‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 794 sur 889 · JUGEMENT GÉNÉRAL SUR SA MISSION · texte numérisé non relu

JUGEMENT GÉNÉRAL SUR SA MISSION

fie d'aucune preuve. Nous ne pouvons pas non plus leur opposer de réfutation directe. Les documents nous manquent, soit sur le

tribunal militaire-devant lequel Jeanbon fit comparaître un certain nombre d'individus, soit sur le cas des prévenus qu’il envoya au tribunal révolutionnaire d'Ora ange et au tribunal criminel du Var, ou qu'il fit incarcérer. Du moins le passé de Jeanbon prouve bien qu’il n’était point un Carrier, et trois faits nous permettent de suspecter véhémentement les témoignages de Lauvergne et de Pons. Le premier déclare que le Représentant a fait conduire à léchafaud

des pêcheurs corses capturés par une de nos frégates, C’est exact,

mais il n’est pas prouvé que ces individus ne fussent pas du nombre des corsaires que Paoli lançait à la poursuite des Génois pour punir ceux-ci de nous vendre des subsistances, et il est avéré que ces Corses arboraient un pavillon à tête de Maure, alors que leur pa-

villon devait être le pavillon tricolore : aux yeux de Jeanbon, ils

élaient des Français alliés aux Anglais nos ennemis et révoltés contre la France. Quelle différence y avait-il. entre eux et les émigrés ? Jeanbon, dans l'arrêté qu’il prit à leur sujet, dit fort justement : « L’invasion de la Corse par les pirates de Georges ne peut apporter aucun changement ‘aux devoirs de fidélité de ses habitants, l'adoption d’un pavillon autre que le pavillon national est un signe de rébellion tout comme l'adoption du pavillon blanc », et un arrêté du Comité de Salut public dont nous ignorons la date porte peine de mort contre tous les Corses pris sous pavillon paoliste, corse, ou anglais ‘. Lauvergne‘assure aussi qu'une belle royaliste soHicitant la grâce’de son mari, lobtint du Représentant à condition

d’accepter un souper en tête à tête avec lui ?; Henry ne parle point

de cet incident, et des traits analogues ayant été prêtés à Euloge Schneider, à Le Bon, à Cavaignac, on peut penser qu’il y a là une de ces légendes qui circulèrent sur le compte de tous les terroristes et dont, tantôt l’un, tantôt l’autre suivant les pays était le héros. Jeanbon est encore accusé d’avoir rasé dans Toulon, par amour de la destruction, un certain nombre de maisons et le hangar aux bois * ;: nous avons vu que ces démolitions étaient pratiquées en vue d’un plan d’agrandissement du port, plan dont l'ingénieur Touffaire était l’auteur, et que Jeanbon y a au contraire mis un terme quand la mort de Touffaire et l’inaction de son successeur les ont rendus

inutiles.

1. Lauvergne, p. 612, arrêté de Jeanbon du ? fructidor (AFn 296) envoyant les Corses saisis devant le tribunal militaire du Port la Montagne jugeant révolutionnairement; décret de la Convention du 16 vendémiaire an II, faisant allusion à l'arrêté du Comité de Salut public (Procès-verbal, t. XL VIT, p. 28).

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