‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 844 sur 889 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Jeanbon Saint-André consul à Alger. — Jeanbon consul à Smyrne, puis prisonnier des Turcs à Kerasonde du 11 prairial an VI au 28 fructidor an IX (30 mai 1798, 14 septembre 1801). — Jeanbon nommé par Bonaparte commissaire-général dans les quatre départements de la rive gauche du Rhin (11 frimaire an X, 1° décembre 1801), puis préfet du Mont Tonnerre (1‘* vendémiaire an XI, 22 septembre 1802). L'ancien conventionnel subsiste dans le fonctionnaire impérial bientôt anobli. — Jeanbon et les fautes de Napoléon en 1813, sa promenade sur le Rhin avec l’Empereur, glorification du Comité de Salut publie devant les courtisans. Le préfet du Mont Tonnerre meurt victime du devoir, 10 décembre 1813. — Regrets qu'il laisse dans son département.

Ce chapitre n’est en quelque sorte qu’un épilogue. Nous aurions pu arrêter aux pages qui précèdent l’étude du conventionnel Jeanbon Saint-André. Jeanbon désormais n’est qu’un fonctionnaire au service de gouvernements qui s’écartent de plus en plus du régime républicain : consul général du Directoire à Alger, puis à Smyrre, il meurt préfet de Napoléon à Mayence. Parmi les affaires diplomatiques et commerciales, puis administratives, qui absorbent son activité, beaucoup n’ont avec ses précédentes occupations qu’un lointain rapport, la plupart sont trop importantes et trop complexes pour ne pas réclamer un examen particulier, et nous en ferons l’objet d’un travail ultérieur. Mais on peut se demander si, en renonçant à la vie politique, Jeanbon a oublié les idées pour lesquelles il s'était passionné, s’il a renié les actes de son passé révolutionnaire, si en un mot, dans le consul du Directoire, dans le préfet de l'Empire, on ne retrouve point le Représentant du Peuple, membre de la Montagne et du Camité de Salut public de lan II.

La mission dont Jeanbon était chargé à Alger rappelait par certains points celle dont le Comité de Salut public l'avait investi à Toulon, elle en était même la continuation. Durant son séjour au Port la Montagne, Jeanbon avait dû approvisionner de blés les départements du Midi ainsi que la marine, d'accord avec ses collègues présents dans cette région. C’est à la Régence d’Alger qu’il s'était adressé par l'intermédiaire de l’Agence d'Afrique, la compagnie

commerciale qui sous l’ancien régime possédait le monopole des échanges entre l'Algérie et la France. Il avait donc mis à la dispo-

sition de l'Agence des frégates de Toulon, il avait surveillé ses

opérations. Maintenant, consul à Alger, il lui fallait maintenir à l'Agence la faveur du Dey pour assurer le ravitaillement de nos départements méridionaux. Au Port la Montagne, Jeanbon aurait voulu organiser une flotte capable de chasser l'Anglais de la Méditerranée, il avait échoué, mais à l’heure présente l'Espagne s'était réconciliée avec la France, elle allait même s’unir à nous, et d’autre part Bonaparte nous conquérait l'Italie : que le Dey d’Alger rompit avec les Anglais, et pour ceux-ci la position ne serait plus tenable sur une mer entourée d’ennemis. On pouvait tout au moins demander au Dey de fermer ses ports aux prises anglaises et de les ouvrir aux nôtres, de refuser aux Anglais toutes facilités pour s’approvisionner dans les rades barbaresques, et de libérer les matelots français capturés par les corsaires algériens à bord de bâtiments neutres, ce serait encore pour Jeanbon travailler à la ruine de la marine anglaise !. ; ; Pour approvisionner la France des blés de la Régence et jeter la discorde entre le Dey et le gouvernement de Pitt, Jeanbon déploya la même ténacité, la même habileté que nous avons constatée au cours de ses missions. Il lui fallait agir sur un souverain barbare et ignorant, méfiant et capricieux, assiégé par les intrigues des consuls anglais, américain, suédois, etc., ou par les menées intéressées de louches mercantis, notamment les trafiquants juifs Bacri et Busnach. Tout à la fois hautain et craintif, ayant conscience de sa faiblesse réelle et voulant en imposer aux infidèles, le Dey Hassan redoutait également l’Angleterre maîtresse des mers avec ses deux cents vaisseaux et la France dont les armées triomphaient sur le continent. Hassan se rappelait, et son entourage avec lui, la leçon infiigée aux Algériens par Du Quesne, on se répétait à Alger une prophétie d’après laquelle la France un jour devait s'emparer de l’AIgérie ?, et le Dey se disait que la République pourrait bien sous peu déployer sur les mers le mêmé victorieux effort qui avait brisé sur terre la coalition de ses ennemis. En outre, sur l'esprit du Dey venaient influer tour à tour les nouvelles les plus contradictoires, nouvelles amplifiées, dénaturées, travesties par la malveillance, sur ce qui se

1. Pour toute l’histoire du consulat de Jéanbon à Alger, nous renvoyons au carton ?4 de la série AFm, Arch. nat., à une lettre de Jeanbon du 2? germinal an V au ministre de France en Espagne (Arch. commun. Tours), dont nous devons la communication à M. Dumas, professeur d'histoire à l’Université de Toulouse, et à un Mémoire de Jeanbon au ministre de la marine, Mayence, 8 thermidor an X, sur la Régence d'Alger (Correspondance de Napoléon avec le ministre de la marine, Paris, 1837, 2 vol. in-8&, t. 1, pp. 832-273). Nous devons bien des remerciments à M. le D" Tollin, pasteur de l’église protestante française de Magdebourg, à M. le Dr Bonin à Mayence et à M. le D' Bæckenheimer, landgerichtsdirecktor à Mayence, pour tous les renseignements qu’ils ont bien voulu nous communiquer sur le séjour de Jeanhon dans cette ville.

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