Moniteur, t. XXIV, p: 287, Procès-verbal, t. LX, p
nière question. Le 12, Jeanbon continua le débat par un grand discours. Il déclara qu’il tenait essentiellement à un gouvernement fort, mais à un gouvernement point tyrannique : en conséquence, il proposa le maintien de la liberté de la présse et qu’elle fut mise « désormais el pour toujours par une loi précise à l'abri des atteintes ». A l’appui de cette thèse, il rappela les abus du régime terroriste, et on entendit sortir de la bouche de l’ancien collègue de Robespierre, les paroles suivantes : «Quand le pouvoir est concentré entre les mains de quelques hommes, quand ils disposent à leur gré de tous les moyens qui peuvent agir sur le peuple, surlout quand ils disposent de l'opinion publique, qu’ils la dirigent, la forment, la commandent en quelque sorte; alors, si le despotisme est solidement établi, le retour à la libérté est bien difficile, ou si l'amour de la liberté a opéré une révotion qui ne soit pas encore consolidée, le parti qui domine, écrase de sa verge de fer le parti qui lui est opposé ». On l’entendit encore s’'écrier : « Quelle est donc cette interversion funeste de tous les prineipes qui met la censure dans les mains de ceux qui, par la nature de leurs fonctions doivent la subir et non l'exercer, sont tenus de rendre compte de leurs mesures, el n’ont pas le droit de demander compte aux autres de leurs opinions, pour qui la critique elle-même est un bienfait puisqu'elle les éclaire sur leurs fautes, et qui néanmoins regardent la critique comme un outrage et la transforment en délit national ». Puis, dans un beau mouvement, à l'objection : « Mais on peut avancer des erreurs nuisibles au bien pu-
. blic », il répondit : « N'est-ce pas le triste, mais nécessaire apanage de
la faiblesse humaine de se tromper? Prétendriez-vous à faire d’une République composée de vingt-cinq millions d'individus une nalion d'hommes infaillibles ? et le gouvernement lui-même lest-il? peut-il l’être? L'erreur est au moral ce que les ténèbres sont au physique, un moyen de faire briller la vérité et la lumière. Ce n’est point attaquer la liberté que de proposer des vues sur la meilleure manière d’organiser la République : car la République démocratique étant susceptible dans son organisation de formes et de modifications diverses, c'est ici qu’un vaste champ s'offre à toutes les spéculations. » Il conclut par ces mots : « arrêter un écrivain en sa qualité d'écrivain, par mesure de sûrelé générale, c’est la plus horrible des absurdités
et la plus abominable des tyrannies ». Ici Jeanbon reprenait, presque
dans les mêmes termes, le plaidoyer qu’il avait prononcé le 8 mars 1793, en faveur de la liberté de la presse. Il termina ce discours du 12 floréal, en demandant qu’il fût interdit aux Comités de gouvernement d'exercer aucune censure sur les écrits livrés au public par l'impression, et que sa proposition fût renvoyée à la commission des Onze. La Convention vota le renvoi, l'impression du discours..... et de suite après, sur un rapport de Chénier, décréta des pénalités contre les écrits ou discours séditieux ‘. Que servait à Jeanbon de
1. Opinion sur la liberté de la presse par Jeanbon Saint-André, Représentant du Peuple. Paris, Impr. nation., floréal an III, 8 p. in-8&. Voy. l’Introduction. Insérée
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