RUINE DÉFINITIVE DÜ RÉGIME DÉMOCRATIQUE
de pareils choix démontrent qu'il n’eût point été élu. Il n’y avait
plus de place pour les PRRPICIE démocrates dans la représentation du Lot.
À Brest, après l’arrêté du Comité de Salut public du 13 ventôse, qui absolvait et réintégrail les officiers inculpés dans les affaires de Quiberon et de Toulon, le décret ordonnant d'informer contre les juges et jurés du tribunal révolutionnaire, produisit en prairial et messidor un surcroît d’agitation, les dénonciations des thermido- riens, les apologies des accusés atlisèrent les haines, et comme à Paris, comme dans tout le pays, certains terroristes convertis à la réaction dans les premiers mois de l’an IIT, les comédiens Rebillard et Garnier Guérin notamment, se virent reprocher leur passé, malgré leur récente aposlasie !. D'autre part, la Convention le 14 floréal, avait décidé la création d'une cour martiale maritime devant laquelle comparaîtraient les officiers inculpés pour leur conduite aux combats de prairial an II. On se souvient que la suppression du tribunal révolutionnaire avait laissé leur procès en suspens. L’éventualité de leur procès entretenait le trouble dans le personnel de la marine, et comme les adversaires de la Terreur assuraient que les
débats de celte cause « découvriraient de grandes vérités sur les cri
mes » de Jeanbon et Prieur de la Marne, on était fondé à penser que l'affaire pourrait ne pas être jugée avec toutel’impartialité désirable ?. Les démêlés entre Palasne-Champeaux et la Société populaire se prolongèrent durant fout messidor *. Mais peu à peu l'arrêt des travaux et la désorganisation de l’escadre amenèrent la dispersion des ouvriers et des marins, par suite Ia démocratie bresloise fut réduite numériquement, elle était d’ailleurs épuisée par les souffrances et n'avait plus de chefs, elle perdit donc toute importance, et la réaction put célébrer la fête anniversaire du 9 thermidor comme la commémoration de son triomphe sur « les féroces Laignelot, Prieur de la Marne, Jeanbon Saint-André * », La pacification de la Mabilaye, signée le 1° floréal avec les chefs de la Chouannerie, n’avait pas encore ramené la sécurité sur les routes et dans les campagnes, quand le débarquement des émigrés à Quiberon, le 7? messidor, détermina un nouveau soulèvement des chouans, soulèvement que ne découragea pas la victoire de Hoche sur les émigrés, le ? thermidor. Sans doute, la tentative de Qui-
1. AFn 139, 29 ventôse, nomination de Daugier au grade de capitaine; décret du 16 prairial (Procés-verbai, t. LXIII, p. 9). Le 3 floréal déjà, le Comité de Salut publie avait destitué le capitaine de vaisseau Gauthier, le lieutenant Duclos, jurés au tribunal AF*1 139). Défenses déjà citées de Marion, Vannes, 4 messidor, de Girard un des jurés, 2 messidor, de Rebillard et Garnier-Guérin naguère thermidoriens (Biblioth. du Port, Brest).
2. Procès-verbal, t. LV, p. 137 ett. LX, p. 184, Moniteur, t. XXIV, p. 378; Quelques observations sur la réponse de Jeunbon (Dr 349).
3. Réponse des citoyens réunis en Socièlé populaire à Brest, à la dénonciation des Représentants du Peuple Topsent et Palasne-Champeaux, 12 messidor an IIL (Recueil n° 2949 Biblioth. commun. Brest), Palasne-Champeaux à Topsent, 21 messidor (Arch. commun.).
4, Dxvi, n° 14, Arch. nat.
beron détacha en Bretagne les Girondins des royalistes, et, aux côtés de Tallien dans l’armée de Hoche, nous voyons figurer Blad; mais cet événement ne rapprocha pas les Girondins des Montagnards et ne rendit pas à la démocratie brestoise le rôle qu’elle avait perdu.
A Toulon, il n’en alla pas tout à fait de même. La colonie révolutionnaire y avait été plus fortement organisée, la présence de Jeanbon lavait plus longtemps soutenue, les armements poussés par Saint-André n’y furent ruinés que tardivement, comme nous le verrons, ce qui maintint plus longtemps dans ce port la foule des. ouvriers et des matelots qu'y avait assemblés le Représentant montagnard. La démocratie toulonnaise avait déjà prouvé sa vitalité par les terribles protestations du 22 ventôse et du 1% prairial. Durand-Maillane qui se trouvait en mission à Toulon le 13 fructidor, -constatait à cette date que Toulon était « proprement une colonie des partisans ou plutôt des esclaves de la ci-devant Montagne », et, disait-il, « la soumission ne pourra y être entière que quand les intrus qui occupaient cette ville l’auront quittée ! ». Du moins, ce Représentant s’y employa de son mieux : il se fonda sur le décret du 22 germinal aû III pour autoriser la rentrée de 128 émigrés, dont dix avaient joué le premier rôle dans la trahison de Toulon, et il s'étonnait avec candeur ou cynisme que l’on traitât en émigrés des gens qui n’avaient quitté Toulon que pour éviter la guillotine ou la fusillade. Combien d’autres royalistes de moindre notoriété revenaient avec eux ! Dès leur arrivée, ils expulsaient purement et simplement, par une interprétation fantaisiste d’un décret du 14 floréal, les démocrates qui avaient acheté ou reçu en indemnité leurs biens confisqués, et Durand-Maillane trouvait également ce procédé très - légitime ?. D'Elbreil, qui visita Toulon avant de retourner à Montauban, témoigne de ces faits, auxquels il applaudit, et il se réjouit, non sans un peu d’étonnement, des déboires et des humiliations dont étaient accablés les révolutionnaires demeurés dans Ja ville *.Isnard, Cadroy, Chambon imitaient Durand-Maillane dans les Bouches- Rte Rhône où rentraient plus de 30,000 fugitifs, et sous leur regard bienveillant la Compagnie du Soleil continuait ses actes de banditisme ‘. Cependant, quand les menées royalistes obligèrent la majorité de la Convention à suivre une politique plus républicaine, un décret du
1. Durand-Maillane au Comité de Salut publie, 13 fructidor (AFu 197). Voy. Dernier état du Midi ou Rapport fait à la Convention, par Durand-Maillane, 12 frimaire an IV (Biblioth. nat. Le*9, n° 363) et le Mémoire de Fréron déjà cité.
2. Rapport Durand-Maïillane, Mémoire de Fréron, le décret du 14 floréal restituait les biens confisqués par suite de jugements rendus par les tribunaux révolutionnaires depuis le 10 mars 1793. : ë
-3, Notice d’'Elbreil, p. 111.
4. Isnard avait été envoyé en mission dans les Bouches-du-Rhône, les Basses- Alpes et les ports méridionaux, par décret du 12 floréal (Procès-verbal, t. LXI, p. 55, Compte de ses recettes et dépenses Le, n°350, Biblioth. nat.). Parti de Paris le 25 floréal an III, il y rentra le 5 brumaire an IV. Voy. Rapport Durand-Maillane, Mémoire de Fréron, et Isnard à Fréron, Paris, an 1V, 28 p. in-8° (Lb#2, Biblioth. nat.), Chaumont au Comité de Salut public, 5 thermidor (AF1r 30).