Nicolas, op. cil., p
2. Nicolas, est ici contredit par la lettre du ministre à Jeanbon du 3° jour. complémentaire de l'an X (F1e 43) et par les événements précédents : le régime d’exception sous lequel étaient placés les quatre départements prenait fin naturellement, la domination française y étant affermie.
3. Noter que Napoléon utilisa la plume de Barère qui, par ses ordres, poursuivit contre l'Angleterre la campagne d’invectives du Comité de Salut publie montagnard et les revendications des révolutionnaires en faveur de la liberté des mers.
révolutionnaire. Son papier était timbré d’une femme appuyée sur une ancre, cette ancre se retrouve dans ses armoiries, le portrait qu’il fit faire de lui-même dans cette dernière période de sa vie, le représente tenant à la main un manuscrit sur lequel se trouvent ces mots : « organisation de la marine française t »
Dans le détail même de son action, l’on retrouve la mélhode de travail et les procédés d'administration de son passé. Où qu'il fût, quoi qu'il fit, on l’avail toujours vu tout entier acquis à sa tâche. En qualité de commissaire général dans les quatre départements de la rive gauche du Rhin, c’est-à-dire Roër, Rhin et Moselle, Sarre, Mont Tonnerre, puis comme préfet du Mont Tonnerre ?, il combla les vœux de ses administrés et du gouvernement.
Jeanbon avait affaire à des populations toutes allemandes d’origine, de langue et de mœurs, qui avant la Révolution appartenaient à des principautés différentes et étaient régies par des coutumes très diverses datant du moyen âge. Pénétrées de patriotisme local, de particularisme, ces populations avaient été réunies brusquement à - la France, soumises à une centralisation et à des lois qu’elles ne comprenaient point, appauvries par l’exode sur la rive droite du Rhin de la noblesse germanique et des souverains dépossédés par la France *. De plus, ruinées par la guerre de 1792 à 1797, elles avaient reçu du Directoire et du Consulat comme fonctionnaires et administrateurs tous les individus tarés ou incapables dont on ne voulait plus en France. Les quelques hommes recommandables qu’on leur avait envoyés par mégarde s'étaient succédés avec une rapidité qui les avait empêchés de faire le bien. Lakanal avait été remplacé comme commissaire général par Dubois du Baiïs; à celui-ci avait succédé Shée, un ex-colonel d’origine anglaise et fort nul. Lui-même céda la place au conseiller d'Etat Jollivet, caractère fiscal, dur et sec, âme vile qui, plus tard, ne pardonna pas à Jeanbon d’avoir hérité de sa situation *. Sous ce régime les employés de l'Etat exploitaient à
1. Ftb uw. Mont-Tonnerre, voy. dans l’Introduction la liste des portraits de Jeanbon.
2. Roër chef-lieu Aix-la-Chapelle, Rhin-et-Moselle chef-lieu Coblentz, Sarre cheflieu Trêves, Mont-Tonnerre chef-lieu Mayence. Ce dernier département peuplé de 382,000 h. en fructidor an X, de 342,316 d’après l’'Almanach Impérial de 1810, p. 396, avait été formé d’une partie de l’électoral de Mayence et du Palatinat, des évêchés de Worms et de Spire, des duchés de Deux-Ponts, il comprenait quatre arrondissements : Mayence, Deux-Ponts, Kaiserslautern et Spire.
3. Voy. Oudiette, Dictionnaire géographique et topographique des treize départements de la Belgique et de la rive gauche du Rhin, Paris, an XIII, in-8. Dr. Bœckenheimer, Histoire de la ville de Mayence sous la seconde domination française, et Histoire de lu ville de Mayence en 1813 et 181%, 3e édit. Mayence, 1896 (en allemand). Correspondance de Jeanbon avec le ministre (F1b 11 et Fic ur, Mont- Tonnerre surtout, Arch. nat.). Souvenirs de Puymaigre, etc.
