‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 754 sur 889 · Reg. du club · texte numérisé non relu

Reg. du club

Der Reg. correspondance du club ; 4e Ree. de la municipalité, fol. 182; L110, feuille hors texte en tête, Arch. Tarn- et- Garonne.

6. Procès-verbal, t. XLVI, p. 323, 5° Reg. du club, séance du troisième jour sanseulottide an Il.

17. « Nantes, maison d’arrêt des Saintes-Claires, 11 thermidor an II : Représen-

quiéter, à juste titre, de la façon dont ses ennemis de Montauban,

comme ceux qu'il avait frappés à Brest, vont user de cette liberté qui leur est rendue.

Tous ces faits, autant que les difficultés de sa situation au Port Ia Montagne et à Marseille, font comprendre que Jeanbon soit revenu à la charge, comme nous l’avons dit, auprès du Comité de Salut public, le 5 vendémiaire, pour demander son rappel. Il insistait sans doute de manière très pressante, car on crut à Paris et à Brest qu’il allait rentrer dans la Convention t. + |

Le 19 vendémiaire cependant (10 octobre 1794), il reçut une lettre du Comité qui s'était probablement croisée avec la sienne, lettre que nous n’avons pas retrouvée, mais qui lui prescrivait, au nom de l’intérêt général, de rester à son poste pour continuer à surveiller le Midi et assurer le salut de l’escadre : « Puisque la Patrie exige de moi un nouveau sacrifice, il faut bien que je m'y soumette, répondit-il ; je demeure au poste que vous m'avez assigné, jy demeure en vous demandant de deux choses l’une, ou de me fournir les moyens d’y

être utile, ou de saisir la première occasion de m'en retirer. » Il faut, dit-il encore, que le Comité de Salut public et la Convention fassent la sourde oreille à loute dénonciation envoyée des départements par des fripons contre les Représentants du peuple qui les punissent. Ces mots sont-ils une allusion à l'attitude des démocrates de Marseille ? « Quant à l’escadre, il y a longtemps que j'ai fait connaître au Comité mes vues sur les moyens de conquérir la Méditerranée à la République. J'écrivis à Barère, le 7 thermidor, une lettre raisonnée. Je n’ai pas droit de me plaindre que mes conseils n’aient pas été suivis. Cependant vos forces sont demeurées inactives à Brest et votre escadre est toujours bloquée au golfe de Jouan. Il est temps encore; vous pouvez, sinon réparer le passé, du moins vous emparer de l'avenir; ici et ici justement est la

tañt, j'étais loin de prévoir que l'on donnerait un jour suité à la malheureuse action que l’état d’ivresse où j'étais me fit commettre. Je suis cependant arrêté à la requête du Comité de surveillance de la ville d'Orléans pour l’insulte que tu y as souffert » etc. Autre lettre du 26 fructidor : « Quand je me suis adressé à toi, je ne doutais nullement de ta générosité. J'existe encore grâce à ton désintéressement. Mais ce n’est pas assez, Peprésentant ; je suis dans les fers, éloigné des miens... J'attends de toi, oui, je l’attends, ma liberté. L’oubli d’une offense est digne d’une grande âme, mais ne lui suffit pas » (Arch. commun. Toulon, série D).

1. Donvé-Verteuil lui écrit de Brest, 2 brumaire, qu’on croyait à Paris qu’il allait y revenir : « tous les quatre jours on ne cessait de nous dire que tu allais aller à Paris ». Armand Verteuil, le 29 vendémiaire, lui écrit : « Une lettre de Ragmey en date de Paris nous apprend, d’après Bréard, que tu as ordre de rester dans ton exil jusqu’à l'entière extinction des troubles qui se sont élevés dans le département du Var » (Arch. commun. Toulon, série D).

gloire de la marine, l’affranchissement des mers et le triomphe de la.

liberté. » Il ajoutait : « Je suis sensible à l'amitié que vous me témoi-

gnez, je la mérite par mon attachement pour vous tous, et, j'ose

ajouter, par mon zèle pour les intérêts de la République 1e » Le 17

(8 octobre), il écrivait à Dalbarade, pour lui demander 20 sur 38 des

vaisseaux de l’escadre de Brest : joints à 20 autres que l’on pourrait

rassembler dans la Méditerranée en réunissant les divisions du golfe

Jouan, et du Port la Montagne aux vaisseaux en armement, ils consti-tueraient une force de 40 vaisseaux. « Il vous restera sur l'Océan

18 vaisseaux qui, augmentés de 10 à 12 que vous devez avoir cons-

truits au commencement de la campagne prochaine, vous donneront : le total de 30 vaisseaux, ce qui suflit sur l'Océan si vous êtes assez

sages pour ne pas vouloir de bataille sur cette mer où vous n’avez

qu’en faire ?. » Ainsi était à nouveau posée la question, délaissée

depuis le 9 thermidor, du plan d'opérations maritimes à suivre dans

la Méditerranée.

