‹ Le Conventionnel PhilippeauxChapitre 35 sur 78 · IDÉES PHILOSOPHIQUES ET RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

IDÉES PHILOSOPHIQUES ET RELIGIEUSES

ment, de s'exercer aux actes de bienfaisance et à l’estime de toutes les professions utiles (1) ».

Ces derniers mots nous instruisent sur la morale de Philippeaux : son fondement est l'amour de l'humanité. N'oublions pas qu'il intitula son journal : le Défenseur de la Vérité, où 1’ Aut pu GENRE HUMAIN. S'il n’admet pas les doctrines matérialistes d'Helvétius sur les principes de l’intelligence, « j’ai toujours été, dit-il, son disciple sur la morale et le tendre amour de l'humanité (2) ». Lorsque l'huissier du Tribunal révolutionnaire vint, dans la nuit du 19 au 13 germinal, lui signifier son acte d'accusation, Philippeaux se nourrissait « des réflexions d'Helvétius sur la probité, la gloire et la vertu ». On voit, dans ses différents écrits, qu'il était particulièrement familier avec ce philosophe ; il le cite fréquemment. Ainsi, dans sa Réponse à tous les défenseurs officieux des bourreaux de nos frères dans la Vendée, il compare les principes de Levasseur « à l'esprit de conduite dont parle Helvétius pour caractériser les ambitieux et les valets de la tyrannie (3) ».

Spiritualiste en philosophie, il est déiste en matière religieuse. Il l’a affirmé à plusieurs reprises avec la plus grande netteté. Dans le compte rendu qu’il donne d’une

(1) Projét de législation, et Moyen de faire cesser la misère, p. 16.

(2) Troisième lettre à sa femme.

(3) Réponse, etc., p. 86, note. Il n'est pas inutile d'observer, à ce sujet, que Robespierre ne partageait pas l’admiration de Philippeaux pour Helvétius, qu'il dénonçait, aux Jacobins, comme « un intrigant, un misérable bel-esprit, un être immoral, un des plus cruels persécuteurs de ce bon J.-J. Rousseau ». « Si Helvetius avait existé de nos jours, disait-il encore, n'allez pas croire qu’il eût embrassé la cause de la liberté : il eût augmenté la foule des intrigants beauxesprits qui désolent aujourd’hui la patrie. » (Séance du 5 décembre 1792. — Aulard, la Société des Jacobins, t. IV, p. 550, — Le Culte de la Raison et de l'Etre suprême, p. 261.) Cette divergence de vues entre Robespierre et Philippeaux à propos d'Helvétius ne suffit pas à expliquer la haine dont le premier accablera plus tard le second ; il était toutefois intéressant de la signaler.

séance de la Convention (1), à propos d’une discussion sur l'instruction publique, « Jacob Dupont, dit-il, a souillé un excellent discours par une profession publique d’athéisme, dont la très grande majorité de l’Assemblée a témoigné son indignation. » Et il ajoute : « Sans être fanatique ni cagot, j'ai toujours cru qu'il ne pouvait exister un seul athée de bonne foi, et que quiconque essayait de prêcher cette doctrine pernicieuse était un insensé où un ennemi de l'espèce humaine... Je suis fortement pénétré de l’existence d’un Dieu, père commun des mortels, et je regarderais comme un ennemi de mon bonheur celui qui tenterait de m'ôter cette croyance (2). » Voilà qui est précis.

Son Catéchisme moral et religieux (3) n’est pas moins instructif à ce sujet, En voici les deux premières questions avec leurs réponses :

D. — « Qu'est-ce que Dieu 2

R. — C’est le créateur de l'univers et le père commun des hommes qu'il a créés à son image. Il est infini en bonté, en justice et en puissance. Nous ne pouvons ouvrir les yeux sans être frappés de la grandeur et de la sagesse de ses ouvrages. |

D. — Pourquoi Dieu a-t-il créé les hommes 2

R. — Pour l'aimer, l’adorer, vivre entre eux comme des frères, être bons, charitables et justes à son exemple : et s'assurer le bonheur dans l'exercice de la vertu. »

Ces deux réponses, on le voit, pourraient trouver place dans un catéchisme catholique. Philippeaux va, il est vrai,

(1) Séance du 14 décembre 1792. (V. Moniteur du 16, t. XIV, p. 744.)

(2) Défenseur, n° 46, 29 décembre, p. 482.

(3) Paru dans la première année du Défenseur, n°° 2 et 8, pp. 11 et 17. Repris et développé dans la seconde année, n°* 13 (30 mars 1793), p.201; 14 (6 avril), p. 217; 15 (413 avril), p. 233 et 20 (18 mai), p. 317. Philippeaux le fit paraître en une brochure in-8° de 36 pages, publiée à Nantes pendant sa mission.

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