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DÉNUEMENT ET DÉSERTION DES MARINS

Ce cri et celui de « Vive la Convention » sont les seuls qu'admette le Représentant, il ne demande plus qu’on crie « Vive la Montagne », il veut que, respectueux dela Loi, quelle qu’elle soit, les marins se tiennent à l'écart des agilations, que la discipline règne sur la flotte comme le zèle dans l’arsenal et le calme dans la ville, afin que tous forment au Port la Montagne une même famille et rivalisent d'efforts pour réparer par la constitution d’une belle armée navale les malheurs et les hontes du passé. Il y réussit en partie : alors que les dons patriotiques à la marine auront cessé d’affluer de tous les points du. territoire à la Convention, alors que le pays absorbé par la discorde se sera complètement désintéressé du relèvement de notre puissance maritime, le personnel du Port la Montagne enverra encore sa contribution pour servir à la construction du vaisseau le Vengeur .

Mais l’apostolat civique du Représentant n’a plus une action suffisante. Son autorité ne va pas jusqu'à empêcher la désertion, un arrêté du 7 vendémiaire pour traquer les fugitifs, un autre du 18 qui leur promet le pardon s'ils reviennent, ne produisent aucun effet, surtout dans l'arrondissement d’Arles. Le 11 brumaire, Jeanbon constate « qu'après avoir fait parler l'honneur, l'amour de la patrie, et avoir tâché d’exciter dans les marins tous les sentiments qui peuvent agir sur le cœur des vrais patriotes », il ne lui reste plus qu’à mettre des garnisaires chez les parents des réfractaires. Cette mesure même est prise en pure perte. Comme la désertion des ouvriers, celle des marins est favorisée par les municipalités des communes d’où ils sont originaires D’autres matelots partent en masse à l'hôpital sans permission ?. En brumaire et frimaire, cet état de choses empire, car Jeanbon ne peut rien pour rendre la vie matérielle supportable à ses équipages : « Les matelots sont nus, une partie d’entre eux n’a pas de hamac et couche sur le pont ÿ ». D’ailleurs, dans les hôpitaux même, on manque de tout, subsistances, linge, infirmiers et médecins. Les Commissions exécutives, la Commission du commerce surtout, n’envoient rien. Toutes les exhortations du Représentant ne peuvent donner du courage à des hommes que le gouvernement laisse grelotter sans vêtements par les coups de mistral de l’hiver de Provence, et les plus belles paroles ne ramèneront pas à l’escadre ceux qui l’ont quittée pour fuir le dénuement. Jeanbon s’ingénie à combler les vides, il ouvre les portes de leur cachot à des marins sus-

vaisseaux en construction : Formidable, Franklin, Guillaume Tell, J.-J. Rousseau, Spartiate (BB! 8, fol. 136). Sur la fête du 20 brumaire, voy. Procès-verbal de la Gonvention, t. XLV, p. 222, BBt 8, fol. 161, BB* 47, fol. 42, BB 57, fol. 43. Sur celle du 30 frimaire, D20, fol. 280 verso, Arch. commun. Toulon; BB* 62, fol. 308.

1. Procès-verbal, t. XLV, p. 215, t. XLNII, p. 285, t. LV, p. 3.

2. AF1r 144, BB: 62, fol. 213, AF1r 98, BB* 42, fol. 105, AF1 58, AF11 296, BB 62, fol. 276, Mémoires de Cassanyes, Martin à Jeanbon, 1°: frimaire, et le commissaire Escudier à Jeanbon (Arch. commun. Toulon).

3. Martin à Jeanbon, Arch. commun. Toulon, L 72 district de Marseille, Arch. Bouches-du-Rhône.

pects de royalisme, il prie notre-consul à Gênes de rapatrier, en même temps que les ouvriers, les matelols français qui se trouvent en Jialie et en Toscane, et le 23 frimaire (13 décembre), sur rapport des Comités de Salut public et de marine, la Convention rend un décret autorisant à rentrer en France les matelots et officiers qui sont dans ce cas ‘. Saint-André réussit mieux à reconstituer l’artil- . lerie de marine, il élargit et embarque sur les vaisseaux les sousofficiers et soldats de cette troupe qui ont été incarcérés à la suite de

la reprise de Toulon, et le Comité de Salut public arrête au Port la

Montagne l'établissement d’une école de canonnage analogue à celles

de Brest et de Marseille ?.

Les officiers sont plus fidèles à leur poste, car dans le nombre

beaucoup qui sont venus au Port la Montagne sur désignation de

Jeanbon, ou qui sont originaires de Montauban *, sont attachés à

la fortune du Représentant. Il en est que Martin cite comme des. officiers d'avenir, mais de presque tous l'amiral dit qu’ils ont be-

soin de naviguer en escadre; il le dit notamment de Villeneuve

promis à de si lamentables destinées, en ajoutant celte apprécia-

tion optimiste, « officier sur lequel on peut compter * ». Quel-

ques-uns cependant sont très distingués : Louit, capitaine du Géné-

reux qui se distinguera au combat du 25 messidor an INT, Perrée

qui en ventôse et germinal précédent a fait dans l'Océan, à la. tête d’une division légère, une croisière fructueuse, Cosmao Ker-

julien, un des très rares officiers nobles restés fidèles à leur devoir lors de la trahison de Toulon, Laurent Le Blond Saint-Hilaire, capi-

taine à vingt-sept ans, qui, dans le combat du 20 prairial an II,

sautera avec son vaisseau }’Alcide plutôt que de quitter son bord.

Les amiraux Thévenard, Tréhouart, Martin sont étroitement unis

à Saint-André. L'historiographe de Martin nous dit que les rap-

ports ont été parfois difficiles entre le Représentant et le comman-

dant en chef, dans le service on n’en voit pas trace . En brumaire,

le contre-amiral Delmotte, envoyé par le Comité de Salut public à

Toulon, vient les rejoindre f, lui aussi est de longue date connu de

1. Jeanbon à Lachèze, 16 frimaire (Guerre, armée d'Italie); Procès-verbal, t. XL, pp. 114, 291 ; autres mesures de Jeanbon, BB# 42, fol. 105, AF1r 296.

2. BB? 62, fol. 235 verso, AFn 296, arrêté du Comité de Salut public du 2? jour sans-culottide (AF‘1 140); arrêté du Comité de Salut public établissant l’école de canonnage (AF*1 139), 10 brumaire ; AF11 295, au 1 vendémiaire on constate que le ci-devant régiment d'artillerie dé marine de Toulon s'est accru considérablement. onEar exemple Cambon, Lugan, lieutenants de vaisseau nommés par Jeanbon (BB# 79, fol. 95).

.4. Ibid. Voy. aussi BB‘ 42, fol. 38.

5. Voy. BB* 79, fol. 95. Pouget, Précis historique sur la vie et les campagnes du vice-amiral comté Martin. Notons dans l'escadre Martin, la présence de Jacob lieutenant en pied du Ça Ira, ancien volontaire, mort oil, Savary, ancien pilotin et officier du commerce, lieutenant de 1791, commandant de la rade sous Tréhouart avec rang de capitaine, mort contre-amiral (Glotres maritimes), La Joille, capitaine de ’Alceste, qui se distinguera dans les combats livrés par l’escadre.

6. AF*11 139, arrêté du Comité de Salut public du 14 brumaire.

AL: At LA Lau

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