Nous avons signalé avant le 9 thermidor, sans insister sur Jours tendances contraires, deux projets : celui de Bonaparte el Robespierre jeune et celui de Saint-André. A les bien examiner, ces projets se ramenaient aux thèses de l’offensive par terre et de l’offensive par mer, de l'emploi de l’armée d'Italie ou de la flotte. Robespierre et Bonaparte soutenaient qu’il fallait d'abord battre en Italie les Austro- Sardes : la situation des Anglais en Corse et sur la Méditerranée deviendrait intenable quand l'Italie serait à nous, par suite la Corse et la Méditerranée retomberaient sous notre domination. Jeanbon, . lui, voulait retenir l’armée d'Italie à la garde des côtes et à la protection du Port la Montagne, mais constituer dans ce port une forte escadre, qui, renforcée de la flotte de l'Océan, écraserait les Anglais dans une bataille navale : celte bataille nous donnerait la Méditer- . ranée et la Corse et nous ouvrirait l'Italie. Jeanbon persistait dans ce projet après thermidor, parce qu’il en avait eu l'idée et que, chargé d'organiser nos forces navales de la Méditerranée, il souhaïtait que la victoire définitive fût due à la marine, mais aussi parce que, depuis le 9 thermidor, la peur de menées des émigrés et des agents de l'étranger sur la côte de Provence et au Port la Montagne, lui faisait désirer le maintien auprès de lui de l’armée d’Italie qu’une offensive en Piémont aurait entraînée trop loin.

Son plan paraissait évidemment moins téméraire que: celui de Bonaparte : si elle s’enfonçait dans la péninsule avant que la flotte fût, en état de balayer la mer, l’armée courait risque de voir intercepter ses communications avec la France par le littoral. Le plan de Bona-

1. BB3 838. Le 2 fructidor, Jeanbon avait écrit à Dalbarade : « Tu m'avais annoncé des réponses du Comité sur mes précédentes lettres, je ne vois rien venir; estil possible qu’on laisse plus longtemps les Anglais et les Espagnols nous braver audacieusement et régner dans ces. mers ? » (BB# 42, fol. 105).

2. Cité dans le rapport de Dalharade au Comité de Salut pose je 27 YEDHOnUrS, rapport dont nous parlons plus loïn (BB 42 fol. 35).

parte, dix-huit mois plus tard, nous donnera bien l'Italie et la Corse, mais il ne nous rendra pas la Méditerranée parce que l’escadre du Port la Montagne n'aura pas été mise en état de reprendre l'offensive et d’écraser les Anglais sur mer, comme le voulait Saint-André. Le Représentant délégué à la marine réduisait évidemment l’armée à un rôle bien effacé en la condamnant à une faction sans gloire sur la côte et dans les ports, mais rien n’empêchait le Comité de Salut public d'établir une collaboration plus utile de nos forces de terre et de mer et de décider une invasion en Piémont parallèlement à une croisière, le jour où au Port la Montagne il y aurait une flotte puissante.

