INTRODUCTION XIII
graphie. C’est surtout par ce qu'il nous dit de lui que nous sommes renseignés sur lui. Or, quand on est renseigné sur un homme par ce qu’il nous dit de lui-même, on doit commencer par se demander s’il a dit en tout la vérité, s’il n’a pas eu des motifs de la cacher ou de l’altérer. Nous devons donc, en ce qui concerne nos sources sur Philippeaux, en discuter : 1° l'exactitude matérielle; 2° l’exactitude morale, c’est-à-dire la sincérité.
[. Il est une remarque qui s'impose dès l’abord : c’est que ces documents émanés de Philippeaux sont très contemporains des faits qu'ils relatent. Des mémoires écrits après coup, un certain temps (quelquefois un temps assez long) après les événements, n’inspirent pas tant de confiance que des écrits rédigés au moment où vient de se passer l'événement qu’ils racontent. Avec des mémoires de ce genre, on peut toujours se demander si les souvenirs de l’auteur sont fidèles, s’il n’a pas oublié certains faits qui en éclaireraient d’autres ou leur donneraient un autre aspect, et surtout si, sous l'influence des événements postérieurs à ceux qu'il raconte, ses impressions, ses sentiments n’ont pas été modifiés à son insu (1).
Tel n’est pas le caractère des écrits de Philippeaux : sou journal, hebdomadaire, nous met au courant de ses impressions au moment où il les éprouvait; les faits qu'il y rapporte ne sont guère plus vieux que d’une semaine. Pendant sa mission, ses lettres au Comité de salut public sont écrites pour ainsi dire au moment où se passent les événements dont elles sont le récit. Enfin, les différents pamphlets qu'il fit paraître de frimaire à pluviôse an IT
(1) Nous verrons plus loin un curieux exemple de ce travail inconscient de l'esprit, sous l'influence des événements. Certains membres de la Société populaire du Mans, bons républicains en 1794, se figurent à ce moment, — et probablement de très bonne foi, — avoir songé à la République dès 1791. V. pp. 39-42.