‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 842 sur 889 · RÉSUMÉ DE SA CARRIÈRE POLITIQUE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE SA CARRIÈRE POLITIQUE

dans ses magasins, ses manufactures, ses ateliers, elle avait occupé les ouvriers, les avait garantis de l’oisiveté et sauvés de la faim. Il terminait ainsi : « Tous les Montalbanais honnêtes se réunissent à voter pour votre éloignement de leurs murs. Castres, Bordeaux, Brest, Toulon et tous les lieux où vous avez été, forment les mêmes vœux,

et peuvent, au besoin, déposer comme nous que vous n'êtes qu’un

turbulent, un brouillon et un factieux, que vous devez bien vous féliciter de l’amnistie. Sans elle vous iriez ramer sans doute sur quelque autre mer que sur celle des Algériens !. » Jeanbon lut l’article durant son séjour à Montauban. Il envoya le 6 pluviôse # l'Amt des Lois une réponse à ces « quelques gentillesses écrites dans le style de la justice et de l'humanité ». Ce Monméjea, dit-il, était un

-imposteur : oui, l’on avait toujours à Montauban recouru aux que-

relles religieuses pour opérer la contre-Révolution, et l’on y recourait. encore maintenant. Puis : « vous parlez d’anarchie, vous parlez de la jalousie « naturelle » du pauvre contre le riche. Vil adulateur de la fortune, vous manquez à votre conscience. Le pauvre n’est pas jaloux du riche, et je n’ai jamais cherché à exciter en lui ce sentiment. Mais le pauvre veut vivre de son travail, et il ne veut pas être avili par cette aristocratie mercantile, plus vile, plus insolente à Montauban que partout ailleurs ». Enfin, à propos de réquisitions qu’avaient obtenues de lui les négociants de Montauban au mois de messidor'an Il, et dont ils avaient abusé paur acheter des matières premières à vil prix, Saint-André s’'indignait. Il sollicitait une enquête sur ce fait : « alors on verra peut-être comment on fait « des riches » dans ce pays, et si ces riches sont si respectables ge on ne puisse les envisager qu'avec vénération » ?.

Trois mois après, Jeanbon était à Alger. Ici donc s'arrête sa carrière politique si courte et si remplie. Nous l'avons vu se former à la vie publique, au gouvernement des hommes par l'étude des écrivai?s du xvrue siècle et par la direction de l’église protestante de Castres, puis par l'administration de la commune de Montauban dans des heures difficiles, et nous avons noté les tendances contradictoires de cet esprit en même temps individualiste et autoritaire, épris de liberté et docile à la raison d’État, destructeur de l’ancien état de choses et organisateur d’un régime démocratique. Devenu le chef de la démocratie dans sa ville natale, il a été porté par elle à la Convention. Dans l’Assemblée, il a travaillé à établir la prépondérance tyrannique du parti montagnard sur les Girondins et les modérés, dans le pays et à Montauban celle de la dérnocralie sur les partisans de la Gironde

. Biblioth. nat., Lc?, n° 682, n° 91 du journal. . N° 179 du journal, 6 DER

et les modérés, royalistes et riches, nobles et bourgeois ; et en même temps il rêvait un régime de concorde et d’absolue liberté impossible à réaliser au milieu des querelles politiques et en face de l'invasion étrangère. Vainqueur avec le parti montagnard, porté par cette victoire au Comité de Salut public, avec ses collègues il a organisé un gouvernement d'une force et d’un despotisme inouïs, le gouvernement de la Terreur. Ce gouvernement, il l’a employé à lutter contre l'Europe, et à affermir, par des lois contre les partis et les classes vaincus, la domination de la démocratie dans le pays. Mais d'autre part, il l’a employé à imposer à la démocratie même, des institutions, des mœurs, des idées, une éducation républicaine, une religion civique, pour rendre la classe populaire digne de sa situation nouvelle de classe dirigeante, pour la rendre digne de l'absolue liberté dont. elle jouirait quand la crise révolutionnaire serait terminée. Il a enfin usé de ce gouvernement pour contraindre la démocratie à collaborer avec lui dans la grande œuvre de la défense nationale sur les mers. Parallèlement, il maintenait la domination des démocrates dans sa ville natale. Il a poursuivi cette mission multiple d’abord à Paris, puis à Brest et sur les côtes de l'Océan, enfin, à Toulon et sur les côtes de la Méditerranée.

Il est parvenu, la marine de l’ancien régime ayant disparu, à créer sur l'Océan une marine recrutée dans la classe populaire et pénétrée de l'esprit républicain. Mais le parti montagnard dans la Convention, la démocratie révolutionnaire dans le pays ne constituaient qu’une : minorité, ne conservaient leur empire que par la Terreur. Le succès n'avait pas encore couronné complètement les efforts de Jeanbon pour reconstituer une marine, la-politique d'éducation de la démocratie suivie par ses collègues et lui-même n'avait pas encore porté ses fruits, quand la Convention a renversé au 9 thermidor le gouvernement de la Terreur. Il s’en est suivi la déchéance du parti montagnard et de la démocratie, la majorité a repris l'avantage. Jeanbon s’est soumis à la Convention, et sans l'appui du gouvernement, réduit à ses seules ressources et aux seules forces de la démocratie toulonnaise, il s’est obstiné à ressusciter une flotte dans la Méditerranée. Obligé de renoncer à cette entreprise surhamaïine, rappelé à Paris par une Assemblée où les Girondins et les gens de la Plaine détruisaient aveuglémert tout ce qu'avait édifié le gouvernement montagnard, menacé par les ennemis de la Montagne et de la démocratie qui relevaient la tete à Montauban, à Brest, à Toulon, Jeanbon n’a point résisté, n’a pas défendu son œuvre et celle de ses collaborateurs de la Terreur, par esprit de soumission absolue à la représentation nationale ou par défaillance de caractère, et il s’est repris à demander contradictoirement, comme aux premiers mois de 1793 un pouvoir fort et l’absolue liberté. Il n’a point évité toutefois les vengeances qu'exerçait la majorité de la Convention sur les Représentants montagnards, et celles qu’exerçaient les royalistes et’les fédéralistes, les nobles et les riches sur les démocrates dans tout le pays. Quand il est sorti de la prison où l’avait jeté la réaction thermidorienne, la

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