BB3 60, fol. 121, 132, 136; BB
militaires lui doivent compte de l'exécution des lois et des arrêtés
pris par le Comité de Salut public, les Représentants ses prédécesseurs, et lui-même, mais que ce compte ne peut ni ne doit être rendu après lui qu’au Comité de Salut public, à la Commission de la marine
et des colonies, et non à un autre Représentant qui, placé à deux
cents lieues sur un autre port de l'Océan, doit se borner à agir dans la sphère de son activité, arrête ce qui suit : — Les officiers civils et militaires au Port la Montagne rendront compte de leurs opérations au Comité de Salut public, à la Commission de la marine et des
colonies, el au Représentant du peuple chargé spécialement par
décret dela Convention nationale des opérations maritimes de ce port. Il leur est défendu de correspondre pour des objets de gouvernement relatifs à leurs fonctions avec toute autre autorité, quelle qu’elle puisse être. Les arrêtés des Représentants du peuple rendus au Port la Montagne relativement aux constructions seront exécutés comme émanant d’une autorité légitime, et il ne pourra y avoir de changement que par l’autorité du Comité de Salut public t ».
Ainsi, le Représentant naguère tout-puissant, redouté de la de part de ses collègues et respecté de tous, ce Représentant se voyait obligé maintenant de disputer à un de ses collègues l’obéissance de ses propres subordonnés, en même temps que, démocrate sincère, il était amené à combattre les démocrates de Marseille et qu’il assistait de loin aux premières persécutions contre les députés défenseurs de la démocratie dans l’Assemblée conventionnelle.
Les nouvelles que Jeanbon recevait de Brest, qui lui parvenaient de sa ville natale, n’élaient pas non plus de nature à le réconforter.
À Brest, Prieur de la Marne, une fois seul, avail laissé les clubistes dominer complètement. Il n’avail pas même osé imposer silence à leurs criailleries contre son collègue ?. Sa faiblesse, jointe à l'effet de la loi du 22 prairial, accéléra le fonctionnement du tribunal révolutionnaire qui, du 8 messidor au 15 thermidor, prononcça dix-neuf con-
1, BB3 62, fol. 260.
2. Il écrit à Jeanbon, le 19 fructidor, la minute de lettre suivante : « Quant aux calomnies dont tu me parles dans ta lettre, il ne m’en était rien parvenu avant sa réception, et depuis je n’ai pas entendu parler de rien. Le jugement de l'affaire n’a pas eu lieu jusqu’à présent » (Arch. commun. Brest). Dans le texte, à la place du mot « calomnies », il y avait le mot « calomniateurs » raturé; après le mot « lettre », il y avait ceux-ci « ils se sont tous fort calmés depuis ton départ », phrase biffée : après les mots « de rien », il y avait ceux-ci « tu as bien prouvé au surplus que tu ne les redoutais d'aucune espèce puisque tu n’as pas balancé à rendre publiques les reproches que tu avais à faire à ceux qui s'étaient mal conduits et qu'en les mettant en jugement », ils sont biffés et remplacés par ceux-ci en
surcharge « excepté par l’accusateur publie qui m'en a fait part lors de la communication que je lui donnais de ta lettre ».
si dot
LA RÉACTION À BREST Le 969
damnations à mort. Plusieurs de celles-ci ne se justifiaient nullement : ainsi celles des deux sœurs Coatanscours, de l’ex- religieuse Julienne Gigant, du père du général Moreau, qu’une lettre de son fils arrivée trop tard ne sauva pas 1, Moins absurdes, mais aussi effrayantes pour leurs concitoyens, furent les exécutions des fédéralistes Lebronsort, Toullec et Rideau, le 25 messidor ?. Le 12 thermidor, un insermenté et deux vieilles femmes qui l'avaient caché furent condamnés aussi à mort; la loi l’exigeait, mais aucun texte n'appliquait la même peine au cas d’une jeune fille noble, Mie de Forsan, coupable simplement de ne pas être allé résider loin des côtes après la promulgation du décret du 27 germinal : elle n’en fut pas moins englobée “dans la condamnation du prêtre réfractaire, ainsi qu’une ancienne religieuse chez laquelle on avait trouvé quelques écrits peu aimables pour le gouvernement révolutionnaire. C'était réaliser une de ces « fournées » chères au tribunal révolutionnaire de Paris, et Palis en aggrava l’odieux en se livrant sur le cadavre de M'e de Forsan à des plaisanteries de carabin ‘. Des sentences capitales plus méritées frappèrent, le 19 et le 24 messidor, un agent de l'émigration, Hervé Chefdubois, et un matelot suédois, Laurent Revers, personnage des plus dangereux *; mais elles ne peuvent compenser les excès criminels d’une justice par trop sommaire et partiale. Quoique Jeanbon ne fut plus à Brest, il est en partie responsable d’autres décisions du tribunal : le 16 messidor, Cadiou, administrateur du district de Lannion, Morvan, membre du Comité de Surveillance de Loguivi, furent punis de dix ans de fers pour avoir désobéi à un arrêté du Représentant, alors que très probablement ils s'étaient trouvés dans le cas de force majeure *. Par contre, le meunier Mingan, frappé de
1. 9 messidor, W 542, Arch. Nat., fol. 26 recto, Reg. du tribunal révolutionnaire, Levot, p. 343. 21 messidor, fol. 29 verso, Reg. du tribunal, Levot, p. 348. 13 thermidor, W 542, fol. 38 verso, Reg. du tribunal, Levot, p. 362 ssq. La procédure est irrégulière et odieuse. La gouvernante de Moreau père est aussi condamnée.
