Mémoires de Beugnot, t. IT, p
3. Mémoires d’une Inconnue, 1780-1816. Paris, 1894, 1 vol. in-8°. Saliceti aurait dit à Mue Cavaignac : « Napoléon marchait quelquefois en avant, mais nous étions seuls, absolument seuls. Dix fois me vint la pensée de le jeter à la mer ; un coup de poing et le monde écait changé » (p. 260).
héros, quoique le récit de Beugnot soit confirmé par un Mayençais contemporain des événements ‘, et bien que les Mémoires de Mme Cavaignac, très postérieurs à ceux de Beugnot et souvent peu exacts, paraissent en tout ce qui concerne Saliceti directement inspirés du portrait de Jeanbon que trace Beugnot ?. Mais Beugnot raconte à la suite une scène demeurée célèbre el qu n’a point été attribuée à d’autres qu’à Saint-André.
Au retour de la promenade sur lo en le préfet et Beugnot avaient été invités à diner par l'Empereur. « Nous parvenons, dit Beagnot, au salon de service peuplé de chambellans, d’aidesde-camp, d'officiers d'ordonnance, de secrétaires distingués entre eux par des habits plus ou moins riches, et d’une élégance recherchée.....…. Le vieux conventionnel faisait tache au milieu du
tableau avec son costume de préfet le plus modesle possible et
déjà supporté, et le reste de son habillement en noir, y compris là cravate. Il paraît qu’il avait éprouvé plus d’une fois à ce sujel les aimables moqueries de la bande dorée ; car, ce jour-là, on avait l'air de reprendre avec lui le discours interrompu de la veille. M. Jeanbon laissa ces Messieurs épuiser tous les traits qu’ils portaient dans leurs carquois dorés, puis il leur répondit avec un sang-froid qui ajoutait à la puissance du discours : « J'admire, en vérité, que «vous ayez le courage de vous occuper de mon costume el de la « couleur de mes bas, le jour où je dois dîner avec l'Empereur et « l'impératrice. Vous ne me dites pas tout, vous êtes scandalisés de «me voir appelé à un pareil dîner, et je n'aurai pas sitôt tourné le « dos que vous direz : en vérité, on ne conçoit pas l'Empereur de « faire diner avec l’Impératrice, la nouvelle Impératrice, un conven- « tionnel, un votant, un collègue de Robespierre au Comité de Sa- «lut public et qui pue le jacobin une lieue à la ronde. — Eh! « Monsieur Jeanbon, comment nous placer dans la bouche de pareilles « soltises. Nous vous respectons trop pour jamais nous permettre. « — Point du tout, Messieurs, ce ne sont pas là des sottises, mais de « pures vérités. J'avoue tout cela. L'Europe était alors conjurée contre « la France, comme elle l’est aujourd’hui. Elle voulait nous écraser « de toutes les forces morales et matérielles de l’ancienne civilisa- « tion. Elle avait tracé autour de nous un cercle de fer. Déjà la tra- « hison lui avait livré des villes notables, elle s’avançait. Eh bien!
« les rois en ont eu le démenti, nous avons dégagé le territoire, et
« reporté chez eux la guerre d’invasion qu'ils avaient commencée « chez nous ; nous leur avons enlevé la Belgique et la rive gauche du « Rhin que nous avons réunies à cette même France dont ils avaient, « au début de la guerre, arrêté le partage. Nous avons porté au loin «notre prépondérance et forcé ces mêmes.rois à venir humblement « nous demander la paix. Savez-vous quel gouvernement a obtenu
1. Le docteur A. K.-W. Crome, d'après Bœckenheimer, Mayence en 1813, p. 42, note 1.