‹ Le Conventionnel PhilippeauxChapitre 10 sur 78 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

sont d’une incontestable actualité. Nous n'avons donc pas à craindre que le laps de temps écoulé entre les événe-. ments et le moment où il en parle lui ait fait perdre le souvenir exact de ce qui s’est passé (1).

II. Mais l’exactitude matérielle ne suffit pas. Nous devons aussi nous préoccuper de la vérité morale, psychologique, de la sincérité de l’auteur, de la véracité de ses témoignages. Ici, deux cas se présentent :

a) ou bien les renseignements donnés par Philippeaux peuvent-être contrôlés à l’aide de documents émanés de témoins autres que lui;

b) ou ils ne peuvent pas l’être.

Examinons successivement ces deux cas.

a) Dans le premier cas, les assertions de Philippeaux sont, ou confirmées, ou contredites par les documents qui ne proviennent pas de lui.

Souvent elles ont été confirmées; par exemple : le compte rendu qu’il donne dans son journal de certaines séances de la Société populaire du Mans se trouve vérifié par le procès-verbal de ces séances.

Son récit des élections à la Convention, dans le Défenseur de la Vérité, est d'accord avec le procès-verbal officiel de l’Assemblée électorale.

Nous consacrons un chapitre spécial à contrôler ses critiques et ses éloges, dans la guerre de Vendée, par les assertions des autres acteurs de ce drame, même de ses adversaires ; nous arrivons à cette conclusion : que tout

(4) Nous voyons cependant, dans une circonstance, qu'une semaine suffit pour altérer certains souvenirs. Dans le numéro de son journal du 2 août 1792, Philippeaux rapporte, comme s'étant passés à la Société populaire du Mans, dans la seule séance du 29 juillet, des faits (se rapportant, il est vrai, à un objet unique) qui se sont passés dans les trois séances des 25, 27 et 29 juillet. C’est, du reste, la seule inexactitude qu'on relève dans son récit, dont le fond est confirmé par un autre document, les procès-verbaux de ces séances. V. p. 72.

INTRODUCTION XV ce qu'il a dit, soit pour louer, soit pour blâmer, d’autres que lui l’ont dit.

= Son récit du diner Valframbert et celui qu’en à fait Vilain d'Aubigny ne diffèrent que par leurs appréciations sur Hébert et Vincent, dont celui-ci est l'ami et Philippeaux, l'adversaire ; mais l’exposé des faits est le même dans les deux.

Mais quand les assertions de Philippeaux sont contredites par d’autres témoins contemporains, qui devons-nous croire ?

En ce cas, nous refusons notre confiance à ses adversaires :

1° Quand nous apercevons dans leur témoignage des erreurs manifestes, incontestables.

Quand, par exemple, nous voyons, dans le rapport de Collot d'Herbois aux Jacobins, cette affirmation : Philippeaux n’a jamais rien dit de Biron; — comme nous avons les passages de son Compte rendu et ses lettres au Comité de salut public où il parle de Biron, cette erreur — ou ce mensonge — de Collot d’Herbois nous met en garde contre lui.

Lorsque nous voyons, dans le rapport de Choudieu à la Convention, cette affirmation : Philippeaux n’a dit que du bien de Biron; — comme nous avons le passage de son Compte rendu. où il déclare que le Comité de salut public « a bien fait » de destituer ce général, la fausseté de l’affirmation de Choudieu nous apparaît immédiatement.

Quand Levasseur accuse Philippeaux d’avoir, dans le procès de Louis XVI, voté en faveur de l’appel au peuple, — comme il suffit de lire, dans les documents imprimés, officiels, le vote de Philippeaux pour voir qu'il vota contre, cette erreur, ou ce mensonge de Levasseur

nous inspire la méfiance des attaques auxquelles il s’est

XVI INTRODUCTION livré contre Philippeaux, et qui lui sont inspirées par la haine.

2 Quand nous apercevons, dans ces témoignages, des contradictions flagrantes. Exemples :

Choudieu disant que Philippeaux n’a jamais parlé de Biron, puis, un peu plus loin, que Philippeaux n’a dit que du bien de Biron;

Choudieu affirmant que, pendant sa mission, Philippeaux n’est pas sorti de Nantes, alors qu'il vient de dire que Philippeaux n’a vu le pays entre Tours et Nantes que par les portières d’un carosse;

Choudieu disant encore que Tuncq, protégé par Philippeaux, était, un an auparavant, un des plus fermes soutiens de la royauté, — quand nous voyons que, un an auparavant, Choudieu décernait à Tuncq un brevet de civisme, attestait que Tuncq avait pris, le 10 août, une part des plus considérables à la chute de la royauté (1).

9° Quand le contradicteur, affirmant le contraire de ce que dit Philippeaux, n’a pas été témoin du fait dont il parle, et n'apporte aucun témoignage en sa faveur. C’est encore le cas de Choudieu.

Il nie avec énergie que Philippeaux ait assisté à l’attaque des Ponts-de-Cé; mais Choudieu n’y était pas lui-même — ceci est certain. — Que vaut alors son témoignage ?

Il nie que Rossignol ait donné à Chalbos, en septembre 1795, l'ordre de recul qui fut si fatal aux armes républicaines ; mais il n'apporte aucune preuve à l’appui de son dire.

4 Quand le contradicteur fait preuve d’une mauvaise foi évidente.

(1) Nous ne faisons ici que donner quelques exemples des erreurs manifestes ou des contradictions flagrantes. Nous en trouverons bien d’autres; nous les signalerons à mesure que nous les rencontrerons, au cours de notre récit.

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