PHILIPPEAUX AUX PONTS-DE-CÉ
prêcher d'exemple. Puis il partit pour les Ponts-de-Cé avec quatre gendarmes, un adjudant de Duhoux qui l’accompagnait depuis Saumur, et le citoyen Chaux, pour reconnaître la position des Vendéens. L’arche qu'ils avaient coupée dans leur retraite les rendait maîtres du château de Gravilliers, sur la rive gauche dela Loire, d’où ils dominaient tous les bras du fleuve et pouvaient intercepter les convois et choisir le moment de surprendre Angers. Quand Philippeaux et ses compagnons pénétrèrent sur la brèche, ils furent salués par les Vendéens d’une décharge de couleuvrine à laquelle ils ripostèrent avec une pièce de 4 qu'ils avaient fait venir. Puisils poussèrent, le long de la Loire, jusqu’au poste de Sainte-Gemmes, où étaient des détachements du bataillon de Jemmapes et du bataillon de la Sarthe. Ils revinrent avec eux aux Ponts-de-Cé, où ils furent rejoints par une vingtaine de chasseurs à cheval de Saumur. Ils se présentèrent de nouveau sur la brèche. Les Vendéens leur envoyèrent encore une décharge de couleuvrine, et des canonniers qui accompagnaient Philippeaux lui firent observer que le panache de son chapeau avait été effleuré (1). Philippeaux fit alors entonner la Marseillaise, qui produisit un effet merveilleux. Des cavaliers s’élancèrent dans la Loire pour tenter le passage du fleuve à la nage. L'infanterie ne pouvait le traverser qu’une fois le pont rétabli : Philippeaux avait requis des charpentiers dont plusieurs se jetèrent à l’eau avec leurs longues échelles, gagnèrent la rive opposée et
(1) Le décret du # avril 1793, art. 8, établissait que les représentants en mission porteraient « sur la tête un chapeau rond surmbnté de trois plumes aux trois couleurs nationales ; la rouge sera plus haute ». — Philippeaux rapporta le fait très simplement dans son Compte rendu (2° partie, p. 32 ) et dans sa lettre au Comité de salut public (Angers. 28 juillet; Rec. des act. du Com. de sal. pub., t. V, p. #10.) Ce trait eut le don d'exciter la verve satirique de Choudieu, qui y revint à mainte reprise.
rétablirent le passage. Plusieurs compagnies s’élancèrent alors sur le château et en chassèrentles Vendéens, qu’elles poursuivirent jusqu'à Érigné; elles reprirent cette position qui avait été enlevée l’avant-veille aux républicains, et harcelèrent l'ennemi jusqu’à Murs (1). En annonçant ce succès, Philippeaux ne put contenir la satisfaction patriotique qu'il éprouvait. « Je ne puis vous exprimer ma joie et mon bonheur, écrivait-il; ça ira, ça ira, vive la République! »
Cette joie devait être empoisonnée plus tard par l acharnement que mirent ses détracteurs, particulièrement Choudieu, à lui dénier le mérite de cette action. Choudieu prétendit que Philippeaux n’arriva sur les lieux qu'après le combat (2). Il nous semble bien difficile à croire que Philippeaux, dont la probité est incontestable et incontestée, ait ainsi imaginé, fabriqué de toutes pièces le récit que nous avons suivi. Au moment où il travaillait — ou ‘prétend avoir travaillé — à la reprise des Ponts-de-Cé, Richard et Choudieu étaient à Tours. C’est de cette ville qu’ils écrivent au Comité de salut public pour dire qu'ils n’ont pas personnellement de détails sur cette affaire ; ils transmettent seulement ceux qu’ils tiennent de Desclozeaux etde Duhoux(3). Puisque Choudieu n’était pas présent à l’action, comment a-t-il pu affirmer aussi catégoriquement que Philippeaux n’y assistait pas ? Il n’en peut parler, en tout cas, que par
(1) Compte rendu, 2 partie, pp. 30-32. — Lettres au Comité de salut public, Angers, 27 juillet (Arch. nat. AFir 267) et 28 juillet (Min. de la guerre, armée des côtes de la Rochelle, et Moniteur, t. XVII, p. 227). (Rec. des act. du Com. de sal. pub., t. V. pp. 397 et 410). — Réponse à tous les défenseurs, pp. 31-36.
(2) Rapport de Choudieu à la Convention (Moniteur, t. XIX, p. 427) et Notes sur la Vendée (Mémoires édités par M. Barrucand, P. 418). Choudieu ajoute que Philippeaux, « passablement fanfaron », n’a jamais paru à la tête d'une colonne.
(3) Min. de la guerre, armée des côtes de la Rochelle, et Arch. nat., AFnr 267 (Rec. des ait, du Com. de sal. pub. t. V, p. 411.)
VUES SUR L'ARMÉE DE MAYENOE 171 -oui-dire. Quañt à Philippeaux, il cite, à l’appui de son récit, le témoignage du citoyen Jamard, capitaine au 8* bataillon de Paris, qui prit part au combat (1).
Après la reprise des Ponts-de-Cé, Philippeaux retarda encore de deux jours son départ pour Nantes, craignant un retour offensif de l'ennemi, et ne voulant quitter Angers que quand tout danger aurait disparu; mais les Vendéens ne se montrèrent pas.