités (Procès-verbal, t. XLIT, p. 285). É

3. Voy. le ch. xu1, p. 460, et les paroles de Cambon le 11 thermidor à propos de ces empiétements du Comité : « insensiblement tous les Comités de la Convention doivent se trouver sans Occupation, ou se trouver en concurrence avec le Comité de Salut public » (Moniteur, t. XXI, p. 362).

4. Art. xxvin du titre II (p. 117, t. XLIV, Procès-verbal de la Convention, voy. le décret, pp. 104-121, ibid.).

5. « Son attribution se borne à Ja dénonciation des abus et à la proposition des lois » est-il dit pour chaque Comité (ibid.). Cambon avait proposé ce système le 11 thermidor (Moniteur, t. XXI, p. 362).

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