‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 810 sur 889 · Moniteur, t. XXIV, pp · texte numérisé non relu

Moniteur, t. XXIV, pp

ILEST DÉNONCÉ PAR LE JOURNAL DES LOIS ET PAR LE CAPITAINE LARCHER 104?

la marine, c'était encore trop au gré des thermidoriens. À propos des

plaintes du Représentant sur l'insuffisance des officiers de marine, il le traita de Tartuffe. Jeanbon, suivant lui, avait désorganisé la marine, plongeant deux cents des meilleurs officiers dans des cachots et les remplaçant par des montagnards, ses créatures ; « après avoir laissé prendre 7 de nos plus beaux vaisseaux et 6,000 de nos meilleurs marins », il s’élait fait décerner à Brest un triomphe: il avait écarté du service des eseadres les régiments de marine pour les remplacer par des soldats de réquisition : « N'est-ce pas Loi qui as marqué par la terreur, le sang et les échafauds toutes les villes qui ont été soumises à la Convention ? Depuis que tu es à la tête de nos forces navales, réponds: avons-nous eu un seul succès? Non, quatorze vaisseaux nous ont été ravis, dix mille marins ont'été enlevés à la marine française par tes manœuvres ignorantes ou perfides et tu pousses aujour- d’hui l'hypocrisie jusqu’à t’apitoyer sur des maux qui ne sont que ton ouvrage. Non, tu n’en imposeras pas à la Convention ‘. » C’est là en quelque sorte le thème de la dénonciation que les thermidoriens : de Brest lanceront bientôt contre Saint-André, et peut-êlre Galleti n’était-il dans la circonstance que le porte-parole de Trouille.

Et ce même jour 15 germinal (4 avril), à Rochefort, le capitaine de vaisseau Larcher terminait un pamphlet d’une violence inouïe contre Jeanbon Saint-André. Ce pamphlet débute ainsi : « Je dénonce à la Convention nationale, à la France entière le Représentant du Peuple Jeaubon Saint-André, député du Lot, coupable : 1° d’acte arbitraire envers moi; 2° d’acte atroce envers l’humanité; 3 d'acte contrerévolutionnaire envers la République. » Les deux premiers faits consistaient daus l’emprisonnement de Larcher, le troisième dans le crime d'avoir, en juillet 1793, rejeté un plan d'opérations maritimes que présentait Larcher. L’emprisonnement de Larcher constituait un acte arbitraire et atroce, car il n’avait pas été motivé, car Larcher avait été mis au secret, et, racontait Larcher, en réponse aux sollici- - tations de la femme de Bréard en sa faveur Jeanbon aurait dit : « Ne me parlez plus de cet homme, je vous donnerai le plaisir de le voir passer de votre fenêtre sur la pelite charrette. » — «Tant de fiel entre-t-il dans l'âme... d’un ministre protestant! » s’écriait Larcher. Il nous est impossible de discuter ses assertions, dans l'absence complète de renseignements sur cette affaire. Larcher avait voulu faire agréer Ses plans au Comité de Salut public sans passer par l'intermédiaire de Dalbarade, et peut-être Jeanbon aura-t-il vu en lui un intrigant. En tout cas, Larcher avouail que sa mise au secret était l’œuvre du Comité de Sûreté générale, et il citait cette lettre que lui avait adressée Jeanbon le 20 pluviôse an II, et dont le ton ne paraît pas, il s’en faut, inspiré par la haine: « Si vous avez, citoyen, quelques vues utiles à me communiquer pour l'intérêt de la Répu-

1. Biblioth. nat. Lc?, n°742. 11 lui reproche aussi d’avoir confié l'inspection générale du port « à un scélérat de prêtre qui a volé, délapidé, gaspillé les magasins et arsenaux ».

blique, veuillez me les mettre par écrit et me les faire passer, je les recevrai avec plaisir, et je les lirai avec toute l'attention dont je suis capable. Je désire que ce qui vous regarde personnellement soit promptement examiné. Si le soupçon a plané injustement sur votre tête, je m’en réjouirai, et vous pardonnerez sans doute à la République d’avoir pris des mesures sévères que trop d'exemples

malheureux justifient. » Quant au plan qu’il avait offert à Jeanbon,

il consistait dans l’envoi de l'escadre Morard de Galles à Toulon

pour renforcer la flolte de la Méditerranée et chasser les Espagnols:

or, en juillet 1793, il y avait dans la Méditerranée pour soutenir les Espagnols la flotte anglaise de l'amiral Hood, et relever Morard de Galles de sa croisière sur les côtes de Vendée dans le but de l’expédier à Toulon c’eut été offrir à l'Anglais toute facilité pour débarquer en Vendée et donner la main à l’armée catholique royale.

Nous ne savons ce qu’il advint de la dénonciation de Larcher :. Mais on voit que l'attitude réservée de Saint-André, quels qu’en fussent les motifs, ne désarmait pas ses ennemis le moins du monde. A la vérité, ses anciens collaborateurs se comportaient exactement comme lui. Armand Verteuil, qui avait quitté Toulon pour Dunkerque, nous ignorons dans quelles conditions, Armand Verteuil écri-

vait de Dunkerque à la Convention, le 15 germinal, une lettre où il

désavouait nettement l’émeute du 12, et Prieur de la Marne, attaqué le 15 dans l’Assemblée par André Dumont, avait recours à cette déclaration piteuse : « tous mes collègues sont mes amis ?, »

Le 16 germinal, la Convention, poursuivant le cours de ses vengeances, décréla d’arrestation Thuriot, et Cambon, l’austère travailleur, le grand organisateur des finances de la Révolution, et Maignet

naguère en mission dans les Bouches-du-Rhône et le Var avec Saint-

André, d’autres montagnards encore *. Le 23, au sujet de dilapidations qui avaient été commises dans les réquisitions, le 25, à propos des prêtres réfractaires qui profitaient du décret sur la liberté des cultes pour agiter les.campagnes, Saint-André réclama l'établissement d’un gouvernement fort. « Les lois sont faites, dit-il, il ne s’agit que

1. Dénonciation contre Jeanbon Suint-André, député à la Convention nationale, Arch. nat., Dir 349. Larcher né à Sens le 9 juillet 1740, soldat en 1759 dans Navarre infanterie, retiré en 1764 ; entré dans la marine marchande en 1768, il fait dix-huit ans le cabotage d’Inde en Inde ; capitaine de garde nationale en 1789, il envoie le 25 décembre 1792 à Monge un mémoire où il recommande la guerre de corsaires, l'envoi de troupes à Tippoo Sahib, la défense de Saint-Domingue et de l'Ile-de-France, l’abandon des autres colonies, et où il combat le projet de Périgny d’une descente en Angleterre; attaché à la première division du ministère par Monge le 1: avril 1793, nommé par Dalbarade lieutenant de vaisseau le 3 avril, et, le 28 août commandant de La Méduse à Brest, attaché à Bréard par arrêté de celui-ci du 18 septembre 1793. Parti de Rochefort pour l'Ile-de-France avec la frégate Preneuse le 3 vendémiaire an [V, s'empare d’une frégate portugaise, capitaine de 1re classe du 1 germinal an IV, a des démêlés inouïs avec son état-major à l'Ile-de-France, non compris dans l’organisation de Pan VIIL, réclame inutilement auprès de Bonaparte, Bruix et Decrès (Arch. administr., Marine).

Page 1