JUGEMENTS DE LA POSTÉRITÉ DO
C’est dans le même esprit que Buchez et Roux parlent de Philippeaux dans le tome XXX de leur Histoire parlementaire de la Révolution, paru en 1837. Ils le représentent rappelé de la Vendée, humilié de son rappel, dénonçant au Comité de salut public la plupart de ses collègues avec lesquels il s’est trouvé en mission et presque tous les généraux républicains ; irrité de voir que le Comité ne veut pas servir d’instrument à sa vengeance, il publie une brochure contre lui et se lie avec les Dantonistes. Les Jacobins ne se seraient pas occupés de cette querelle si Philippeaux et « ses nouveaux amis » ne « s'étaient obstinés » à imputer aux ministres le choix des généraux. Les Jacobins doivent se prononcer; mais quand ils invitent Philippeaux et ses amis à venir s’expliquer, on les appelle par trois fois, ils ne répondent pas (1).
Mais avec Michelet, les jugements changent. Le caractère et la conduite de Philippeaux ont inspiré au grand historien une admiration qui s’est traduite en quelques pages empreintes d’unes émotion communicative, d’une chaleur passionnée, d’un enthousiasme débordant. « Qu'il y ait eu quelques illusions dans son ardent patriotisme, écrit Michelet; qu'il ait, dans la violence de sa douleur pour la Patrie trahie, trop étendu ses défiances et ses accusations, cela se peut. Ce qui est sûr, c’est que Philippeaux
; à Hébert « que les Jacobins n'étaient qu'une poignée de factieux et des intrigants qu'on ramènerait à l'ordre ». (/bid., p. 28.) Dans le tome [IV de son Histoie littéraire du Maine, paru en 1852, Hauréau consacra à Philippeaux une notice de quatre pages, bien incomplète et contenänt un certain nombre d'erreurs, où il porta sur lui un jugement moins sévère, mais encore faux.
(1) Buchez et Roux, t. XXX, pp. 146-148. « Ses dénonciations, disent-ils encore, renfermaient des avis utiles mêlés à des diatribes extravagantes ; on profila des uns, on négligea les autres, et l’on se tut surle tout. » Ils écrivent encore : « Les seuls Dantonistes ennemis de Robespierre... étaient Philippeaux et surtout Bourdon (de l'Oise). » (P. 150.) — On a pu se rendre compte si c’est Philippeaux qui fut l'ennemi de Robespierre, ou Robespierre l’ennemi de Philippeaux.
seul, quand les chefs mêmes de la Révolution fermaient les yeux sur des excès infâmes, osa les dénoncer. Dénoncé à son tour, poursuivi, tué, hélas! par des patriotes égarés, il a pour lui dans l’immortalité la voix des héros de l'Ouest, Kléber, Marceau, Canclaux, la voix de l’armée mayençaise….
< Merci à Philippeaux, merci éternellement pour n’avoir pas fait bon marché d’un sang si cher, pour n'avoir pas, comme d’autres, toléré de tels crimes. Si l’on élève un jour à l’armée de Mayence le monument qui lui est dû, parmi les noms de ces intrépides soldats, qu’on écrive donc aussi le nom de leur défenseur, qui pour eux demanda justice, et qui mourut pour eux (1). »
< Philippeaux mourait, dit-il encore plus loin, pour n'avoir pas composé avec le crime, pour avoir refusé de fermer les yeux sur notre armée trahie, livrée; lui seul, dans l'indifférence publique, eut du cœur pour nos soldats; il fut juste, parce qu’il fut tendre, et juste jusqu'à la mort (2). » Le
Admirateur de Robespierre, Louis Blanc ne partage pas l'enthousiasme de Michelet pour Philippeaux. « Il est certain, dit-il, que ce Philippeaux était une noble nature, mais un peu étourdiment passionnée, une nature honnête, mais prompte à accuser, et surtout à étendre ses accusations. Sa sincérité, qui trop souvent s’égara, contribua, plus que toute autre chose, aux discordes intestines (3)... » Nous avons pu voir au cours de notre récit que, dans la querelle entre Philippeaux et Choudieu, Louis Blanc prend parti pour Choudieu.
Encore Louis Blanc reconnaît-il en Philippeaux une noble nature, une nature honnête, de la sincérité. Ernest
(1) Michelet, Histoire de la Révolution, liv. XII, ch. 11. (2) Zbid., liv. XVII, ch. vu.
(3) Louis Blanc, Hist. de la Révolution française, liv. X, chap. vr.