‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 769 sur 889 · LA RÉACTION EN PROVENCE · texte numérisé non relu

LA RÉACTION EN PROVENCE

jamais ‘, On ne lui en a pas la moindre reconnaissance, les actes les plus méritoires des démocrates sont systématiquement dénaturés, dénigrés ?. Et toute la région présente le même spectacle. La Société populaire de Moissac réduit Colombié à s'enfuir. A Toulouse, l'agent national Descombels a été arrêlé, comme il s'échappe, on accuse Groussac d’avoir favorisé son évasion et Groussac est arrêté à son our *:

Jeanbon se sent menacé dans le ressort même de sa mission. Serres et Auguis, ses collègues dans les Bouches-du-Rhône et le Var, s’efforcent, à vrai dire, de tenir la balance égale entre montagnards et thermidoriens. S'ils ont modifié la composition des administrations et des clubs, la nouvelle Société populaire de Marseille compte encore quantité d'ouvriers et de gens du peuple, les Représentants eux-mêmes déclarent qu'ils « n’ont laissé sur leur passage ni nobles, ni prêtres en place » *. Néanmoins, ils trouvent Jeanbon trop favorable aux démocrates, ils lui signalent, le 2 frimaire, le fanatisme révolutionnaire des autorités au Port la Montagne, en l’invitant à y remédier 5. Ils sont bien dépassés par les clubs, Comités révolutionnaires, administrations de toute catégorie qui se précipitent dans la réaction avec fureur. Le 28 vendémiaire, la Convention reçoit une dénonciation en rèule contre le tribunal révolutionnaire d'Orange et contre ses excès, d’ailleurs très réels ; le 15 frimaire, elle décrète une information sur ces imputations ‘. Les émigrés rentrent de tous côlés, les acquéreurs de biens nationaux sont inquiétés, et dans ce pays d’où tant de royalistes ont passé à l'étranger, où l’expropriation des classes adverses par la démocratie a été si complète, le retour des proscrits et l’évolution politique qui encourage leurs réclamations, risquent d'amener un bouleversement épouvantable. La Convention le comprend bien : le 25 brumaire (15 novembre), elle rend un décret renvoyant les émigrés saisis sur territoire français devant les tribunaux criminels des départements pour y être punis de mort sans recours, ni sursis; le 22 frimaire (12 décembre), elle déclarera repousser toute demande en revision de jugements criminels portant confiscation des biens 7. Le danger n’en est pas moins immense, car il reste à savoir si mille complicités n'empêcheront pas l’exéculion des décrets, el le Port

1. Voy. son 2e Reg. de correspondance; AFn 72 : arrêté du Comité de Salut publie du 17 nivôse, lui accordant des grains. °

2. Voy. la lettre du 21 brumaire à Jeanbon citée plus haut; il y est dit qu’à l’annonce qu'un ami de Jeanbon, Perrouteau, va obtenir des grains à Paris pour Montauban : « tant pis dit un réactionnaire, je suis fâché que le peuple de Montauban ait « cette obligation au mauvais sujet Perrouteau ». Le correspondant de Jeanbon ajoute naïvement : « Tout le monde sentira que, fut-il possible que vous fussiez tous les deux des scélérats, excuse la supposition, on devrait vous bénir dans ce moment où Ja commune est dans la plus grande pénurie. »

3. Arch. nat. Din 134. Liste des agents de la tyrannie en l'an IIT, à Toulouse. (Bibliothèque de la Société d’histoire de la Révolution dans le Midi, Toulouse).

4. AFur 58; L253 district de Marseille, Arch. Bouches-du-Rhône; AF 197, 90.

5. Auguis et Serres à Jeanbon, Marseille, 2 frimaire (Henry, op. cüt., t. Il, p. 183).

6! Procés-verbal, t. XLVII, p. 271, t. L, p. 397.

7, Procès-verbal, t. XLIX, p. 173, t, LI, p. 141,

la Montagne, plus encore que toutes les autres communes du Var et

des Bouches-du-Rhône, peut, à bon droit, s'inquiéter. D'ailleurs, tout émigré est un allié des Anglais, les trahisons reparaissent, une première tentative de Martin pour sortir du golfe Jouan, dans la nuit du 18 au 19 vendémiaire, a été annoncée à la flotte ennemie par des fusées lancées de la terre. Enfin, le désarroi augmente, l’action du pouvoir central ne se fait plus sentir, et des brigands royalistes, préludant aux exploits des Compagnies du Soleil, établissent dans les montagnes de Provence une chouannerie méridionale, aussi cruelle et pillarde que celle de la Bretagne et de la Normandie . L'armée d'Italie est atteinte elle-même par la désorganisation. MM. Krebs et Moris constatent « le relâchement de tous les services admininistratifs depuis la chute du parti Jacobin ». Les soldats sont «sans capotes, sans souliers, ne reçoivent que des denrées de mauvaise qualité », la cavalerie manque de fourrages, le transport des subsistances par térre se fait malaisément à travers des chemins détestables, la discipline se relâche, et il est impossible de remédier à cette situation : « les procédés comminatoires usités par la Terreur ne sont plus applicables ? ». Aussi les soldats désertent ou deviennent la proie du typhus. Les médecins militaires ont mieux à faire que de soigner les malades : ils sont absorbés, comme tout le monde, par les querelles politiques. Les Représentants Ritter et Turreau, montrent une indolence stupéfiante que partagent naturellement leurs subordonnés, et ils sont eux-mêmes sans cesse en discussion. Et c’est avec de pareils éléments que Jeanbon doit faire l'expédition de Corse *! Seule la colonie révolutionnaire du Port la Montagne se maintient au milieu de la ruine générale du régime démocratique. Il est vrai qu'aussitôt que Jeanbon s’absente on constate à Toulon de l’agitation : le 10 frimaire (30 novembre), pendant le voyage de Saint- André à Arles et Avignon, des troubles s’y sont manifestés, que l’arrivée d'Auguis et Serres a heureusement dissipés *. Mais, en somme, la tranquillité règne au Port la Montagne. Même l'élément démocratique s’y renforce, car nombre de Montagnards viennent se réfugier auprès du Représentant. Il ea vient de Brest : nous avons vu qu'Amand Verteuil a demandé asile à Jeanbon pour des coreligionnaires politiques et pour lui-même, et nous le retrouvons, quelques semaines plus tard, sous-chef à l’hôpital principal de la marine du Port la*Montagne ; Clément Baron qui fut un des meneurs de l'insurrection de Quiberon, est lieutenant de vaisseau chargé des mouvements du port à Villefranche; Grandjean, l’exsubstitut du tribunal révolutionnaire, recoit une place de sous-chef,

1. Voy. Rouvier, Histoire des marins français sous la République, p. 185 sur cette trahison. Sur le banditisme, arrêté de Jeanbon, 7 fructidor, AF11 144.

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