‹ Le Conventionnel PhilippeauxChapitre 55 sur 78 · L'ACCUSATION SOLENNELLE, ÉTAT DE L'OPINION A PARIS · texte numérisé non relu

L'ACCUSATION SOLENNELLE, ÉTAT DE L'OPINION A PARIS

Ayant renoncé à porter le débat à la tribune des Jacobins, où les commis du ministère l’accueillaient avec des cris d’énergumènes, Philippeaux le porta à la tribune de la Convention, et cela, dès le lendemain du jour où il avait écrit aux Jacobins qu'il ne s’exposerait plus à leurs outrages, le 18 nivôse (7 janvier 1794) (1). « Je viens, dit-il, remplir au sein de la Convention nationale un devoir impérieux qu'exige de moi le salut de la patrie. J’accuse formellement Ronsin et Rossignol avec les agents du ministère. » Et il articula contre eux vingt-six chefs d’accusation, reproduisant tous les griefs qu’il avait déjà bien des fois formulés inutilement. « J’offre, continuait-il, pour preuve irrésistible de tous ces faits : 1° la collection des pièces officielles que j'ai déjà remises au Comité de salut public, à mon retour de Nantes; 2° le témoignage de tous les représentants du peuple qui ont été commissaires nationaux dans les deux Vendées; 3° le témoignage de tous Les soldats des diverses colonnes de l’armée de l'Ouest; 4° celui de tous les citoyens qui habitent les départements qui ont été Île théâtre de la guerre (2).

(1) Son discours est au Moniteur du 21 nivôse (t. XIX, pp. 153- 155), dans sa Réponse à tous les défenseurs officieux dés bourreaux de nos frères dans la Vendée, 2 partie, pp. 53-78, et dans Buchez et Roux, t. XXXI, pp. 158-164. Le texte de sa dénonciation est au Ministère de la guerre, armée de l'Ouest, janvier 1794.

(2) De tels témoignages n'étaient pas rares; par exemple, « un

€ Mon accusation est précise et solennelle. J'en demande le renvoi aux Comités de salut public'et de sûreté générale pour vérifier ces faits et vous en faire un rapport (1). » |

Il avait à peine terminé, que Choudieu, directement visé par cette accusation, puisqu'il avait conseillé et approuvé les mesures que Philippeaux déclarait désastreuses, soutenu les hommes que Philippeaux accusait, se leva en s’écriant : «Il n’est que trop vrai que Philippeaux est l'instrument d’une faction qui voudrait diviser les patriotes !... Je déclare qu'il n’y à pas un fait de vrai dans ce qu'il vient de dire, et je m'engage à prouver que, s’il n'est pas un fou, il est le plus grand des imposteurs.. Il a menti à sa Conscience en accusant Rossignol de lâcheté : mais ce qui l’a engagé à faire cette démarche, c’est la crainte d’être lui-même accusé pour avoir provoqué la mesure désastreuse du 2 septembre (2). » Et il annonça un

ex-constituant » écrivait de Nantes à Robespierre, le 30 ventôse (20 mars) : «A côté de plusieurs erreurs, dans le rapport de Philippeaux, sont de grandes vérités. Quelques-unes sont justifiées par les derniers événements. » (Papiers trouvés chez Robespierre, p. 245. Pièces justificatives, n° Lxxrn b.)

(1) Le même jour, Philippeaux fit passer au Comité de salut public son acte d'accusation contre les généraux qu'il accusait des désastres de la Vendée ; il en demandait le renvoi au Comité de sûreté générale, pour vérifier tous les faits et en faire son rapport, (Arch. nat. AFn 269, anal. — Rec. des act. du Com. de sal. pub.,t. X, p. 107.)

(2) Louis Blanc nous dit (Histoire de la Révolution, liv. XI, chap. vi) qu'avant de répondre ainsi à l'accusation de Philippeaux, Choudieu « s'était longtemps résigné au silence, soit crainte de diviser les patriotes, soit dédain ». À ce moment, Richard et Choudieu avaient fait paraitre leur brochure: Les représentants du peuple près l'armée de l'Ouest, réunis à Saumur, aux représentants du Peuple composant le Comité de salut public. Ils déclaraient que le plan arrêté le 3 septembre était « absurde Conçu par l’ineptie ou la trahison >; ils attribuaient les défaites à Canclaux, prenaient la défense de Rossignol, et disaient de leurs adversaires : « Ils ont voulu se dérober à la honte qui les attend, pour avoir adopté et soutenu un plan qui a procuré tant de triomphe aux rebelles, pour avoir prôné avec une affectation scandaleuse des hommes à qui les patriotes ne peuvent

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