LES ÉLECTIONS A LA CONVENTION
Les élections à la Convention eurent lieu, dans la Sarthe, du 2 au 10 septembre, à Saint-Calais (1).
Les opérations s’ouvrirent le dimanche ? ; elles furent précédées d’une messe et d’une procession solennelle (2) ; puis l’assemblée s'établit dans l’église paroissiale, où elle tint ses séances. Elle élut d’abord un bureau provisoire et une commission, composée de deux électeurs par district, pour vérifier les pouvoirs : les électeurs du district du Mans nommèrent Levasseur et Philippeaux. Après la vérification des pouvoirs, on procéda à l’élection du bureau définitif. Philippeaux, qui obtint 114 voix, fut proclamé président; Levasseur, qui en eut 67, fut pris comme secrétaire (3). Philippeaux, « dans un discours plein d'énergie et de patriotisme », témoigna à l’assemblée combien il était sensible à la confiance dont elle l’honorait. Puis il prêta le serment « de maintenir la liberté et
(1) Philippeaux en a donné un compte rendu assez détaillé dans le Défénseur, n° 33, 13 septembre, pp. 259-266 ; il complète sur plusieurs points le procès-verbal officiel (Archives nationales, C 180, pièce 71.)
(2) Mortimer-Ternaux a oublié la Sarthe dans la liste qu'il donne des départements où des messes solennelles précédèrent l'ouverture des séances du corps électoral. {Histoire de la Terreur, Liv. XIV, ch.1x; t. IV, p. 50.)
(1) La Liste de MM. les électeurs du département de la Sarthe, nommés en l'année 1792 pour la formation de la Convention nationale (Le Mans, Pivron, s. d., 16 pp. in-4°) contient 550 noms d'électeurs. Le nombre des Votants, dans l'élection des députés, varia entre 500 et 541; il se tint généralement dans les environs de 530,
l'égalité, ou de mourir en les défendant ». Levasseur et les scrutateurs répétèrent ce serment, et la salle retentit des plus vifs applaudissements. L'assemblée se constitua alors Assemblée électorale du département de la Sarthe. Philippeaux prononça la formule du serment, et tous les électeurs répétèrent : « Je le jure. »
Le mardi matin, commença l'élection des députés. L'Assemblée avait rejeté, comme destructive du principe d’unité, la méthode de les nommer par district, qui avait prévalu dans l’Assemblée précédente. On procéda à l'élection de chaque député successivement, et tous les électeurs prirent part à chacune (1).
Les trois premiers élus furent pris parmi les représentants de la Sarthe à la Législative : c'étaient Richard, François de la Primaudière et Salmon.
Le mercredi matin, on s’occupa d’élire le quatrième député. Le premier tour ne donna aucun résultat. Au second tour, sur 34 votants, Philippeaux obtint 208 voix, Bardou-Boisquetin, membre de la Législative, 118, et le reste des voix se dispersa sur un grand nombre de noms. L'Assemblée, aux termes de la loi, ne devait voter au troisième tour que sur l’un des deux candidats ayant obtenu le plus de voix au second. Ce fut Philippeaux qui obtint la pluralité des voix, sur 530 votants. Il prononça alors un discours de remerciements (2), dans lequel il disait aux électeurs : « Il m’arrivera souvent de me tromper, parce que je suis homme; mais si on me reproche des erreurs, on
(1) On avait également soulevé la question de savoir si on voterait au scrutin suivant les formes constitutionnelles, ou à haute voix. Après une discussion animée, le 3 septembre, la séance fut levée; le lendemain, on avait réfléchi à l'inconvénient du vote à haute voix; l'ancienne forme de scrutin fut conservée, (Défenseur, n° 33, p. 260-261.)
(2) V. à l'Appendice, n° 5, les extraits du procès-verbal qui concernent Philippeaux, et notamment le texte des discours qu'il prononca dans cette assemblée.