‹ Le Conventionnel PhilippeauxChapitre 47 sur 78 · PHILIPPEAUX A ANGERS ET AUX PONTS-DE-CÉ · texte numérisé non relu

PHILIPPEAUX A ANGERS ET AUX PONTS-DE-CÉ

Les nouvelles inquiétantes reçues de Nantes nécessitant le départ de Philippeaux pour cette ville, il quitta Tours le 26 juillet. Il fut retenu, au passage de Saumur, de onze heures du soir à trois heures du matin : les volontaires parisiens, de garde au poste de la Croix-Verte, prétendaient que le passe-port de la Convention ne suffisait pas, qu'il fallait une permission de la municipalité. Force lui fut d'attendre que les officiers municipaux, endormis à une

(1) Compte rendu, 2° partie, p. 28.

demi-lieue de là, lui permissent de vaquer à ses devoirs. Il soupçonna cette arrestation de perfidie. Elle lui fut une occasion de faire connaissance avec Ronsin, dont les « formes despotiques » lui déplurent infiniment. Il le trouva « en présence d’une cour nombreuse d’épaulettiers qui environnaient son petit trône ». L’entrevue ne fut rien moins que cordiale. « M. Ronsin, dit Philippeaux, voulut prendre un très haut ton, que je rabattis, et nous nous séparâmes fort mécontents l’un de l’autre (1). »

Ronsin l’avait dissuadé de passer par Angers, les Vendéens s’avançant sur cette ville, après avoir enlevé les Ponts-de-Cé aux républicains. Moins prudent que le.général, Philippeaux se dit que sa présence à Angers pourrait soustraire cette ville au danger dontelle était menacée; il s’y rendit et passa à la barbe des Vendéens qui étaient à deux cents toises.

En arrivant à Angers dans la matinée du 27 juillet, il trouva cette ville dans l’abattement et la consternation. Les boutiques étaient fermées, on parlait d’évacuer la ville. Le payeur de l’armée était déjà parti, le fournisseur des vivres emballait et préparait son départ ; les soldats, découragés par cet appareil autant que par leurs défaites, ne répandaient plus, en fuyant ça et là, que l’épouvante et le désespoir. Par son brûlant patriotisme, par ses mesures promptes et énergiques, Philippeaux sut relever les esprits.

Il fit convoquer avec éclat une séance solennelle des corps civils et militaires. Le ton d'assurance avec lequel il promettait la victoire et l’offre de marcher avec eux aux avant-postes, remontèrent les courages. Au Champ-de-Mars, où il avait fait réunir tout ce qu'on put trouver de la colonne vaincue, il harangua chaque pelo-

(4) Compte rendu, 2° partie, p. 30, note.

ton avec la même chaleur et le même succès. Chefs et soldats se rejetaient le reproche d’avoir causé la déroute ; Philippeaux les calma, promit de marcher à leur tête et leur fit jurer de s’ensevelir sous les murs de la ville plutôt que de se rendre. Puis il fit tout disposer pour une défense vigoureuse et il rédigea une proclamation énergique (1) qu'il envoya aux départements et districts environnants pour les adjurer de joindre leurs efforts à ceux des Angevins. Elle produisuit son effet : le jour même et le lendemain, de nombreux renforts arrivèrent.

La confiance et le courage renaissant, on osa, l’aprèsmidi du 27, se porter en avant de la ville, et les Vendéens, qui n’en étaient plus qu’à une demi-lieue, furent tellement étourdis de cette audace qu'ils tournèrent le dos et regagnèrent les Ponts-de-Cé, dont ils coupèrent la première arche. A huit heures du soir, Philippeaux, excédé de fatigue après trente-six heures d’agitation perpétuelle (2), n'ayant presque rien mangé, revint dîner à son auberge, et non chez le général Duhoux, comme le dirent plus tard Choudieu et les hommes de Saumur (3).

Le lundi 28, il était debout dès quatre heures du matin. Il alla mettre tout le monde en mouvement, voulant

‘ (4) Arch. nat., AF1r 419, doss. 899.

(2) Parti de Tours le 26 juillet au matin, il avait voyagé toute la journée, avait passé la nuit à parlementer avec les soldats qui l'avaient arrêté à Saumur et à discuter avec Ronsin; puis, reprenant sa route, il était arrivé à Angers le matin et avait employé sa journée comme nous venons de le voir : la matinée, dans les réunions ; l'après-midi, dans cette sortie. Il fut donc bien trente-six heures sur pied, comme il le dit. Il montra dans sa mission une activité dont on a peine à se faire idée. Pendant les premiers temps, où nous pouvons le suivre jour par jour, à l'aide de son Compte rendu, il passe les jouruées aux séances des corps administratifs et des Sociétés populaires, et profite des nuits pour voyager; il n'accorde au sommeil et aux repas que le minimum de temps strictement nécessaire. Il était doué d’une faculté de travail vraiment extraordinaire.

(3) Rapport de Choudieu sur la guerre de Vendée, p. #7, n. 2. — Moniteur, t. XIX, p. 427.

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