SON RÔLE A ALGER
passait en Europe. Et dans ce caractère d'homme primitif et compliqué les impressions trèsivives, très éphémères aussi se traduisaient par des accès de colère où de confiance très subits et très imprévus.
La situation à l’ârrivée de Jeanbon était difficile : la flotte française de la Méditerranée ne se hasardaïit plus au large, et pour se rendre à son poste le nouveau consul dut passer par Madrid et Carthagène et emprunter le secours d’un bâtiment espagnol !, ce quin ’augmenta pas le prestige de la France parmi les Algériens. Le Dey avait alors pour créature Meifrund, un des chefs du mouvement royaliste de 1793 à Toulon, émigré dans la Régence ?, et qui s’avisait de faire réclamer par son protecteur. les biens que la République lui avait confisqués. Le prédécesseur de Jeanbon, parent de Meifrund, avait favorisé les réclamations de ce dernier, et endetté la France à Alger de telle facon que notre crédit y était très en péril. Enfin, si Hassan fut flatté que le Directoire eût désigné pour le consulat d'Alger un des
membres de l’ancien gouvernement, les négociants français furent
effarés de la nomination d’un terroriste et le crurent envoyé pour les rançonner.
Jeanbon triompha de tous les obstacles, avec l’aide d’Herculais, envoyé extraordinaire de la République, naguère homme de confiance de Niou *, mais au patriotisme et à l’adresse duquel le nouveau consul rendit pleinement hommage. Dès son entrée à Alger, le 14 prairial an IV (2 juin 1796), Jeanbon parvint à s'imposer. Il ruina l'influence de Meifrund, avança tout ce qu'il possédait personnellement pour payer les dettes de son prédécesseur, et, privé bientôt du concours d’'Herculais dont la mission était toute temporaire, il garda la situation qu’il avait conquise.
Il eut encore bien des traverses à subir. La défaite de la flotte espagnole par les Anglais au cap Saint-Vincent, le 26 pluviôse an V, l'échec de la première expédition d'Irlande en nivôse de la même année, la résistance des Autrichiens dans Mantoue se traduisirent de suite à Alger par une disgrâce du consul de France. Et, par surcroît, Saint-André vécut au milieu des ravages de la peste, il vit se soulever contre lui, à l’instigation du clergé franc, les esclaves français qui se plaignaient de n'être point rachetés assez vite. Son énergie, son sang-froid, la nouvelle du traité de Campo-Formio en imposèrent au Dey. Encore après le coup d'Etat du 18 fructidor, Jeanbon dut expliquer à Hassan « que tout cela n’était qu’une querelle de famille dont le résultat. avait été l'expulsion de quelques individus qui ne
voulaient pas se soumettre aux lois ». Sur le continent, on le savait
tellement en danger qu’en floréal an VI (avril-mai 1798), le bruit courut que le Dey l'avait fait décapiter, et que cette nouvelle ne