2. Fol. 30 verso, Reg. du tribunal, Levot, p. 348 ssq. La brochure Les crimes de l’ex-tribunal révolutionnaire de Brest, ne dissimule pas qu’ils étaient des meneurs fédéralistes (p. 42), voy. aussi au ch. xx p. 482, 483. Mais la procédure fut scandaleuse, Lebronsort fut mis hors la loi et des débats, et Toullec interrompu à chaque instant, les clubistes les chargèrent, et l’exécution fut accompagnée de raflinements de cruauté (Levot, et les brochures Garnier Guérin, artiste dramatique à ses concitoyens, Pierre Rebillard, artiste dramatique à ses concitoyens, démontrent que ces deux clubistes se sont livrés contre les inculpés à des manœuvres odieuses (Biblioth. du Port, Brest).
3. W 542; fol. 35-38, Reg. du tribunal; Levot, pp. 356-362; Berriat Saint-Prix, t. £, p. 252. L'attitude de Palis à l'égard du corps de Mie-de Forsan, Forsanz ou Forsans, est un des méfaits les plus violemment reprochés au tribunal.
4. W 542, 543; fol. 29 recto, 30 verso Reg. du tribunal. Citons aussi le 14 thermidor, la condamnation à mort d’un canonnier d’artillerie de marine, complice des Vendéens, et le 3 celle d’un bonnetier de Morlaix, qui avait arraché la cocarde nationale et l’avait « jetée ignominieusement par terre » (fol. 32, Reg, du tribunal). *
5. Fol. 27 verso-29 recto, Reg. du tribunal, 23 autres sont acquittés. Levot, p. 345; voy. aussi arrêté de Jeanbon, 21 germinal, auquel ils ont désobéi (IVe Reg..de cor- - respondance des Représentants) et Adresse du citoyen Gadiou aîné à la Convention nationale et dénonciation du même contre les jurés et le tribunal révolutionnaire de Brest (Biblioth. du. Port Brest).
la peine de mort le 11 thermidor, et qui avait été livré lui aussi par Jeanbon au tribunal, était parfaitement coupable d’avoir mêlé de la terre et du gravier au blé qu’il fournissait à l'administration des subsistances. militaires ‘. D'autre part, le capitaine de vaisseau Larichery fut acquitté, le 8 messidor, du chef d’émigration, et un certain
Legogal le fut, le 7 thermidor, du chef de contre-Révolution, tous. deux grâce à l'intervention de Saint-André ?. L'affaire des combats :
de prairial, récemment mise à l'instruction, celles de Quiberon et de Toulon qui trainaient depuis si longtemps, celle des contre-révolutionnaires de Saint-Domingue, dite affaire des colonies, d’autres qui n’élaient pas encore en l'état * promettaient de la besogne au tribunal, quand le 15 thermidor @ août) on apprit à Brest les événements du 9 et du 10.
Prieur et Ragmey ne se trompèrent pas sur Fe signification de ces faits. Le premier mutila de colère une statue ou un portrait de Tourville qu’il trouva sous sa main, le second s’écria que c'était là une contre-Révolution “. Cependant le Représentant, le tribunal, le club, toutes les autorités, la garnison, la flotte, adhérèrent à la ruine des triumvirs. Les démocrates de Lorient, Le Carpentier à Port- Malo firent de même, et au premier abord rien ne parut changé *.
Le 17, le tribunal discuta avec Prieur l'opportunité de suspendre à la suite du 9 thermidor le cours de la justice révolutionnaire. « Personne ne voyant dans l'événement susdit de raisons de faire cesser le tribunal » f, le 18, un agent d’émigrés fut condamné à mort, et le 19, Belval, l’auteur de l'évasion des Girondins au 20 septembre 1793, fut envoyé à l’échafaud. Toutefois les complices de Belval furent acquittés, et après l’acquittement, le 22, des marins de la Carmagnole, après une sentence de déportation prononcée le 24 7 {11 août), le tribunal discontinua ses jugements, le parquet seul poursuivit son
1. W 543, fol. 34 verso, Reg. du tribunal, rapports d'experts accablants.
2. La comparution de Larichery n'est pas au Reg. du tribunal, mais le 8 messidor Prieur arrête qu’à la suite de son acquittement il va recevoir ses appointements arriérés (Reg. IT d’arrêtés des Représentants du peuple), et Jeanbon dans sa Réponse à la dénonciation des ciloyens de la commune de Brest affirme l’avoir sauvé. Sur Legogal, voy. W 542, Arch. Nat., fol. 34 recto, Reg. du tribunal, et Levot, p. 355.
3. Une affaire relative à l’altération et falsification des Registres du district faite en vue de supprimer les preuves de ses agissements fédéralistes, celle du complot dénoncé par les forçats parmi les agents du bagne, celle de Trouille, ete.