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exclusivement les membres de. la prochaine législature , et qui, jouissant à la fois de ce privilège et de celui dela richesse, prenaient tout à fait l'esprit de caste reproché naguère aux nobles, les bourgeois ne pouvaient admettre les idées de notre pasteur sur l'égalité
naturelle des hommes et la vanité des distinctions de fortune, du jour où ces idées ne restaient plus à l’état de spéculation pure. Ils virent :
leur prépondérance dans les administrations, le club, et les élections très menacée, et ils accusèrent Jéanbon de visées ambitieuses ? ;
d’après eux, il se désignait évidemment comme l’homme de mérite.
qui, par la faute de sa pauvrelé, n’attirait pas les regards.
Jeanbon, nous l'avons vu, n’était pas absolument pauvre, toutefois il ne comptait certainement pas parmi les riches de Montauban. Quant à ses visées ambitieuses, elles étaient très réelles, car nous le
verrons sous peu faire acte de candidature à l’Assemblée législative.
Pourtant, il y avait, pensons-nous, chez lui, avec des ambitions égoisles, un attachement sincère aux idées démocratiques. Il y avait aussi l'intelligence de la situation politique : étant à Castres il avait dit que le peuple toujours dupe ne choisissait comme mandataires que des ignorants et des brouillons, et il avait proposé de réserver l'élection des administrateurs de la communauté à la bourgeoisie plus éclairée, plus réfléchie, c’est qu’alors on se trouvait dans une période de paix où l’audace etla passion étaient moins de mise que la modération et le sang-froid; au milieu des troubles du temps présen!{, Jeanbon professait que le protestantisme menacé par la réaction n'avait de salut que dans l’accentuation du mouvement révolutionnaire $, il devait par suite considérer que la timidité des bourgeois élait plus compromettante que l'audace populaire, et que l'heure n’était plus aux opinions modérées, en se ralliant ainsi au peuple dans une période de crise, il était bien dans la tradition des ministres d’antan, de ce Michel Béraud par exemple qui, au
xvir* siècle, ameutait le peuple de Montauban, et les partisans de la
guerre à la royauté, contre la pusillanimité de la classe moyenne ‘ ; peut-être aussi se souvenait-il que lors de l’insurrection des Camisards les paysans des Cévennes avaient tenu tête aux troupes royales pendant que les bourgeois se terraient dans les villes ÿ. Que ce fût par am-
1. Voy. la note 4 de la page précédente. Tous les pauvres sont citoyens passifs, et il faut avoir une belle aisance pour être éligible.
2. Voy. la suite du récit. L'adresse de la Société populaire à la Convention, 24 prairial an II, dira, « après avoir employé les moyens les plus vils et les plus hypocrites pour usurper une popularité extrême, il fut nommé président de la Société populaire ». __ 8. Lettre de Bordeaux au Consistoire, 7 octobre 1790, déjà citée ; lettre de Paris, 15 mai 1792 au même.
4. Nicolas, Hist. de l’ancienné Académie protestante de Montauban, p.82.
5. Cf. Ant. Court à Paul Rabaut : « L'Eglise n’a eu dans ses grandes épreuves de fidèles constamment attachés que ceux qui n'étaient ni des sages, ni des nobles, ni des puissants selon le monde » (cité dans Mary-Lafon, Histoire d’une ville protestante, Paris, 1862, in-8, p. 248, note 2). Pierre Sers, l’ami de Jeanbon à Bordeaux, a la même attitude dans cette ville (Mémoire pour P. Sers adressé à Jeanbon en l’an III déjà cité. Bernadou, Tablettes contemporaines, t. IV, p. 114 du manuscrit Bibl. commun.