‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 839 sur 889 · POLÉMIQUES DE JEANBON DANS LE JOURNAL L'AMI DES LOIS · texte numérisé non relu

POLÉMIQUES DE JEANBON DANS LE JOURNAL L'AMI DES LOIS

fait imbu des préjugés de sa ee a proposé par un message: que le Directoire transmet aux Conseils le 12 frimaire, d'enlever à l’or-

donnateur les constructions en même temps que les mouvements des

ports pour donner Fun et l’autre service au commandant des armes ; de plus, au-dessus du commandant des armes et de l’ordonnateur, Truguet veut instituer un ordonnateur général pris parmi les fonctionnaires ayant dix ans de navigation sur les vaisseaux de PEtat !. Il invoque à l'appui de sa motion la désorganisalion de la marine, et déclare les règlements de Colbert malhabiles, ils ont été, dit-il, imaginés dans l'enfance de notre marine. Jeanbon avait aatrefois épousé les préventions des révolutionnaires contre la marine de l’ancien régime, mais dans la pratique il avait conservé bien des procédés de cette organisation, et présentement, n'étant plus obligé de crier à à l’unisson des autres montagnards, il jugeait que la marine créée par Colbert avait été d’une grande puissance: il pensait aussi maintenant qu’il y avait du bon dans les lois de la Constituante sur l'administration de la marine. : Tout cela, Jeanbon le dit à Truguet dans /’Ami des Lois. Il reprocha au ministre de « réduire les administrateurs à n’être que les commis des officiers militaires, de détruire toute responsabilité, de tout subordonner à l’orgueil de l'épée ». Il ajoutait : « La force qui se bat ne doit pas être confondue avec le pouvoir qui administre », et « le ministre dit presque liltéralement : à qui appartient-il de construire, d’armer, d’équiper les vaisseaux qu’à ceux qui les doivent monter? — Et c’est précisément parce que vous devez les monter que vous

ne devez ni les construire, ni les armer. Pourquoi voulez-vous que le

gouvernement ne se méfie pas de vos fantaisies dépensières comme. s'en méfie un armateur particulier ? Celui-ci abandonne-t-il à son capitaine le soin de décider par lui-même tout ce qu’il lui faut? Lui ouvre-t-il sa bourse sans réserve? Pourquoi donc voulez-vous que l'État vous ouvre la sienne ? D'ailleurs, si vous ordonnez les dépenses et les travaux, qui surveillera ? Quand l’administrateur manque à ce qui est nécessaire, vous vous plaignez ? Quand vous exigerez trop, qui se plaindra ? qui aura intérêt à réclamer? » Jeanbon ajoute que l'institution d’un ordonnateur général n’a pas pour but d’empécher les rivalités entre la plume et l'épée, mais d’assurer la subordination des administrateurs aux ofliciers d'épée, el aux officiers d'épée provenant de l’ancienne marine royale, car cette catégorie seule offre des officiers ayant dix ans de navigation sur les vaisseaux de l'Etat. Le ministre le sait bien, ajoute Saint-André : « Opposezvous de toutes vos forces à la renaissance de cet esprit de corps qui, soit dans le militaire, soit dans l'administration, a fait tant de

1. Moniteur, t. XX VII, pp. 157-160, 163-164. La discussion sur la motion de Truguet, commencée le 15 nivôse, continuée le 25, aboutit le 29 à l’injonction d'exécuter les décrets des 2 et 3 brumaire. Mais le 5 messidor an IV, on constatera que le Directoire n’en à rien fait (Ibid., pp. 236-239, 248-256, 275-276, et t. XX VIIL, p. 335). Truguet avait succédé avec le titre de ministre de la marine (les ministères étant rétablis) à Redon, le 14 brumaire an [V.

mal et peut en faire tant encore !. » Truguet riposta que Jeanbon lui-même avait trouvé démesuré le pouvoir de l’ordonnateur, tel que la Constituante l’avait établi, que le Représentant avail soustrait à cet administrateur la direction des travaux, et remis au commandement des armes, chef militaire, celle des mouvements. « Jeanbon redevenu simple citoyen, et faisant imprimer dans le journal ? Ami des Lois, prend aujourd’hui la défense de cette même institution qu'il avait combattue à la tribune de la Convention. — J'ai fait rendre aux officiers militaires les mouvements, fonctions purement nautiques, répliqua Saint-André, mais non les constructions ?. » Alors Truguet porta le débat sur un autre terrain. Il fit insérer dans le Républicain français du 19 nivôse, une lettre non signée, où il accusait Jeanbon d’avoir chassé tous les officiers de l’ancienve marine bien qu'ils fussent instruits, disciplinés, et qu’il y eût dans le nombre des otficiers de valeur, comme Villaret, Martin, Renaudin, Larichery. « Jeanbon, sous le prétexte de purger la marine des royalistes, anéantissait tout ce qui avait appartenu à la classe privilégiée. [Il sollicitait dans sa rage destructive le Comité de Salut public de changer le nom du vaisseau le Suffren.... Jeanbon croyait que l’on organisait un corps de marine avec la même facilité qu'un Comilé révolutionnaire. Son ignorauce et sa présomption furent la prineipale cause de nos malheurs *. » Truguet n'avait guère le droit de qualifier d'arbitraire l’'épuration opérée par Saint-André : chargé par la loi du 3 brumaire an IV de refondre le corps des officiers de marine, il s'était inscrit le troisième parmi les vice-amiraux et avait écarté des hommes tels que Delmotte, Missiessy, Latouche-Tréville lui-même qui fut obligé par une note insérée au Moniteur de s'offrir aux armateurs pour faire la course *. La réponse de Jeanbon est à citer presque en entier : « Je ne me permettrai pas de faire l’histoire de la vie maritime de l’homme qui se cache pour m'atlaquer, il est puissant et je ne suis rien... Je ne donnerai même pas au public des échantillons de sa correspondance bassement adulatoire envers les hommes revêtus de quelque pouvoir... Vous dites que sous prétexte de purger la marine j'ai anéanti tout ce qui tenait à la classe privilégiée ? Vous êtes un imposteur : ce Villaret, ce Martin, ce Renaudin, ce Richery dont vous faites l’éloge, qui les a placés, défendus, conservés ? C’est moi, c'est moi seul, et vous ne l’ignorez pas. Qui a rappelé au service Bruix, Trinqualéon et quelques autres? C’est encore moi. J'en fournirai les preuves écrites...............,...... Vous parlez d’ignorance et de présomption. Celui-là n’est point présomptueux qui sait douter et consulter les hommes instruits, qui

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