LA RÉACTION À MONTAUBAN
port de la République, des travaux que je crois cependant mieux connaître que ceux qui cherchent à me ramener sous leurs ordres ». Par contre, Palis, arrêté à Paris le 13 brumaire, envoie à Saint-André cette lettre cynique : « Donne-loi la peine de lire mon mémoire justificatif; je connais trop ton bon cœur pour avoir le moindre doute que tu n’aies des regrets d’être la cause de ma détention. Je garderai un silence profond, mais, si je voulais, je prouverais bien clairement que s'il devait y avoir quelque victime du tribunal de Brest ce ne devrait pas être moi. Dis aux vils calomniateurs qui ont cherché à me perdre dans ton esprit que deux montagnes ne se trouvent pas, mais que deux hommes se trouvent tôt ou tard ». Et il termine par ces mots qui semblent une allusion aux deux Verteuil, anciens ecclésiastiques comme l’on sait : « Je désire que les événements te rendent un peu plus clairvoyant sur certains coureurs de places tantôt blonds, tantôt noirs, tantôt gris, tantôt bleus qui changent de sentiment comme d’habit ‘. » Armand Verteuil demande à Jeanbon un asile à Toulon, sollicite la même faveur pour des employés, des officiers de la marine de Brest également menacés par la réaction grandissante, tout en avertissant le Représentant que Tréhouart et Faure sont disposés à garder à Brest tout individu mandé au Port la Montagne. En présence de l’écroulement de lédifice qu'il avait construit, impuissant à rien conjurer, et retenu à l’autre bout de la France, Jeanbon doit trouver exact le mot dont Verteuil caractérise sa mission à Toulon : « Ton exil » ?, et peut-être ne partage-t-il pas la confiance dans l'avenir que lui exprime son confident de Brest dans ces simples et belles paroles : « La République ira cependant parce qu’elle a été et doit aller ».
A Montauban, la situation de Saint-André est également compromise. Le nouveau Comité de Surveillance se met immédiatement sous son patronage, et invite la Convention à maintenir le gouvernement révolutionnaire $. Mais le club rétracte l'adhésion qu’il avait donnée à l’adresse de la Société de Dijon, et nomme pour président Fontanel *. Le Comité de Sûreté Générale met en liberté quantité de prévenus qui rentrent à la Société populaire, y grossissent le nombre des thermidoriens, et qui, chefs d’ateliers pour la plupart, agissent sur leurs ouvriers pour les détacher de la démocratie révolutionnaire *. Ils n’osent pas encore attaquer directement Jeanbon, mais ils frappent avec acharnement ses amis. Le 21 brumaire, un ami de Saint-André lui annonce que le bureau de la Société populaire, composé maintenant de fédéralistes, exclut de la Société les meneurs du parti montagnard. Il est vrai, ajoute-t-il, que les choses pourraient bien prendre sous peu une autre tournure : « On s’est aperçu que ton
. Arch. commun. Toulon, série D, nous n’avons pas trouvé le Mémoire de Palis. . Lettre du 29 vendémiaire.
. 110, fol. 1 verso, Arch. Tarn-et-Garonne, Procès-verbal, t. XLVIIT, p. 96.
. 5e Reg. club.
. F7 4653, Arch. nat. : parmi les détenus élargis Combes-Dounous, l’abbé Balthazard, Boyer Rochin. Voy. Procès-verbal, t. XLIX, p. 154, et 5° Reg. club.
épouse ne va plus aux séances, que tu n’écris plus à la Société, qu’elle n’a plus l'avantage de prendre connaissance des lettres que tu écris à ta femme, il a transpiré que tu n’es pas satisfait de ce que Belluc à été placé au Comité. Les patriotes tes amis, les sans-culottes de Saint-Antoine ne sont point dupes de cette astuce. Les canonniers parlent de s’assembler pour reconnaitre la vérité, pour l'écrire et te renouveler leur attachement... hier décadi, la section Saint- Antoine a passé au scrutin un à un, et certes, ils en imposaient aux Feuillants qui en veulent aux Jeanbonnistes, et ce soir doivent commencer les crapauds de Villebourbon ». Il ajoute : « Plusieurs patriotes tentés de demander leur radiation ne manqueraient pas de le faire si tu demandais, comme tu l’as dit, cet honneur ; mais dans ce cas, nous avons lieu de croire que nous parviendrions à empêcher - qu'elle te fût accordée à toi et à ceux qui t’aiment. Nous croyons, au contraire, que les patriotes seraient assez forts pour rester et mettre dehors tes plus grands ennemis qui, comme tu sais, sont les mêmes que les ennemis de la patrie, de l'égalité surtout, en un mot l’aristocratie bourgeoise qui n’a aimé la Révolution dans sa naissance que parce qu’elle voulait prendre la place de l’aristocratie nobiliaire et robinocrate !. »
Ces espérances ne se réalisent pas. Au commencement de frimaire, Gautier, le juge de paix terroriste, qui.a posé sa candidature à la présidence du club, est obligé de s’effacer, et la Société accentue son évolution rétrograde ?. Plusieurs montagnards repentants sy associent, et des premiers, Poncet-Delpech, l’ex-orateur du culte de la Raison, qui justifiera plus tard toutes ses apostasies en répétant les vers de La Fontaine :
Le sage dit selon les gens Vive le roi, vive la Ligue 3.
La municipalité demeure révolulionnaire, et elle a, comme par le passé, recours aux bons offices de Jeanbon et de ses amis de Paris pour obtenir des secours contre la disette toujours pressante. Elle déploie dans ces moments difficiles, plus d'énergie et d’habileté que
1. Arch. commun. Toulon, série D. Lettre d’un familier de Jeanbon (non signée), suivie d’un mot de la femme de Jeänbon (cité au ch. 11, p. 44, note 3). Saint-Antoine, c’est le faubourg de Villenouvelle, le centre ouvrier, opposé à Villebourbon, quartier des patrons. Cf. l’adresse du club à la Convention du 24 prairial an III : « Cependant le Comité de Salut public ayant rompu les fers des patriotes incarcérés, tous les membres de la société qui avaient été reclus furent élargis..…. Le nouvel esprit de la société indisposa les meneurs de l’ancien système. Ils s’éloignèrent de son sein; ils prétendirent que la société était en contre-révolution. Ils divulguèrent que c'était aussi l’opinion de Jeanbon et, ce qu’il y a de bien sûr, c’est que sa femme ne mit plus les pieds dans la société, landis qu'auparavant elle ne manquait pas de venir régulièrement respirer l’encens qu’on brûlait pour cette artificieuse idole » (Recueil factice déjà cité. Arch. commun., Montauban).
2. 5° Reg. du club. 2e Reg, de correspondance du club, 14 frimaire : félicitations qu'il adresse à la Convention pour la fermeture des Jacobins, Procès-verbal, t.' LI,