INTRODUCTION XIX
3° La haine. La passion politique et les luttes qu’elle entraîne sont un motif d’altérer la vérité. La vie politique de Philippeaux a été une lutte continuelle: il à, dès” les débuts de la Révolution, toujours eu des adversaires à combattre : au Mans, les aristocrates; pendant sa mission et après son retour, les républicains qui n'étaient pas d’accord avec lui, Ronsin, Choudieu, Levasseur. La polémique conduit souvent à la haine de l’adversaire, et des écrits inspirés par la haine sont toujours suspects.
Mais nous ne lui voyons pas de haine contre quiconque n’est pas de son avis (1). Partisan de la Constitution civile du clergé, il est amené à combattre les réfractaires; mais il ne fait point difficulté de proclamer qu’ « il existe réellement des prêtres vertueux et paisibles >» parmi eux. Aux débuts de la Convention, il veut se tenir à l'écart des coteries, rester impartial, pour juger sainement les hommes et les choses ; il n’est niavec Louvet ni avec Robespierre. Sympathique aux Girondins, il rend justice, quand il en a l’occasion aux Montagnards, et décerne des louanges à Barère, à Saint-Just. Ami de Desmoulins, bien avant la Convention, il ne craint pas dele blâmer, de parler de lui en termes sévères. Quand il n’est plus avec les Girondins, il repousse les mesures violentes qui sont demandées contre eux : il parle, le 16 avril 1793, contre la pétition des sections. Deux jours avant, il a, malgré son peu de sympathie pour Marat, voté contre sa mise en accussation, parce qu’on veut juger cette affaire « sans observer aucune forme capable d'éclairer la conscience des votants (2) ». Plus tard, quandil
(1) Il n’a pas été exempt de s'ancune : il n’a pas pardonné au ministre de Joly, qui, en 1792, avait ordonné des poursuites contre le
Défenseur de la Vérité ; mais ce n'est pas de la haine contre un adversaire, née de la divergence des opinions. De Joly n’a eu aueune polémique avec Philippeaux, ce n’est pas un contradicteur dont le témoignage puisse infirmer celui de son adversaire.
(2) « Si j'étais, dit-il, assez vil pour vouloir satisfaire ma vengeance contre Marat aux dépens de la justice, je voterais pour le