C'est précisément ce que proposait un autre projet. Entre Bonaparte, qui n’attendait le succès que de nos troupes, et Jeanbon qui ne l’espérait que de la marine, Max Caffarelli du Falga, le général du génie de légendaire mémoire, présentait le plan qui suit, Comme Saint-André et pour les mêmes raisons, il conseillait d'abandonner les grandes opérations dans l'Océan et de s’y borner à la protection du cabotage, ainsi qu'à des croisières contre le commerce ennemi. Il sacrifiait même nos colonies « trop lointaines », on se dédommagerait en Europe. Il critiquait surtout le projet de descente en Angleterre, le succès d’une telle opération, disait-il, « combattu par une publicité inévitable ne peut être obtenu que par un concours inouï de tous les genres de bonheur dans tous les genres de guerre ». Mieux valait attaquer à la fois en Italie et sur la Méditerranée. À proximité de la péninsule nous avions des armées, tandis que les troupes les plus aguerries de la coalition en étaient très éloignées ; sur la Méditerranée, les escadres anglo-espagnoles se trouvaient très aventurées, les principales forces des Anglais et des Hollandais en étant à grande distance, et les moyens de constructions et de radoubs y manquant aux coalisés. A suivre ce plan nous nous procurions les matières premières de toute espèce, très abondantes sur les côtes méditerranéennes, nous nous rapprochions « de tous les neutres de la Méditerranée dont les denrées nous nourrissent, occupent nos ateliers et nous enrichissent lorsque l'Angleterre ne les enlève pas », nous affaiblissions l'Empereur en Italie, enfin « celui qui est maître de l'Italie est maître du commerce de l’Archipel ». Pour combattre efficacement l’escadre anglaise, Caffarelli conseillait les boulets-ohus imaginés à Cherbourg, projectiles qui « éclatent et incendient; contre de telles armes on sent que l'épaisseur des bois et la supériorité de l'artillerie en nombre et en calibre est inutile, il faut fuir ». On voit que les illusions du Comité de Salut public sur l'effet des projectiles incendiaires étaient partagées par les hommes les plus compétents. C'était à Toulouse où il était alors emprisonné comme suspect, que Caffarelli avait combiné ce plan d'opérations maritimes, en même temps qu'il rédigeait un exposé de réformes sociales. Il destinait ce plan au Comité de Salut public. Nous ne savons s’il le lui envoya, mais il en adressait le 14 vendémiaire un exemplaire à Saint-André à Toulon, avec ces

quelques mols : « Tu es à plusieurs titres le juge des vues qui y sont exposées, je te le soumets !. »

Nous ignorons quel accueil lui fit le Représentant au Port la Montagne. Mais le Comité de Salut publie âvait son projet particulier, qui n’était ni celui de Bonaparte, ni celui de Jeanbon, ni celui de Caffarelli, et dont Carnot avait déjà tracé les grandes lignes dans ses lettres du 26 thermidor et du 4 fructidor aux Représentants près. l’armée d'Italie : maintenir la plus grande partie de l’armée d'Italie à la défense du littoral, en distraire une portion que l’escadre irait débarquer en Corse pour reprendre cette île. Ce projet s’inspirait des récentes inquiétudes de Jeanbon et du Comité de Salut public sur la sûreté des départements méridionaux, et aussi de l’âpre désir de reconquérir la Corse qu'avait déjà le Comité d'avant thermidor. Le 13 fructidor, de Menton, Saliceti avait encouragé le Comité de Salut public à l’adopter, en assurant que le parti des patriotes avait la majorité en Corse. De Loano, après la victoire de Dego, Saliceti et Albitte y étaient revenus dans une lettre du 28 fructidor; bien plus ils avaient pris les premières mesures pour rassembler, en vue de l’exécuter, un corps de 12,000 hommes, et même ils avaient chargé le général Bonaparte, sorti de la prison où l’avait fait jeter après thermidor sa liaison avec les Robespierre, de réunir le train d’artillerie nécessaire ?. Bonaparte lui-même écrivait à Moltedo le 2 vendémiaire, en lui annonçant la victoire de Dego : «Il ne nous reste plus qu’à délivrer la Corse de la tyrannie des Anglais. La saison est favorable, il n’y a plus un instant à perdre............ PERTE avec 8 ou 10,000 hommes, 12 bâtiments de ouerre dans cette saison, et l'expédition de la Corse ne sera qu’une promenade militaire. » L'entreprise, d’après Bonaparte, aurait l’avantage « de chasser les Anglais d’une position qui les rend maîtres de la Méditerranée », et de « restituer à leurs foyers les bons républicains qui se seront . rendus dignes de la sollicitude de la patrie par la manière généreuse dont ils ont tout souffert pour les principes * ». Ainsi l’auteur du projet d’offensive en Italie se ralliait, pour rentrer dans son pays natal, au plan de débarquement en Corse qui avait les préférences du Comité.

Toutefois, le Comité de Salut public pensait aussi au plan de Saint- André.

Il dut le discuter dans les premiers jours de vendémiaire an JIL. Il'n’avait pas encore la lettre écrite par le Représentant au Port la Montagne le 19 vendémiaire, mais il possédait celle du ? thermidor à Barère où Saint-André exposait déjà tout son plan. C’est du moins ainsi que nous pouvons expliquer un rapport obscur et très confus adressé par Dalbarade au Comité le 10 vendémiaire (4er oc-

J 1. « Toulouse, maison d'arrêt des ci-devant Carmes, le 14 vendémiaire l'an III », 14 pp. mss. (Arch. commun. Toulon série D).

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