Nicolas, op. cit., p
4. Discours à la Société des Sciences et Arts du 16 germinal an XII.
5. Oraison funèbre de Jeanbon, manuscrit (collection Em. Forestié) envoyée au frère de Jeanbon par son auteur, Mayence, ? juin 1817, avec notes à la suite sur les regrets laissés par Jeanhon.
Brest et Toulon, il se proposait de « transporter dans l'administration les idées utiles, les améliorations heureuses, les découvertes importantes de la science ». Dans toutes les affaires, Beugnot le constate après Napoléon, Jeanbon mettait toute sa conscience !, dans tous ses rapports une clarté et une logique de premier ordre.
Toujours en quête de réformes et de perfectionnements, il multi- -pliait dans son ressort les tournées d'inspection suivies de lettres au ministre, lettres sobres, précises, écrites entièrement de sa main, el dont chacune présentait des idées neuves, des vues intéressantes sur les moyens de mettre en valeur les ressources du pays. Infatigable, il dirigeait lui-même des battues dans les forêts domaniales pour relever les délits de police forestière. Il forçait les communes à contribuer aux dépenses d'ordre général, sans se laisser émouvoir par « les criailleries des égoïsmes et intérêts particuliers ». Les paysans de plusieurs villages s’opposaient au dessèchement des marais, Jeanbon fit emprisonner les plus mutins, puis alla lui-même « causer avec les habitants el les éclairer sur leurs véritables intérêts ? ». Dur à ses subordonnés comme à lui-même, il reprochait sévèrement au sous-préfet de Deux-Ponts la malpropreté de cette ville et terminait par ces mots : « que j’emporte en partant la certitude que ces abus vont être réprimés et qu’ils ne se renouvelleront plus à l'avenir ». Au même, à propos d'une autre affaire, il disait : « il est extrêmement urgent, Monsieur, de sortir de l’état d'inertie où sont plongés les fonctionnaires de votre arrondissement ». Par contre, il couvrait résolument les agents consciencieux comme ce sous-préfet de Spire qui avait déclaré : « Si l’on ne met un frein à la morgue de messieurs du fisc, je ne sais pas quel est l’honnête homme qui voudra être maire ÿ, » Parfois brusque et autoritaire, il ne détestait pas cependant, comme dans sa mission à Brest, qu’on lui fit entendre raison quand il se trompait, et il félicitait alors ses contradicteurs de leur courage. Puymaigre en fit l'expérience : employé dans les droits réunis et victime d’imputations calomnieuses, il s'était justifié sur un ton assez raiileur, averti de l'incident et d’abord prévenu contre Puymaigre, Jeanbon dit, après avoir lu son plaidoyer : « ce jeune homme s’est défendu avec esprit, je véux le voir » et il l’aceueillit fort bien ‘*. Consul à Alger, Saint-André avait stigmatisé les trafics des juifs de la Régence, préfet du Mont-Tonnerre, il rendait hautement témoignage de l’honorabilité des israélites de son département dont l'initiative établissait des fabriques, dont l’activité se tournait aussi vers l’agriculture, dont beaucoup « méritaient d’être comptés parmi les citoyens les plus utiles et les plus éclairés 5 ».
Jeanbon fut donc l'administrateur modèle. Napoléon l’appelait en
. Mémoïres-de Beugnot, t. U,.p. 7.
. Ft x Mont-Torinerre, Ficm1 Mont-Tonnerre.
. Fier, Fib x, Mont-Tonnerre.
. Souvenirs, pp: 122-127.
. Fic rx Mont-Tonnerre.
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PART PRO U Te DEVRA TE NN
riant « l’avocat de son département », et à chacun de ses passages à Mayence l'Empereur s’entretenait longuement avec le préfet, lui demandait mille renseignements et avis ‘. La plupart des monuments et établissements d’atilité publique qui rappellent encore dans ce pays notre domination trop éphémère, et qui méritèrent aux Français de la part des habitants le surnom de : « nouveaux Romains », notamment cette route du Rhin qui fut appeiée : « la route de Charlemagne », sont dus à l'initiative ou ont élé édifiés avec la collaboration du préfet du Mont-Tonnerre ?. Comme à Brest, comme à Toulon, Jeanbon sur la rive gauche du Rhin a fait œuvre de grand administrateur, et par une ironie du sort, c’est là seulement, sur cette terre redevenue étrangère, que ses {travaux ont subsisté.
L’ homme lui-même était resté physiquement et intellectuellemen t tel qu'autrefois, bien qu’un peu tassé par l’âge * : « Qu'on se figure, dit Puymaigre, une tête étincelante d'esprit et de malice diabolique, avec le rire et l'expression sardonique de Vollaire, couronnée de
cheveux blancs flottant sur le cou. » IlL.se montrait toujours railleur,
absolu et tranchant dans sa conversation, il conservait « le trait acéré, une spécialité énergique dans les mots qu’il employait », et le goût des citations bibliques. On admirait son «extrême facilité de travail el de conception * ». Et son cabinet rappelait l'ameublement des bureaux du Comité de Salut public en l’an IT : une table de sapin, six chaises de bois et la lampe devant laquelle il passait souvent des nuits à travailler. Aucun luxe dans son hôtel, aucune recherche à sa table. « Sa frugalité et sa laboriosité toute républicaine » faisaient l’étonnement des grands personnages en visite ou en résidence dans le chef-lieu du Mont-Tonnerre *.
On voit qu'en dépit de ses armoiries, de son titre de baron de l'Empire et de membre de la Légion d'honneur, le préfet du Mont- Tonnerre élait demeuré digne de l’ancien conventionnel. Il vécut ainsi durant onze ans, libre de faire le bien dans son ressort et entouré d’égards. Il n’avait plus guère de rapports avec Montauban où subsistaient vivaces dans la haute société les sentiments royalistes, où Napoléon avait nommé comme évêque, dans la personne de M. Brumeauit de Beauregard, un prêtre complice de l'insurrection vendéenne et de l'expédition de Quiberon ‘, et où vieillissait sa femme dans la maison paternelle. Jeanbon ne paraît être revenu à Montau-
1. Fié x11 Mont-Tonnerre. Sur les séjours de Napoléon à Mayence, voy. sa Correspondance. l/Empereur avait un hôtel à Mayence (ibid, t. XXV, p. 519).
2. Voy., outre les ouvrages déjà cités sur Mayence à cette époque, Beugnot, Mémoires, t. IL, et Napoléon et les Mayençais par Pierre-Victor Lerebours. Paris, 1858, in-18.
3. Voy. dans Bœckenheimer, Mayence en 1813, le portrait de Jeanbon sur ses vieux jours, en costume de préfet.
4. Puymaigre, op. cit., pp. 122-127. — Boœckenheimer, Mayence en 1818, p. 101, et l'Oraison funèbre de Jeanbon.