RÉSUMÉ DE SA CARRIÈRE POLITIQUE
ruine de la démocratie, la ruine de la marine constituée avec l'aide de la démocratie étaient consommées. Jeanbon n'a pu que lancer en
leur faveur des appels que, la France recrue d’agitations n’était plus
disposée à entendre, et il lui a fallu en définitive accepter un poste loin de son pays.
Sans doute, dans cette carrière de Saint-André, il y a eudes fautes
commises, et nous n'avons pas cherché à en dissimuler une seule,
mais, suivant les paroles de ses collègues au Comité de Salut
. public : « Quelle autorité, quelle réunion d'hommes peut répondre
de la somme inévitable de maux qu'entraînent dans l’administration publique, surtout en révolution, l'empire des préjugés, la résistance des intérêts personnels, les obstacles des passions individuelles, la négligence ou la corruption des sous-ordres, le choc éternel des amis et des ennemis de la liberté ‘. » Sans doute, Jeanbon avec ses collaborateurs a eu recours à la Terreur, il a souscrit à la proscription des royalistes et des Girondins, à la déchéance des nobles et des bourgeois au profit de la classe populaire; mais royalistes et Girondins, nobles et bonrgeois n’ont pas agi autrement aux heures où ils ont possédé le pouvoir. Avant les exécutions du
gouvernement révolutionnaire de l'an IL il y a eu le massacre du
10 mai 1790 et combien d’autres, après il y a eu la Terreur Blanche de l’an IIL, et au cours de l’an II même, les Vendéens ont commis des atrocités, les Chouans les ont continuées. Jeanbon a été injuste vis-
à-vis de certains adversaires, la réaction thermidorienne a usé pour
le perdre des mensonges les plus odieux. Sous le couvert de son autorité, à Montauban, à Brest, il s’est commis des abus de pouvoir et des iniquités ; mais lorsqu'il les a connus il a sévi sans pitié, et ses adversaires se sont unis en l’an III contre lui aux scélérats qui
avaient trompé sa confiance et qu’il avait châtiés. Jeanbon a eu des
défaillances de caractère, mais il a quitté le pouvoir les mains nettes. Et par contre il a collaboré à une entreprise dont les Girondins étaient incapables : l'édification d’un gouvernement fort qui a sauvé la France de l’anarchie, qui a maintenu l'intégrité du territoire que les royalistes voulaient livrer à l'étranger.
Surtout Jeanbon Saint-André s’est passionné pour deux nobles tâches : le relèvement de la démocratie et son éducation civique, le relèvement de la puissance navale de la France. Comme Jeanbon, tous les Montagnards voulaient la démocratie forte, instruile et consciente de sa dignité et de ses devoirs pour que vécût la République démocratique : mais Jeanbon fut d’abord presque seul à vouloir la France maîtresse sur les mers par une marine puissante et victorieuse. Et il lui fallut une énergie, une ténacité prodigieuses pour intéresser à nos floltes et à la grandeur maritime de la République le Comité de Salut public, le parti montagnard dans la Convention, les démocrates dans tout le pays, car tous étaient exclusivement
1. Réponse de Barère, Billaud, Collot et Vadier aux imputations de Laurent Le Cointre. Révolution française, t. XX XIV, p. 275.
préoccupés, comme les généralions de l’ancien régime, des destinées de la patrie sur le continent et des triomphes de nos armées. Tous les partis, {ous les hommes politiques ont été impitoyables au cours de la crise révolutionnaire, tous ont eu recours dans certains cas à des moyens détestables. Il reste au parti montagnard et à Saiïnt- André le mérite de s’être montrés seuls dignes du pouvoir, et d’avoir eu pour la démocratie, pour la patrie, de maguifiques et légitimes ambitions. 2 |
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