4. Lakanal (Joseph), né à Serres, Ariège, le 14 juillet 1762, oratorien, vicaire de l'évêque constitutionnel de Pamiers, député de l’Ariège à la Convention, député aux Cing-Cents, membre de l’Institut, professeur d'école centrale sous le Consulat après son passage dans les quatre départements de la rive gauche du Rhin, économe du lycée Bonaparte, inspecteur général des poids et mesures, sous la Restauration fut président de l’Université de la Nouvelle Orléans aux Etats-Unis, revint en France vers 1833, mourut à Paris le 14 février 1845 (Dictionnaire des Parlementaires).
leur aise les indigènes, ceux-ci, d’ailleurs très bornés et portant le poids de longs siècles d’ignorance, persistaient dans leur attachement à leurs anciens maitres, dans leur antipathie pour la France. Le tableau que M. Lanzac de Laborie trace de la Belgique sous la domination de la France ‘ est aussi vrai des départements de la rive gauche du Rhin, et du Mont-Tonnerre en particulier. Assimiler de pareilles populations, leur faire comprendre les avantages de la domination française et des lois de la Révolution, les réconcilier avec leur nouvelle patrie n’était donc point chose aisée. En outre, Mayence servant dans toutes les-campagnes de l'Empire à la concentration des troupes de deuxième ligne et recevant le quartier-général de l’armée de réserve, le représentant du gouvernement y avait en quelque sorte le rôle et les attributions d’un grand administrateur militaire ?. Jeanbon se montra tout à la fois énergique et souple. Les habitanis étaient effrayés de sa nomination autant que jadis les négociants français de son arrivée à Alger, le nom d’un ancien membre
du Comilé de Salut public ne leur disait rien de bon. Saint-André
commença par élargir de pauvres diables emprisonnés par Jollivet pour contrebande, et par débarrasser le pays du fameux bandit Schinderhannes ?. Il-se garda d’agir suivant des théories préconcues. Il s’excusait de se guider « bien plus par l'amour de la justice et l'instinct du devoir que par la connaissance des principes sur lesquels nos grands maîtres ont établi l’art si difficile de l’administration publique “ », mais il n’en gouvernait pas plus mal, au contraire. Des procédés employés par les anciens souverains il conserva tout ce qui était à l'avantage des populations et de l’État, il évita de heurter les vieux usages et les sentiments. Il voulait être aimé des habitants du Mont-Tonnerre sans rien leur abandonner des prérogalives et des droits de l'Etat. Il leur demandait tous les sacrifices nécessaires au bien général de l’Empire, mais il s’efforçait de les leur alléger dans la mesure du possible. « Lorsque je suis au milieu de vous, disait-il aux Mayençais, je me trouve heureux, j'y suis avec des amis 5. » Sans aucune susceptibilité il acceptait tous les concours, et, ainsi qu’à
Dubois du Bais (Louis Thibault), né à Cambremer en 1743, capitaine de cavalerie dans la Maison du Roi, député du Calvados à la Législative et à la Convention, membre des Cinq-Cents puis des Anciens, sénateur en 1799, comte de l’Empire, proscrit en 1816, mort en 1834 (Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. INT, p. 214). Sur eux, sur Shée et Jollivet, voy. Bœckenheimer, Mayence sous la domination française, pp. 99-102. Jollivet Jean-Baptiste Moïse, né dans l'Yonne, avocat et notaire, député de Seine-et-Marne à la Législative, employé dans les finances sous la Convention et le Directoire, appelé au Conseil d'Etat par Bonaparte, ministre du royaume de Westphalie et comte de l'Empire, rentré daus la vie privée en 1815 (Dictionnaire des Purlementäires).
1. La domination française en Belgique, 1895, 2 v. in-8, Paris.
2. Voy. Correspondance de Napoléon, surtout t. XVIII, XXI, XXIV, XXV,XX VI.