‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 817 sur 889 · JEANBON DÉCRÉTÉ D'ARRESTATION, 9 PRAIRIAL AN III · texte numérisé non relu

JEANBON DÉCRÉTÉ D'ARRESTATION, 9 PRAIRIAL AN III

‘Carnot, Prieur, Barbeau du Barran el Bernard de Saïntes, tous meri- -bres des anciens Comités de Salut public et de Sûreté générale. —

Les mesures générales enveloppent toujours des innocents, dit Prieur de la Côte d'Or. Je n’ai point demandé à partager le sort des anciens membres du Comité de Salut public, mais songez que ce serait aujour-

- d'hui un beau jour pour les royalistes si... » On l’interrompt par des

murmures.

On discute alors le cas de Lindet : Legendre, Dubois-Crancé se joignent à ses adversaires, à l'unanimité il est décrété d’arrestation. On

-passe ensuite à Jeanbon. Legendre : « Jeanbon a resté longtemps en mission, je demande qu’il soit entendu. — Hardy : je demande à lui

répondre.— Blad : c’est lui qui a envoyé à Toulon les scélérats qui se sont emparés de l'arsenal. — Jeanbon : je répondrai d’abord à un premier fait avancé par Le Hardy dans cette séance. Il a dit que j'étais membre d’un comité d’insurrection, et que ce comité était connu des membres du Comité de Sûreté générale, le fait est faux et je somme mes collègues de déclarer ce qu'ils savent à cet égard. Nommé membre du Comité de Salut public, j'ai à peine paru “dans ce Comité, j'ai rempli différentes missions dont il m'a chargé; et quand je venais à Paris c'était pour me concerler avec lui ou pour

lui rendre compte de ma conduite. Je n’ai donc participé en rien à

ses opérations. Quant à ma mission à Brest et dans les autres départements, citoyens, ma conduile doit être examinée, à cet égard je rentre dans la classe des autres Représentants du Peuple; si j'ai commis des fautes je dois être puni, mais je prouverai que je me

-suis constamment opposé au système d’oppression qui pesait sur la France, alors vous me rendrez justice. Je me suis élevé contre l’éta-

blissement d’un tribunal révolutionnaire à Brest », et Jeanbon raconte

Jes attaques dont il fut l'objet ainsi que Bréard à ce propos, en nivôse

et pluviôse de l’an IT. «J'ai été dans le département de la Manche; que les députés de ce département se lèvent et disent si les habitants ne profèrent mon nom qu'avec terreur ou si au contraire ils rendent justice asmon'humanité, :55. 147 On parle de ma mission à

Toulon. Mes collègues qui sont maintenant à Marseille sont venus me consulter avant de partir, et ils peuvent dire si je ne leur ai pas

été de quelque utilité; ils n’ont pas tout trouvé dans l’ordre et la tranquillité. Je déclare que depuis que je suis sorti de cette ville, je

- n’ai eu de relation avec aucun de ses habitants, les derniers événe-

ments ne peuvent donc pas m'être attribués. . ......,........ On m’accuse d’y avoir appelé des hommes capables de troubler la tranquillité publique. Je réponds qu'aucun de ces hommes, qu’on se plaît à appeler des terroristes, n’a pris part à la révolle qui vient d’éclater. Depuis longtemps ils demandaient leur remplacement parce qu’ils prévoyaient le mouvement qui se préparait. Citoyens, je ne me refuse pas à la mesure qu'on vous a proposée contre les membres

des anciens Comités de gouvernement, si vous croyez que je doive y

être englobé ; si, au contraire, vous croyez que je doive être rangé dans la classe des Représentants qui ont été en mission, je donnerai

à votre Comité tous les éclaircissements qu’il croira nécessaires sur ma conduite. Au surplus, je ne prendrai aucune conclusion; tranquille et calme, j'attends votre décision. — Blad : S'il s'agissait de donner à la Convention des détails, je dirais que Jeanbon a ruiné notre marine, mais je ne veux lui opposer qu'un fait qu’il s’est permis comme membre du Comité de Salut public. Ce fut lui qui proposa de mettre tous les agents à la nomination du Comité, et je

-demande s’il fut jamais une mesure plus despotique. » Blad accuse

encore Jeanbon d’avoir placé à Brest puis appelé à Toulon Armand Verteuil. Un conventionnel, que le Moniteur ne nomme pas, ajoute : «Je cilerai contre Jeanbon un mot dont Boucher Saint-Sauveur a fait sa déclaration au Comité de Sûreté générale. Il dit à Panis et Laignelot : « Les Comités croient avoir la clef de Toulon et du “Midi, ils sont dans l’erreur. » — «Je n’ai pas tenu ce propos, c’est un infâme mensonge s’écrie Saint-André. » Mais un Représentant que le Mercure Universel dit être Pierret de l'Aube, annonce : «le Comité de Salut public a contre Jeanbon une dénonciation signée de quinze cents personnes. Je demande son arrestalion. » Effectivement, une nouvelle dénonciation des citoyens de Brest, rédigée le 11 floréal, venait d'arriver par courrier extraordinaire et d’être présentée au Comité de Sûreté Générale à point nommé. Blad, qui probablement avait préparé ce coup de théâtre, cite alors une des pièces de ce factum, c’est le document signalé par Trouille au Comité de Salut public depuis trois mois, l'arrêté par lequel, avant de s’embarquer sur l’escadre, Jeanbon, le 18 floréal de l'an II, avait chargé le tribunal révolutionnaire de Brest de veiller, en l’absence de tout Représentant, à la tranquillité de la ville : « On réclame de toutes parts l'arrestation. Elle est décrétée », sans que la dénonciation de Brest ait été lue, sans que Jeanbon ait été admis à la discuter. Avec Jeanbon et Robert Lindet de l’ancien Comité de Salut public sont frappés Voulland, Jagot, Elie Lacoste, Lavicomterie, David, Barbeau du Barran, Bernard de Saintes, de l’ancien Comité de Sûreté générale ‘.

