RECONSTITUTION. DU PARTI PROTESTANT À MONTAUBAN D
complices des nobles ‘, et les paroles de vengeance que Dumas met dans la bouche de Jeanbon Saint-André à Toulouse se retrouvent dans une lettre que ce dernier envoya de Bordeaux au Consistoire le 7 octobre, en réponse à une lettre du Consistoire pleine elle-même de sourde rancuné ?. C'est d’abord un cri de colère : « la Providence re a élevé contre nous un de ces orages violents que nous avions presque perdu l'habitude de redouter; les ennemis du bien public se sont déclarés les nôtres », puis ce jugement : que les mobiles des catholiques fanatiques sont purement intéressés, « renouvelant la politique du xvr: siècle, ils ont voulu intéresser le Ciel à la conservation de l'autorité et des richesses qu’ils ont usurpées sur la Terre », et Jeanbon s’exalte, il s’écrie : « La Providence a jugé à propos de m'arrêter dès le commencement de ma carrière..... C’est ainsi que la cupidité, l'ambition, l'hypocrisie se liguent pour combattre la vérité qui tend sans cesse à les démasquer; c’est ainsi que, suivant l'expression d’un apôtre, ceux qui vivent selon la piété en Jésus-Christ souffriront persécution » ; il dépeint son martyre : « Je ne murmure point des sacrifices qui me sont imposés, forcé de fuir, d'abandonner un troupeau auquel la plus tendre charité m'avait lié, errant pour sauver mä vie, réduit par la précipitation même de ma fuite au plus affreux dénuement * », il recommande à tous ses frères « ce courage inébranlable que rien ne peut faire plier et qui, supérieur au malheur même, sait se consoler de ses disgrâces par le doux sentiment d’une conscience sans reproche ». Les réformés se croyaient à l'abri du malheur depuis 1788, leur âme s’ouvrait à la joie, à l’espérance; disposés à oublier les querelles passées, ils appelaient de tous leurs vœux la concorde et l’union avec les catholiques; le 10 mai a été pour eux un coup de foudre, on les a rejetés en pleine persécution, on a tenté brusquement de les ramener à l'oppression d'antan, ils se révoltent devant cette atroce perspective et ils retrouvent aussi en eux-mêmes le legs abominable des haines amassées depuis un siècle. Le grand résullat du crime du 10 mai à Montauban, de la guerre civile qui suivit dans tout le Midi, c’est la résurrection chez les réformés d’un fanatisme dont ils n'avaient plus conscience. Désormais, la nécessité d'assurer une liberté que menaçait la contre Révolution, l'impossibilité de se réconcilier avec des gens qui avaient aux mains du sang de leurs frères, le désir de la vengeance, le mépris pour des adversaires plus intéressés que convaincus, devaient les lancer à corps perdu en plein mouvement révolutionnaire, donner à leur essor politique une vigueur toute
1.« M. Vicose nous demanda sa démission le 4 juillet dernier, il a prévenu en cela le désir que le Consistoire avait de ne plus l’avoir parmi nous » (brouillon de lettre à Jeanbon du 26 septembre 1790 confirmé par le Reg. du Consistoire, n° 18, p. 39). Il s'agit du Guy de Vicose complice du 10 mai.