Parmi les membres des Comités de gouvernement de l’an II, seuls Carnot et Prieur de la Côte-d'Or sont exceptés. Vainement Jeanbon a repris la thèse soutenue par lui le 4 floréal, et alors acceptée par la Convention, qu’il ne devait point être rangé parmi les membres du Comité de Salut public terroriste, qu'il avait été fréquemment

1. Moniteur, t. XXIV, pp. 567-575, discouts de Jeanbon, pp. 574-575; Procésverbal, t. LXIE, pp. 168, 175. Mercure Universel, t. LIL, pp. 110, 118; Levot, p. 409.

Nous ne savons à quoi Blad fait allusion en déclarant que Jeanbon a proposé de mettre

tous les agents à la nomination du Comité. Hardy (Antoine-François), né à Rouen en 1748, médecin à Rouen, député de la Seine-Inférieure à la Convention, mis hors la loi comme girondin le 28 juillet 1793, rappelé le 18 ventôse an II, député de la Seine- Inférieure aux Cinq-Cents et au Corps législatif jusqu’en 1802, directeur dés droits réunis, médecin sous la restauration, mort à Paris le 25 novembre 1823 (Dictionnaire des Parlementaires). Pierret (Nicolas-Joseph), né à Valentigny (Aube), le 15 mars 1758, notaire, administrateur du district de Bar-Sur-Aube, député de l'Aube à la Convention et aux Cinq-Cents,.juge de l’an V à l'an VII, mort à Brienne le 19 février 1825 (ibid.).

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retenu loin de Paris par des missions prolongées. La Convention a prononcé son incarcération non seulement à raison des agissements reprochés au Comité de Salut public dont il fit partie, mais aussi à raison de ses actes au cours de ses missions. Du moins, après avoir eu comme Carnot la faiblesse d’abjurer son rôle au Comité de Salut public, il a compris qu'il était condamné d’avance, il a repris conscience de sa dignité, et s’est contenté de protester contre les calomnies. Quant à ses accusateurs, c’est Hardy, un girondin mis hors la loi en 1793, et qui, affamé de vengeance, a demandé le 2 prairial un décrel de mort contre Billaud, Collot et Barère; c’est Blad que

Saint-André avait épargné- à Brest. Bréard que Jeanbon a soutenu en nivôse et pluviôse de l’anJI, Bréard dont il invoque le témoi-

gnage se garde bien d'intervenir, Dubois-Crancé garde le même mutisme. Jeanbon est abandonné par ses amis d'autrefois, par les compagnons de ses travaux, comme lui-même a abandonné Barère et Prieur de la Marne. Par une amère ironie de la destinée, en même

temps que les thermidoriens le frappent, ils demandent des rensei- gnements sur la conduite à adopter vis-à-vis de Toulon à Barras et Fréron : « tous deux se sont distingués dans cette ville » dit Rouyer,

ils s'y sont en effel distingués, mais par les massacres, sinon par les concussions.

Conformément au décret d’arrestation, le Comité de Sûreté: géné-

rale, le jour même du 9 prairial, ordonne de s'emparer de la per- ‘sonne de Saint-André et de mettre les scellés sur ses papiers. Deux

commissaires civils de la section Lepeletier qui se transportent à sept heures du soir à son domicile, 7, rue Gaillon, hôtel des États-

Unis, ne l’y rencontrent point. Aussi le bruit se répandra qu’il a pris

la fuite comme Saliceti ?. Pourtant, le 10 prairial (29 mai), il est enfermé dans la maison d’arrêt dite des Quatre Nations (aujourd’hui

l'Institut), tandis que ses ennemis triomphants affichent la dénon- ciation des citoyens de la commune de Brest sur les murs de Paris

et jusque sur la porte de l'hôtel des Étals-Unis *. Jeanbon retrouve en prison, avec les Représentants arrêtés le 1° prairial dans la nuit et le 2 prairial, Robert Lindet, David, Bernard de Saintes. Le Comité de Sûreté générale a ordonné de mettre les conventionnels prisonniers « dans un local convenable et commode et séparé de celui des détenus actuels ». Pourtant, s’il faut en croire David, pendant un jour et deux nuits, là guillotine est dressée dans la cour de la prison pour épouvanter les détenus #.

. Moniteur, t. XXIV, pp. 575-576.

: F74749, Arch. nat., BB° 29, Arch. nat.: sur le bruit de sa fuite, voy. P. Laurent. Notes inédites sur le général Dumerbion, p. 58. Saliceti s’est FeASS à Gênes “(AF 11 189).

3. BB? 29, Arch. nat., Réponse à La dénonciation des citoyens de la commune de

Brest.

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